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 Gloire au Primarque ! - Voyage à Brücken-Fluss
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Ven 14 Avr 2017 - 16:03
« — Donc, dites-moi, ils sont plutôt réceptifs par chez vous ?
- Oh ben plutôt oui, m’sieur l’prêtre. C’est qu’on a tous un p’tit bout d’famille proche ou lointaine, que par l’alliance ou non là-bas. Et puis not’ bon Roi Stéphane, la peine l’accable !
- Donc tous sont attachés à lui à ce point ? - Agon marqua un temps en avisant le regard interloqué du paysan - Me regardez pas comme ça. Je suis pas d’ici, je sais pas trop comment…
- C’est comme partout mon bon m’sieur l’prêtre ! Y’a des langues de serpents qui crachotent leur poison bien malf’sant ! Mais vous en faites pas m’sieur, ce sont que des cerveaux d’poulet pour penser à mal de not bon Seigneur ! »

Gregor Martigan. Les mêmes senteurs campagnardes. La même caillasse craquant sous les roues de bois, la même charrette (vide cette fois), le même cheval de trait accablé par la charge et surtout, surtout, le même Gregor. Le même paysan bedonnant à la moustache rêche et au nez rougi qui lui avait épargné le voyage à pied jusqu’au patelin de Mornevie, lors de sa première mission pour le Sanctum hors des murs de la Cité-Forteresse.
Le brave Gregor était venu après l’attaque qui avait frappé la Cité au coeur. Il avait vu les dégâts, et fait partager ses produits. Grâce à lui bien des familles s’étaient nourries de carottes pendant des jours durant — l’on discutera les faiblesses de ce type de monorégime un autre jour peut-être. Ne disait-on pas que les légumes étaient toujours un bien ? — Ce n’est pas comme s’il y avait eu mieux à proposer, au demeurant. Agon avait retrouvé là un homme simple (et assommant) mais généreux ; sa récolte, s’il ne pouvait la céder entièrement contre un rien, il l’avait tout de même laissée à un prix si dérisoire qu’il en frôlerait l’indécence. Et c’est bien en échangeant avec lui que le jeune homme en soutane avait eu son idée, cette idée qui avait si rapidement séduit l’Archiviste Heltzer ; il fallait en appeler à la générosité des populations. Si les gens du Domaine auraient sûrement spontanément offert leur secours aux citoyens accablés de la Cité, le Sanctum pouvait toutefois prendre les devants en organisant cette aide, en récoltant les biens et les fonds et en les redistribuant (ce qui permettrait notamment de financer la cérémonie d’Ascension du Primarque).

Alors, après, certes, l’idée lui avait un peu échappé. Et l’Archiviste semblait partir très loin dans ses initiatives pour lever des fonds pour le Sanctum. D’ailleurs, il avait bien vite refourgué une petite caisse à Agon, remplie d’amulettes à l’effigie de Triton et ‘en argile d’Atlantica’ — autant dire que le prêtre doutait sérieusement de leur authenticité, sans pour autant en faire tout un cas de moralité. L’important, c’était que les gens y croient non ? D’un point de vue pragmatique, c’est pas qu’un bout d’argile vienne de tel ou tel endroit qui va empêcher la foudre de tomber sur leur baraque, ou le rhume de les prendre au nez l’hiver venu.

Agon et Gregor dépassèrent Mornevie. Et l’agriculteur avait préféré ne pas s’y arrêter. Tandis que les toits de chaume paraissaient et disparaissaient derrière les collines vertes, il expliquait au jeune homme comme une maladie tout à fait inconnue semblait avoir frappé le village.

Comme personne savait trop ce que c’était, les gens préféraient ne plus y passer.

Sans insister pour y marquer un arrêt, Agon avisait les bâtisses avec un oeil inquiet. Rapidement, les souvenirs de son passage dans la petite bourgade lui revenaient — moins les champs incendiés que ses discussions avec ce voleur de boutons insolent (mais attachant), ou son travail d’un après-midi comme jardinier auprès de la vieille Marguerite. C’était pas qu’il n’en avait rien à foutre non, loin de là même, il avait un coeur. Simplement, il ne pouvait rien faire pour arranger la situation, et l’idée de se retrouver lui aussi (potentiellement) frappé d’un mal inconnu (et pour lequel on ne connaissait donc pas de remède) ne le stimulait étrangement que peu. Et puis, n’avait-il pas entendu que le Sanctum allait déjà ou y avait déjà envoyé des hommes ? Il avait cru entendre le nom de ce Fabrizio Valeri mentionné…
Lui-même qui l’avait expédié à Mornevie il y a quelques mois. Quelle ironie.

Et merde, pensa-t-il quand quelques gouttes lui tombèrent sur les mains.
Il commençait à tomber sur la campagne une bruine légère. Agon mit sur ses épaules sa cape de voyage et rabattit son capuchon sur sa tête, après avoir tenu les rennes de l’attelage pour son compagnon qui, lui, se dépatouillait maladroitement avec une capeline trop petite pour lui. « Ma bonne femme ‘savez m’sieur l’prêtre, elle me fait des vêtements que comme si j’étais encore l’tout fringuant jeune homme d’y’a vingt années, dit-il en pestant. Mais c’que j’ai l’poids des années dans l’stomac moi m’sieur ! » En vérité Agon ne l’écoutait qu’à moitié, raide comme un piquet alors qu’il tenait entre ses mains le petit morceau de cuir avec lequel il était censé avoir une incidence quelconque sur la conduite d’un animal ayant probablement plusieurs fois sa force — « M’oui m’oui, mais tardez pas trop.. je suis pas vraiment un habitué des chevaux… »

D’ici une bonne demi-journée, ils arriveraient à Brücken-Fluss, la bourgade où notre cher Gregor avait proposé au prêtre l’hospitalité.

———

La bruine était devenue pluie bien avant qu’ils n’atteignent la bourgade. Ses maisonnées de pierre aux toits de tuiles ne trompaient pas : il ne s’agissait pas d’un patelin comme Mornevie. Il y avait autour du grand village plusieurs fermes, et les rues étaient pour une grande majorité assez larges pour y faire passer calèches et charrettes. Il ne fallut que quelques minutes pour que le prêtre et son accompagnateur parviennent jusqu’à une imposante place pavée, rendue bien grise et triste par le temps. « Vous l’voyez pas sous son meilleur jour mais ‘verrez au marché oui mon bon m’sieur l’prêtre, y’a d’la vie ici, et surtout du commerce ! » L’agglomération s’était développée autour d’un pont passant au-dessus du fleuve et emprunté par la vaste majorité des marchands de la région. Brücken-Fluss, à un peu plus d’une demi-journée de la Cité-Forteresse où se tenait le château du Roi, était un arrêt parfait pour ceux qui venaient de loin. Ils commerçaient sur son marché avant d’atteindre la Cité, et les auberges étaient prospères.  

Difficile quoiqu’il en soit pour Agon d’être émerveillé par le paysage. C’est bon, l’architecture médiévale, ses yeux en avaient bouffé. Le temps de l’enchantement et de la curiosité était passé — si ce n’était pour le pont, dont on voyait qu’il était le coeur de l’endroit. Propre, aux enluminures sobres mais élégantes. Le bourgmestre, ou l’un de ses prédécesseurs, avait manifestement mit l’ouvrage à l’honneur et Agon devait l’avouer, ce pont avait un petit charme rustiquement sophistiqué.

A moins que… quoi ?!

« Que… mais qu’est-ce que… comment avez-vous..? » — sans trop savoir comment dire ‘qu’est-ce que ces réverbères font dans votre trou paumé ?’ le prêtre désignait l’objet de sa surprise avec un air ahuri.
« — Oh ben c’est qu’on a les moyens par ici et not’ bon bourgmestre il a investi dans la tech-no-lo-gie. Vous saviez qu’on a des mondes où que c’est normal d’avoir ça ? 
- Oui, oui, j’entends mais… comment que… comment les alimentez-vous ?
- Commerce avec la Shinra ! Des batt’ries que me racontait l’type en charge. C’est un bourg moderne ‘savez mon bon m’sieur l’prêtre ! Voilà qu’on vous dirait tout étonné ! » — Gregor éclata d’un rire gras.

Et il l’était, tout étonné. A dire vrai, Agon n’avait jamais pensé à l’influence qu’un monde pouvait avoir sur un autre alors que… il était vrai que désormais les gens pouvaient être accoutumés à voir des vaisseaux passer au-dessus de chez eux, et des individus venir d’ailleurs avec tout un attirail atypique. « Ah tenez, z’allez voir ça. » Tandis que la lumière du jour s’était effacée depuis un temps à la faveur de la nuit, celle des réverbères, vive, clignota quelques secondes au-dessus d’eux avant de se stabiliser pleinement. Il ne savait qu’en penser, et le regard du jeune homme resta posé sur les tiges au métal travaillé un moment — il y resta même alors qu’ils dépassèrent le pont.

Cela laissait à Agon une sensation… étrange. Voir ces gens marchant d’un pas pressé sous leurs épaisses capes, épée au côté pour certains, puis ces incursions d’un autre monde cela… tranchait ? Après tout, c’était peut-être le chemin que les choses devaient prendre. Une inter-mondialisation, en quelques sortes ? C’est Gregor qui finit par l’arracher à ses pensées, voulant lui parler du festin que « sa bonne Dame » avait dû prévoir pour son arrivée. Il s’en délectait d’avance, promettant au prêtre qu’il l’inviterait régulièrement si son épouse lui promettait pareil repas à chaque fois qu’il viendrait !

La demeure du paysan, en outre, était bien plus grande et agréable que ce qu’il pensait. Une imposante bâtisse où l’homme d’un âge déjà mûr hébergeait sa petite famille. Pas moins de six enfants, dont seul le dernier n’était pas marié, et leurs épouses. Si ses deux filles résidaient d’ordinaire dans les familles de leurs maris respectifs, l’arrivée d’un hôte de marque leur avait valu d’être invitées à partager un repas de fête.
Agon avait été accueilli avec les honneurs ! La chaleur de certains, extravertis, et la maladresse d’autres moins habitués, ne sachant comment se comporter avec le prêtre qu’il était. Le repas avait été bien trop copieux pour lui mais ô combien bienvenu — et il avait passé la fin de soirée avec les petit-enfants Martigan, heureux de trouver en cet étranger un camarade de jeux volontaire. Aah les gosses… il se sentait toujours maladroit avec eux mais ils semblaient souvent l’apprécier. Ou apprécier l’embêter du moins. Bon, ça restait gentillet, le faire courir dans tous les sens. Les adultes avaient souvent des idées plus tordues. Tenez sa mère par exemple, qui ne supportait pas qu’il veuille garder les cheveux longs ! Une nuit elle s’était introduite dans sa chambre et les lui avait coupés.

Etrangement, depuis cette nuit-ci, le prêtre n’avait plus le sommeil aussi lourd.

Le temps des discussions sérieuses viendrait une fois les enfants les plus jeunes couchés, mais avant cela Gregor avait eu l’excellente idée de faire préparer un bain à son hôte. Enfin, un peu de repos bienvenu. Agon se glissa non sans satisfaction dans l’eau chaude, reposant sa tête contre le rebord du bac de bois. Qu’allait-il pouvoir dire ? Comment allait-il tourner la chose ? Le marché serait le bon endroit mais il ne savait pas exactement comment réagirait son public. Il ferma les yeux avec un soupir, exténué.

Après un instant, il les rouvrit sur le soleil se couchant sur une mer rougie par le crépuscule, le bruit apaisant des vagues si doux aux oreilles, et le goût caractéristique de la glace à l’eau de mer dans la bouche. Une bouffée d’air marin.

Puis Gregor Martigan enfonça la porte.

« QU — ! » Agon se redressa d’un coup dans son bac, prit d’un souffle de quasi-panique - son regard se perdit sur la mine défaite d’un paysan stupéfait. Stupéfait ? Stupéfait de… eau, bain, il s’était sûrement assoupi, tout était en place, sauf la bulle de poissons multicolores qui n’avait rien à foutre là… BULLE DE QUOI ?! A une vingtaine de centimètres au-dessus de l’eau, une orbe aqueuse, aquarium sans verre, flottait. De petits poissons, dont Agon n’eut pas le temps d’apprécier les couleurs violet-rêve et bleu-nostalgie, nageaient dans ces eaux inattendues. Plus prit par surprise que fasciné par ce spectacle ma foi hors-d’usage, il sursauta : si fort que son bac bascula sur le côté — lorsqu’il releva la tête, la sphère s’étiolait, et son eau dans laquelle s’excitaient des poissons devenus d’un jaune-anxiété très approprié menaçait de lui tomber dessus. Il ferma les yeux.

Mais rien. Pas une goutte ne l’atteint, pas un frétillement désagréable de poiscaille en perdition hors de leur élément. Agon rouvrit les yeux avec méfiance… il n’y avait plus rien. Plus rien qu’un bac renversé dans une salle désormais inondée et un paysan qui avisait son invité avec une bouche-bée plus grande que la plus haute tour du château de son Roi. « Mais tournez-vous Gregor ! » Putain mais qu’avait-il fait au ciel par tous les Eternels et qu’est-ce que c’était que ce bordel ?! Le cinquantenaire se tourna et le prêtre tendit le bras pour saisir la serviette qu’on lui avait sortie plus tôt.

———


Bon… la gêne était passée lorsqu’il descendit dans la salle principale de la demeure, près d’une demi-heure plus tard. D’après l’agriculteur, avec lequel Agon avait échangé quelques mots, il serait resté dans son bain près d’une heure et il commençait à s’inquiéter. Il avait toqué à la porte et appelé plusieurs fois mais pas de réponses. Quand on sait que pour certains dans ce monde, l’âme s’échapperait par les pores de la peau lorsque l’on prend un bain (d’où la peau fripée), il n’était pas étonnant qu’il ait prit sur lui d’intervenir.

Il éluciderait le mystère de cette bubulle à poissons plus tard. Méfiance était de mise.

« — Oh, m’sieur le prêtre, j’ai oublié de vous prév’nir ! Y’a une jeune femme, mess’gère, qui est passée tantôt. Elle m’disait qu’il y aurait un p’tit détach’ment de templiers qui arriv’rait d’main pour vous assister.
- Oh, je vois oui, dit-il en vérifiant que sa soutane soit bien en place. Ils seront d’une bonne aide. C’est bien demain le marché ?
- Oui mon bon m’sieur l’prêtre !
- Et la messagère est repartie ? A cette heure-ci ?
- Oh ben elle a dit qu’elle avait d’jà une chambre dans une auberge. La verrez p’t’être d’main qui sait ?! A-ah un joli p’tit bout d’femme ! Déjà au point sur vot’ discours ?
- Pas vraiment non. J’ai les grandes lignes.
- C’est c’qui faut ! Puis l’Eternel fait l’reste hein ?!
- Hem, on va dire ça oui. »

Agon laissa échapper un petit sourire avant que les deux hommes ne rejoignent les fils de Gregor et sa femme — un sacré tempérament, et une fière commère. Que ne connaissait-elle pas toutes les affaires à une lieue à la ronde ! Elle était d’ailleurs bien curieuse de comprendre l’exacte étendue de ce que le prêtre était venu faire par ici. « La Cité-Forteresse a été la cible d’une attaque meurtrière et nous voulons aider à la remettre debout. Mais si les Eternels veillent sur eux, ce sont les individus qui habitent les mondes qui doivent agir pour eux. Nous voulons aider à organiser un réseau de soutien, de dons. J’ai aussi été missionné par le Sanctum pour permettre à ceux qui vivraient ici et n’auraient pas proche d’eux un prêtre de notre ordre, de pouvoir acquérir l’une des amulettes à l’effigie de Triton que j’ai apporté avec moi. Qu’il ait un regard sur eux comme leurs proches. »

« — Il y a bien un petit nombre de familles croyant aux Eternels ici. Mais on raconte que vous n’êtes pas totalement innocents dans ce qui est arrivé. Ca en r’froidit certains.
- Chérie n’embête pas m’sieur l’prêtre avec ça. Je reviens, vérification des stocks.
- Laissez Gregor. Je comprends bien. Et ils n’ont pas tout à fait tort — mais écoutez moi. Connaissez-vous la Coalition Noire ?
- D’réputation seulement ?
- Ils se placent en maîtres tyranniques sur bien des mondes, et récemment, leur dirigeante est morte.
- Mais c’t’une excellente nouvelle ça oui.
- Techniquement, oui. Mais l’organisation a rapidement trouvé une nouvelle tête, et cette nouvelle tête clame que le Sanctum a orchestré l’assassinat de cette dirigeante.
- Et c’est le cas ?!
- Je ne sais pas vous le dire… je n’ai jamais entendu pareille chose si c’était le cas. Quoiqu’il en soit, quand bien même ça le serait, est-ce qu’on pourrait en vouloir à un ordre comme le Sanctum d’avoir mené pareille opération ?
- Je comprends ce que vous voulez dire monsieur le Prêtre, mais on a pas besoin de ce genre d’incidents ici.
- Personne n’a besoin de ce genre d’incident, et pourtant il faut bien que quelqu’un à un moment, se dresse contre eux. Il marqua un temps, s’enfonçant un peu dans sa chaise. Je pourrais vous raconter l’histoire de la Cité du Crépuscule. »

Il tâchait de rester doux, quoique son ton trahisse une légère amertume. Les fils de Gregor, jusque là en discussion d’affaires, prêtèrent une oreille à l’échange que leur mère avait initié. « Vous la connaissez sûrement déjà. » — « Peut-être pas autant que vous, racontez-nous. »
« C’était une Cité où il faisait bon vivre, malgré la présence de sans-coeur. Mais comme partout. La Coalition l’a prise. Le ciel est devenu noir, et les habitants n’ont plus vu qu’une espèce de boule sombre dans le ciel, sorte de parodie de Soleil. La Coalition y a instauré ses règles, sa tyrannie, son obscure mascarade pour les pauvres clampins qui viendraient pactiser avec elle. Et puis personne n’a rien fait. La Coalition a été faible, et personne n’a rien fait. Les gens désespèrent dans les rues de retrouver un jour leur monde, mais il est perdu. Ceux qui essaient de leur résister disparaissent, sont exécutés. Est-ce qu’on peut vraiment en vouloir à des gens de lutter contre ça, de ne pas vouloir que ça arrive, par une sorte de laxisme idiot, à leur propre monde ? J’en doute. »

Un petit silence gêné se fit, avant que Frida Martigan ne reprenne la parole.
« — Mais si le Sanctum s’élève contre cette Coalition, il s’attire des ennuis. Et il attire des ennuis à ceux qui vivent où il est établi. A nous. C’est dur de demander leur soutien à des petites gens qui ne peuvent rien contre ces gens, tout en sachant que donner ce soutien, c’est s’exposer à plus de risques. 
- Je sais. Mais vous savez ce que le Sanctum a réussi à faire lors de l’assaut de la Coalition ? Un Sanctum affaibli, meurtri, a pourtant détruit un dragon sans-coeur. Imaginez, avec le tout le soutien de la population du Domaine, ce qu’il pourrait faire. Les mondes connaissent déjà le Domaine comme le coeur des installations du Sanctum. Si quelqu’un veut le détruire il viendra ici, c’est déjà fait. Mais on peut encore construire pour l’avenir, faire quelque chose de solide. Et ça commence aujourd’hui si ça n’a pas déjà commencé. »

A quel point avait-il du ressenti envers la Coalition, caché derrière l’apparent fatalisme détaché qu’il avait affiché un temps ? Etait-ce qu’elle domine les mondes à sa façon qui lui avait arraché ce ton acerbe, ou que cette tragédie soit tue, ignorée ? Est-ce qu’il leur en voulait vraiment à eux ? On lui avait dit que le Primarque révélé s’était ramené au Domaine avec des reproches envers le Sanctum. Agon n’en voulait même pas à l’ordre religieux, ce n’était pas une armée là pour lutter contre la menace que représentait la Coalition après tout. C’était un ordre de foi, là pour panser les plaies, partager, être solidaires dans la grâce d’Etro ou qu’en savait-il encore. Qu’avait fait la Lumière au juste ? Qu’avaient fait les héros sauveurs des mondes dont on lui avait déjà rabâché les oreilles des dizaines de fois ? Etait-ce à eux qu’il devait cette soudaine amertume ? Ou est-ce qu’il leur projetait sa propre faute, lui qui après tout, n’avait jamais fait que fuir la sombre influence de cette organisation désormais puissante ? Qu’avait-il à y faire après tout ? Les organisations allaient, venaient, faisaient leur ménage d’influence en se collant une image de marque, évaluaient les risques. Il y avait des dommages collatéraux et après ? Soupir intérieur. Il n’y avait pas autre chose à faire que d’essayer de se tailler son bout de chemin. Finalement, il revenait à ce fatalisme léger.

Et le voilà donc qui se retrouvait à convaincre, vouloir convaincre, des gens, à avoir plus d’optimisme, d’idéaux et de foi que lui n’en avait. Eh bien. L’idée le ramena à son sourire, quoiqu’un peu ironique bien qu’il tenta de le faire apparaître doux. Le Agon plus posé qu’il aimait être. « Non ? » De la parole comme du regard, il interrogeait Frida. Elle réfléchissait, passant une main distraite dans sa chevelure blanchie et ondulée. « Peut-être oui. Vous avez un peu d’argumentaire en tous les cas, ça vous servira bien demain. » La paysanne se releva avec une expression bienveillante, avant de se retourner tout d’un bond vers ses fils — « Et vous alors ?! Vous croyez que je ne vous sens pas écouter ! Et ça se dit dans l’négoce ? Vous vous exprimez autant que des truites mortes ! Allez allez, sortez de cette pièce il est tard et demain vous aidez votre père au marché ! » Les quatre compères sursautèrent, pris sur le fait. Et quoique déjà des hommes, ils n’en demeuraient pas moins les enfants de cette bonne dame.

———


La pluie s’était tue le lendemain, et les artisans et paysans, marchands, s’installaient sur les places donnant de part et d’autre du pont. Les deux templiers détachés pour l’assistance (et la protection) du prêtre étaient arrivés de bonne heure, ayant profité d’un convoi voyageant de nuit. De bon gaillards taillés dans le muscle qui avaient pu être une aide utile pour Gregor et ses fils, qui comptaient vendre une partie de leur production ce jour quoique l’agriculteur avait promis qu’une partie de celle-ci irait à l’effort de solidarité pour lequel Agon était présent à Brücken-Fluss.

Allez ! Ce n’était guère qu’une foule de personnes (toutes bien vivantes cette fois, se laissa-t-il penser en se remémorant les sacrements qu’il avait prononcés pour les hommes du Sanctum quelques semaines auparavant) ! Debout sur une piètre estrade désormais, au centre de l’une des places, le prêtre prit une inspiration. L’un des templiers héla, de toute sa grosse voix bien portante. Si nombreux étaient ceux qui restaient concentrés sur leur affaire en cours, il en était déjà quelques uns pour s’intéresser à cet étrange type en robe et ses deux accompagnateurs rutilants. Il en était d’autres pour reconnaître les couleurs du Sanctum, surtout à moins d’une journée de la capitale. Quelques murmures interrogateurs au milieu d’interpellations marchandes à coups de prix au rabais.

« Gens du Domaine ! - accroche maladroite s’il en était, mais il n’avait trouvé mieux. Vous savez tous comme récemment votre monde a été prit pour cible.
Sur la demeure du Roi et celles de ses sujets, s’est abattu le feu d’un dragon de ténèbres ! Et s’il fut repoussé, tout est désormais à reconstruire ou à renforcer. Ces gens qui ont besoin de votre aide sont des amis, des parents. Les vôtres ou ceux de votre voisin !
Je suis envoyé par le Sanctum afin d’organiser une aide. La leur. Le Roi nous a déjà donné les infrastructures nécessaires pour pouvoir aider au mieux ceux qui ont tout perdu dans cette bataille. J’en appelle à votre générosité ! S’il y a des fonds, de l’argent, des ressources, que nous pouvons et avons déjà fournis, ceux-ci ne sont rien à côté de ce que vous, les sujets du Roi Stéphane, pouvez faire pour votre prochain ! Donnez, participez ! Je sais, que ce que je vous demande est difficile. Vous avez vos familles, vous avez vos taxes à acquitter.
Mais je veux que vous pensiez à ce qui vous unit ici. Le monde qui est le votre a besoin de vous ! Votre monde a besoin de vous pour montrer à tous les autres qu’il peut se redresser plus grand qu’il ne l’était lorsqu’il a été blessé.
Vous, là ! Je vous vois m’aviser d’un oeil méfiant ! Peut-être vous dites-vous que vous ne faites pas confiance au Sanctum. Peut-être que vous doutez de sa capacité à vraiment aider au mieux ces populations en défenseur desquels il se place ou peut-être est-ce que vous estimez qu’il n’a pas sa place ici.
Vous ne souhaitez pas donner des ressources ou ne pouvez le faire ? Donnez de votre temps, donnez vos bras à la reconstruction de la Cité-Forteresse ! Vous ne souhaitez pas faire passer vos dons par le Sanctum ? Je ne peux que vous dire qu’il a les moyens de remplir la mission qu’il s’est fixée, efficacement. Mais aussi qu’avant tout, il s’agit d’aider ceux qui en ont le besoin, peu importe le moyen et peu importe la voie choisie.

Je serai présent ici une semaine durant, chaque jour sur ce marché. Alors, donnez ! Manifestez votre envie de nous aider dans cette quête ! Quelques pièces qui serviront à acheminer les matériaux de construction, une part même infime d’une récolte, quelques jours de temps. Voilà ce qui, si chacun en est, permettra de relever la Cité, et plus encore.
 »

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Ven 21 Avr 2017 - 11:29
Une semaine — il peinait à se l’admettre, mais pour une fois peut-être n’était-il pas si désespéré de se trouver ‘à la campagne’.

D’une façon générale, les habitants de Brücken-Fluss étaient plus maîtrisés que ne l’avaient été ceux de Mornevie, et il n’avait pas été harcelé en demandes de médiation ou d’offices (pas au-delà de ce que l’esprit humain peut supporter, quoiqu’il en soit). Bien sûr, il s’était rendu au devant des sympathisants au culte — mais personne ne lui avait demandé d’enterrer un chat, ou même s’il fallait payer les impôts ‘parce que en vrai c’était du vol’.
Ca, et il fallait avouer que le confort de la chambre qu’il avait à disposition chez les Martigan était bien supérieur à celui de la tente (toute individuelle soit-elle, un luxe) qui lui servait de lieu de vie à la Cité-Forteresse.

Agon avait, lors de son séjour, prit toute la mesure des casquettes supposées par sa profession, comme exercé des fonctions plus exotiques ;

Il avait donc été conseiller conjugal pour un couple — après dix années de vie commune, l’épouse avait eu le malheur de se rendre compte que la charmante fille du menuisier, de bien quelques années sa cadette, était devenue plus séduisante à l’oeil pour son élu ;

Il avait aussi été le bon ami de cet homme-loup pourtant berger, qui avait insisté pour qu’il vienne visiter son troupeau et lui offrir quelques fromages qu’il laissait affiner dans sa dépendance ;

Plus anecdotiquement, il avait aussi été jongleur avec oranges au marché pour une bande de gosses ;

Que ne s’était-il aussi trouvé recéleur d’amulettes, vendant pour quelques pièces les effigies de l’Eternel des océans aux plus fervents croyants et aux pêcheurs ;

Il avait, bien entendu, été oeuvre de charité, accueillant quelques dons, souvent timides — que voulez-vous ? Nul n’est Rufus Shinra ici.
Il y avait eu quelques pièces, des cageots ou caisses de productions agricoles ou artisanales, et de plus rares s’étant portés volontaires pour quitter leur famille le temps de quelques jours ou semaines, pour porter soutien à la capitale. Agon se surprenait à constater qu’à force, ces petits dons formaient une masse respectable, dont il n’aurait à rougir à son retour en ville ;

Parfois, il avait même été prêtre au sens plus conventionnel du terme. Deux jours auparavant, Agon s’était trouvé à célébrer un mariage dans la grâce d’Etro - et chaque matin, avait tenu un office dans une grande salle que les autorités locales lui avaient consenti.

Une semaine chargée, qui s’était étonnement bien passée à un incident près. Un homme qui l’avait prit à parti au crépuscule d’une dernière journée mouvementée — l’un de ceux qui estimaient le Sanctum responsable, l'apprendrait-il plus tard.

Les templiers affectés à la protection du prêtre et des dons étaient désormais trois. Depuis quelques jours déjà, il en était systématiquement deux qui devaient garder la salle allouée au culte, afin que personne n’ait la mauvaise idée de s’en prendre à ce précieux chargement. Leur nombre leur permettait de faire des tours de garde et au soir il en était un pour accompagner Agon jusqu’à la demeure des Martigan où il séjournait. Eux, se reposaient à l’auberge, juste en face du local de toutes les attentions.

Cette fois-ci, c’était Rhys qui faisait le chemin avec lui. Un jeune homme sympathique, dont il n’avait jamais su le nom de famille. Décontracté et souriant - mais aussi habile du peu qu’il en avait vu. Le templier et lui s’étaient découverts des points communs, et souvent se retrouvaient-ils à discuter nouveautés technologiques et même vidéoludiques qui n’intéressaient que peu de personnes ici. Agon le découvrait : il n’était donc pas le seul à se rendre, parfois, à la station Shinra, dans le simple but de profiter d’une prise laissée en libre disposition, ou d’un peu de wifi. Bien sûr, il expliquait qu’il avait été séduit lors de son bref séjour à Illusiopolis. Rhys, pour sa part, venait du Jardin Radieux, et sa légèreté avait quelque chose d’apaisant. Les évènements qui avaient récemment frappé le Domaine l’avaient affecté, comme tout le monde, bien entendu — il ne fallait pas voir son apparente bonne humeur à toute épreuve pour de la nonchalance. Il s’agissait plutôt d’un effort de volonté qui forçait le respect du prêtre. « Le coeur des gens s’alourdit lorsque les visages qui les entourent ne reflètent que des sentiments obscurs. » expliquait-il simplement.
« — Mais je ne vais pas commencer à vous faire de la psychologie de comptoir ! ajouta-t-il en riant doucement. Alors, à quoi vous jouez ?
- Euh. Un jeu où il faut rassembler des bonbons d’une même couleur… rien de transcendant mais ça occupe de façon assez hypnotique.
- Oh je crois que je vois lequel ! C’est un petit succès au Jardin.
- Et toi alors ?merdeEnfin, je peux tutoyer ?
- Aucun problème ! Pas trop l’habitude avec les prêtres, mais c’est plus familier comme ça. Je préfère.
- Bien. Alors, à quoi tu joues toi ?
- J’essaie de devenir Maître de la Keyblade ! Ah… vraiment, y’en a qui ont de tout comme idée.
- Manifestement… j’ai aussi entendu parler d’un jeu de gestion où tu peux t’occuper d’un monde ?
- Gros développement oui. Pour le moment les cartes dévoilées sont Illusiopolis, le Domaine, et les Îles du Destin. Un des développeurs vient de là-bas, c’est pour rendre hommage. Mais je pense qu’ils ajouteront aussi l’un des mondes les plus récemment apparus. Genre Hill Valley ? Tout est encore possible là-bas, y’a peu d’installations de ce que j’ai entendu.
- Je suis pas très informé là-dessus je dois dire… »
Agon fit volte-face, n’avait-il pas entendu un bruit ? Une demi-seconde, et il se décala rapidement sur le côté - trop peu pour tout à fait esquiver la pierre que l’on venait de lui lancer. Au moins ne l’avait-il pas prise sur la nuque. En revanche, son épaule gauche serait le dommage collatéral de l’affaire. « Mais vous êtes taré ?! » A peine eut-il le temps de grommeler son mal d’un instant, que le templier se ruait sur l’ombre découpée par la lumière des réverbères. Plus rapide qu’Agon l’avait jamais été. L’homme était pourtant vêtu d’une armure ! Le poids de ces choses ne compte-t-il pas ? Non pas que cela ne lui convenait pas. Après tout, cela ne voulait-il pas dire qu’il était défendu de personnes compétentes ?

Pourtant, une crainte froide et instantanée le prit lorsqu’il vit son assaillant s’écrouler au moment même où Rhys parvint à son niveau. Il ne l’avait pas tué quand même ?! On avait tout sauf besoin de ça ! Agon ne l’avait pas vu dégainer — et si l’obscurité avait trompé sa vision ? Silencieux, le prêtre regardait autour de lui avec méfiance. Y en avait-il d’autres ? Quelques secondes comme en suspension. « Il n’y a personne à part nous, ne t'en fais pas. » Un ton presque trop décontracté. Agon s’avança de quelques pas. « Le lieu et l’heure seraient pourtant propices aux meilleures caches… » — « Je sens ces choses-là. » se justifia-t-il en souriant.
« — Tu ne l’as pas..?
- Quoi ? - le templier semblait presque ne pas comprendre. Oh ! Non, pas du tout. Il n’est qu’assommé.
- Comment… tu l’avais à peine atteint.
- Un peu de magie sur les bords — il toussota légèrement. Enfin, disons que je lui ai envoyé une décharge.
- Ah.
- J’ai eu du mal à voir s’il était armé, j’ai préféré la sécurité. »
Quand bien même. Agon soupira intérieurement. Il doutait que l’homme soit le seul à ne pas trop apprécier les couleurs de sa soutane. Tout pouvait servir d’excuse à une altercation de plus grande ampleur de l’expérience qu’il en avait. « — Attendons qu’il reprenne connaissance. Il s’agira d’échanger quelques mots avec lui et le laisser partir.
- Sûr ?
- Oui, sûr. Il faudra être plus vigilants cette nuit… simplement, soupira-t-il, s’il a des ‘amis’ pour penser comme lui et qu’on le retient, il y a de fortes chances que ça nous retombe dessus plus violemment que s’il avait le courage d’expliquer comme il s’est vite fait mettre hors-course et comme on l’a laissé partir dans la grâce et le pardon d’Etro.
- Je peux respecter ton choix, mais à ce moment-là je te demanderai de passer la nuit à l’auberge. S’il y a tout de même des représailles, hors de questions que vous… tu, sois trop loin d’un templier. »
Le raisonnement se tenait. « Les Martigan doivent m’attendre » commenta-t-il tout de même. La pensée venait de lui traverser l’esprit. « On passera les prévenir » - le ton de Rhys était doux, comme s’il cherchait à le rassurer quand au fond Agon n’en avait pas besoin. Ce n’étaient pas deux ou trois pécores qui l’inquiétaient trop… tant qu’ils n’étaient pas armés. La situation l'ennuyait tout de même passablement. Bien qu'il sache se défendre, le prêtre n'aimait pas plus que cela être exposé.

Lui qui avait apprécié sa semaine. D’une certaine façon.
Il était décidément temps de quitter cette campagne.

Heureusement, le départ était prévu pour le lendemain.
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Mer 31 Mai 2017 - 15:53
Brücken-Fluss ? — Checked.

Il n’y avait eu au cours de la nuit aucun autre incident. Peut-être était-ce que l’homme était finalement un cas isolé, ou que s’il ne l’était pas, que la performance de Rhys les avaient refroidis. Agon finissait de faire l’inventaire des dons sous le regard de Frida, curieuse de savoir à quel point l’entreprise caritative avait porté ses fruits. « — Eh bien, ça ne me semble pas trop mal, dit-elle d’un petit ton satisfait.
- J’ai été surpris aussi. Je ne pensais pas qu’il y avait autant de sympathisants au Sanctum ici.
- L’on entend plus les fervents opposants que les silencieux croyants. Mais bien qu’il faille vous préparer à un peu d’opposition vous n’êtes pas en territoire ennemi Monsieur Agon.
- Manifestement. » Le prêtre sourit, son air sympathique collé aux traits.

Après tout, les choses s’étaient plutôt bien passées à un incident près, il avait eu sa petite semaine de détente à la campagne dans un bon lit, et elle se finissait pile au moment où il le fallait ; juste avant que ces gens et ces pâturages ne commencent à entamer son capital-rural supportable. Parfait ! Que dire de plus ?

« — Est-ce que Gregor compte aider au transport des dons finalement ?
- Il vous l’a promit, j’imagine que oui. On a fait assez de fils pour s’occuper de trois fermes ! »

Frida éclata d’un rire presque cristallin. Elle exagérait bien sûr, et Agon lui répondit d’un soupir amusé. La femme de Gregor n’était pas aussi pénible qu’il lui avait donné à croire — elle avait même souvent une certaine retenue, et une relative sagesse. Au final, donc, une personne agréable à qui Agon ne mentit pas le moins du monde lorsqu’il déclara qu’il avait profondément apprécié son hospitalité, comme de faire sa connaissance.

Pour sûr, en comparaison avec l’activité perpétuelle qui animait la demeure des Martigan, le chemin du retour lui aurait laissé un franc sentiment d’austérité si cela n’avait été pour le templier Rhys. Sans ce type et sa chevelure sombre en perpétuelle bataille, Agon n’aurait sûrement eu pour compagnie que le bruit de la caillasse ou du fleuve poursuivant son cours plus loin — même pas les questions et anecdotes incessantes de Gregor, qui tenait les rênes d’une seconde charrette à bien une dizaine de mètres devant la sienne.

Au moins, ne pleuvait-il pas. A la mi-journée l’expédition miniature marqua un arrêt au bord du chemin — affaire de partager un repas, et afin qu’Agon puisse échanger avec un messager parti justement à sa rencontre pour l’informer des préparatifs mis en place par l’Archiviste Heltzer avec les premiers dons parvenus à lui. Le jeune homme était venu dans leur direction en leur faisant de grands signes, enthousiaste à l’idée de tomber si tôt sur le convoi qu’il cherchait. Son armure, rudimentaire et sûrement récupérée d’un aïeul, était un peu trop grande pour lui, et il passait son temps à la remettre en place. Maintenant qu’Agon l’avait remarqué, il ne voyait plus que ça.

« — Tout est en ordre ?
- Eh bien nous avançons dans la rénovation du lieu qui sera utilisé pour la cérémonie. Ce ne sera sûrement pas parfait mais… les gens y mettent du leur, ça fait du bien. Et puis les travaux en ville ont commencé aussi.
- Parfait. Pour ce qui est des tenues d’apparat des prêtres et du Primarque ? Rien à repriser ? Aussi, il faut en faire un grand moment « généreux » si vous voyez ce que je veux dire. Nourriture ? Musique ?
- Oh, eh bien l’Archiviste s’est chargé des commandes. Il devrait y avoir de la musique dans toute la ville pour l’occasion. Attendez tenez, j’ai une copie des comptes pour vous. Par contre pour les tenues je sais pas vous dire. C’est sûrement détaillé là-dedans. »

Agon opine en avisant les feuillets. Bon, il n’était pas comptable, mais des additions et des soustractions avec le motif des dépenses, il devrait pouvoir y survivre. « Un souci ? » — Rhys fit quelques pas dans la direction du contrôleur d’un instant, penchant un peu la tête sur le côté. Le prêtre tirait une mine concentrée, sourcils froncés, ne tiquant plus au bruit des plaques d’armure s’entrechoquant à l’approche d’un de ses protecteurs. « Non, non. Juste… je vois pas mal de mets assez fins. Si on achète surtout ça, il risque de ne pas y en avoir assez pour tout le monde, si ? 
- Ca devrait dépendre des donations, commenta-t-il.
- Ca me paraît énorme par rapport à ce qu’on ramène. Même en se disant qu’on est pas les seuls à contribuer… Vous pourriez éventuellement voir avec l’Archiviste à, bon… prenez pas n’importe quoi ou du pain rassis, mais juste le compromis qu’il faut pour qu’il y en ait pour tout le monde. Je pense que les gens commencent à baliser un peu sur le potage de carottes et la soupe aux choux — ce disant, Agon redressa la tête vers le messager.
- Bien, oui, ce sera fait.
- Ah, aussi, conformément aux désirs du Primarque, il y a bien eu des messagers envoyés un peu partout dans le monde ?
- Oui, oui, bien sûr. Tout le monde doit être au courant. Enfin en tous les cas on fait notre possible.
- J’imagine que c’est parfait alors. Enfin je verrai avec l’Archiviste en arrivant du coup. Mais… — il plissa les yeux, réalisant soudain l’incongru de l’instant — l’Archiviste sait bien que je reviens aujourd’hui alors… pourquoi vous envoyer au juste ?
- Oh, oui ! Voici une lettre de l’Archiviste Heltzer. Manifestement, le calvaire du village de Mornevie toucherait à sa fin. Comme vous êtes déjà une figure connue, il vous invite à faire un petit détour. »

Ma-gni-fi-que.

Le prêtre saisit la lettre, puis prit le temps d’y jeter un oeil bien qu’en soi, il ne doute pas de la parole du messager.

« Bien. Rhys, tu viendras avec moi à Mornevie. Vous, finissez le voyage jusqu’à la Forteresse avec le convoi et son escorte et tâchez de tenir l’Archiviste au courant de mes observations. »

Les deux hommes hochèrent la tête. La page de Brücken-Fluss se tournait bien, pour une nouvelle épopée campagnarde.
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