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 Soutien aux blessés
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Jeu 9 Mar 2017 - 18:46
BOUM BOUM BOUM — « M’sieur Agon ! »

BOUM BOUM BOUM — « Eh, m’sieur Agon, ouvrez c’est Ian ! »

Damnation. Cela faisait deux heures qu’il aurait dû y être. Une ultime fois, les joues du Prêtre se gonflèrent d’un souffle d’encouragement. Un encouragement pour lui-même. Il mourut, d’ailleurs, aussi vite qu’il était apparu, élan d’une détermination pour la moins illusoire.

Allongé sur le dos, encore vêtu de ses habits de cérémonie, il n’avait pas prit part aux célébrations de la veille. Son esprit brumeux avait trouvé ô combien plus passionnant de détailler la craquelure qui serpentait sur le plafond de sa cellule, juste au-dessus de son lit. Il y avait passé la nuit (et une partie de la matinée désormais).

Sérieusement ? Il avait loupé une occasion de se détendre, lui ? Merde, et les jours insouciants ?! Où s’étaient-ils fourrés ?!

— Alors non. Pas ces espèces de journées tirées d’une enfance lointaine et dont l’on a qu’une douce rémanence. Agon pensait plus à celles qui suivirent directement son arrivée au Domaine Enchanté. L’on n’attendait alors de lui qu’une chose : qu’il ne soit pas dans les pattes de ceux qui faisaient leur travail. Le cadre, il est vrai, pouvait laisser à désirer : une ville-forteresse ravagée par une nuit sanglante. Une petite révolution étatique qui marquerait ce monde en lui-même comme son image. Lui, n’était cependant pas arrivé juste au lendemain de ces évènements. Il n’avait guère vu, alors, que quelques traces d’un rouge profond et séché, ci et là, des morceaux d’armures épars, des armes oubliées et des mines défaites. Il y avait d’ores et déjà eu un grand travail de nettoyage — si bien qu’au final, tout cela n’avait pas un air plus déplorable que les ruelles d’Illusiopolis qu’Agon avait fréquenté un temps.

Pourtant pour une raison inconnue, « sa réputation ne l’avait pas trompée ». Il avait là en tête la templière ou assimilée qui l’avait interpelé quelques jours avant les funérailles pour lesquelles il avait officié.

Quand diable cela s’était-il fait au juste ? Cette « réputation » ? — Il avait été avenant d’une façon générale, certes, question d’intégration. Mais il s’était sinon tenu tranquille.
En somme, on l’avait envoyé s’occuper de familles de paysans dégénérés… puis « ça ». La cérémonie. Qu’avait-il fait pour qu’à un moment, on pense qu’il était l’homme — de foi, ah-ah — de la situation ? « Je n’entends plus que votre nom lors de mes rondes dans la Citadelle » avait-elle rajouté. Mais pourquoi ? Il avait tout au plus calmé des agriculteurs aux tendances limite « familialement sectaires » et ramené un pauvre gosse dans les ordres. Ca, et parler par-ci et là à tout un chacun. Au final, comme tous les autres imbéciles en robe similaire à la sienne.


Peut-être que s’il avait moins une tête de mec sympa, ça se passerait mieux ? Mhm, non, pas tant, il le savait. On aurait pas tant l’envie de le croire.
Vous savez, l’envie de passer un peu l’éponge sur ses erreurs, même mineures. Eut-il paru moins sympathique, sa vie serait sûrement bien plus complexe qu’elle pouvait déjà l’être. Moins… plaisante par certains aspects disons. Malgré sa mauvaise expérience de sacrements… et sa mauvaise expérience — il n’en doutait pas — à venir, il y avait du bon dans l’existence qu’il menait désormais.


Parlons-en, de cette mauvaise expérience à venir — pas le dragon sans-coeur qui ravagerait la ville le lendemain, cela il ne pouvait pas le prévoir. Plutôt, la nouvelle tâche qu’on lui avait refourguée la veille alors qu’il tentait d’atteindre sa cellule pour une nuit qu’il imaginait encore répara — BOUM BOUM BOUM ! « Allez M’sieur Agon je sais que vous êtes là… » Bon.

Nouvelle journée, nouveau défi. Le prêtre se redressa sur sa couche, et en quelques secondes à peine avait atteint la porte.

« Oui, Ian ? » — ses yeux cernés se posèrent sur le garçon blond qui tambourinait à sa porte avec véhémence depuis bien une dizaine de minutes. « Vous êtes attendu M’sieur le prêtre. Au chevet des blessés. C’est la seconde du méd’cin qui m’envoie. »
Il ouvrit des yeux ronds et déconfits (un effet que la fatigue lui permettait sûrement de reproduire à merveille), prenant l’inspiration courte d’une surprise simulée. « PAR ETRO ! Suis-je un imbécile ! Attend-moi ici s’il te plaît ! » Vlan ! — porte fermée, soupir, soutane de cérémonie abandonnée, robes de prêtrise usuelles enfilées ; en route. Même si cela passerait sûrement déjà difficilement, prétexter l’oubli serait sans doutes bien plus agréable que d’annoncer de but en blanc qu’il avait préféré regarder son plafond quand il aurait déjà dû se rendre sur place.

Aller au chevet des blessés, bon. Agon avait déjà vu des blessés. Il avait lui-même déjà eu ses mauvaises passes, d’ailleurs. Le prêtre s’en convainquait : s’il avait survécu à l’épreuve des sacrements, il survivrait à ça.


— Le jeune homme avait pour autant sous-estimé la différence entre les centres de soins qu’il avait connu et ceux du Domaine. La salle où l’avait entraîné l’aspirant qu’était devenu Ian servait il y a quelques semaines encore d’annexe aux cuisines : une grande antichambre où étaient normalement entassés les stocks de mets livrés au château. Si les murs de la salle, d’une pierre rudimentaire, étaient alors dissimulés derrière d’imposants celliers, ils avaient été mis à nus depuis. Une bonne hauteur de plafond — voûté. Disposés le long des murs, puis plus au centre de la pièce de façon à laisser un maigre chemin entre les corps, des lits d’un basique qui exploraient les limites du concept. Entre ceux-ci, à côté de ces derniers, ou plus généralement là où on le pouvait, de fins matelas ou paillasses étaient fichues à même le sol, visant à combler un manque évident de couches. Les minces fenêtres percées dans les murs, quant à elles, ne laissaient passer que peu de la lumière diurne, donnant à la pièce un air de marasme de corps pris de gémissements et de sursauts de vie épars, éclairés par les flammes vacillantes de torches et de cierges à la faveur desquels se mouvaient quelques apprentis en médecine toute traditionnelle. Leurs tenues modestes ajoutaient au côté « antichambre de la mort » que le prêtre se trouvait à voir. Son regard se posa sur les rares établis présents dans la pièce ; tables récupérées dans le château et sur lesquelles trônaient des ustensiles et flacons remplis ou non dont les fonctions lui étaient pour les moins obscures.

Quoique l’on ait laissé les portes ouvertes pour permettre à l’air de circuler, il y avait ici l’odeur du sang et des onguents ; et celle du renfermé. Des blessés presque entassés les uns sur les autres pendant des jours. Il n’y avait pourtant pas vraiment d’autre moyen de procéder.

« J’vais vous chercher m’dame Bachburg, attendez là. »

Un instant, les yeux verdoyants de Ian furent illuminés par la flamme d’une torche maintenue au mur non loin d’eux, avant qu’il ne se retourne prestement. Madame Bachburg était bien décidée, de son côté, à mettre la main sur ce con en soutane qui lui avait posé un lapin.

Oui, c’était un prêtre.

Oui, les prêtres sont le corps et l’âme du Sanctum. Et alors ? Jusqu’à preuve du contraire il n’y avait pas besoin de recevoir la lumière divine sur la tête pour passer prêtre, juste un peu de foi. Et la foi ne fait pas tout. Sans compter les arrivistes. On lui avait dit du bien du petit jeune qui allait venir, on lui avait dit qu’il était prometteur, eh bien ! Elle allait lui montrer ce qu’on fait aux espoirs déçus ! Avec un pas déterminé et une agilité surprenante qui lui permettait de se mouvoir entre ses patients comme si elle fut prête à gagner un 100m (le trait est exagéré ici, rien d’inhumain à la vérité), elle se retrouva devant ce « M’sieur Agon » de pacotille.

Ah, mince. Sa détermination s’ébranla à la vue du fameux type qu’elle se sentait pourtant bien prête à remonter. C’était le petit gars des sacrements auxquels elle avait assisté avec une partie de ses blessés les moins raisonnables.
Oui, bon. Elle le remettait maintenant. Vu comme il était pâle pendant son office le jour précédent, elle avait presque cru qu’il se retrouverait parmi ses protégés. Petit côté fébrile qui s’était effacé durant son discours certes, mais sa raideur alors qu’il passait entre les tombes ne l’avait pas trompée : il était pas bien. Cas de dilemme. Ca n’excusait pas vraiment le retard, mais y’avait quand même moyen que ça s’explique…. Ruth ! Tu devais arrêter de chercher à comprendre les gens — sauf tes patients — !

Elle se prit d’une moue renfrognée qui fit sourciller Agon, qui avait pour lui l’impression d’avoir revu, par cette arrivée en boulet de canon, sa propre mère. « Agon Wiley. » dit-il en s’inclinant légèrement — « Prêtre officiant pour le Sanctum. » Ruth, s’inclinait en retour, quoiqu’un peu rapidement et grossièrement. « Ruth Bachburg. Suivez-moi vous avez du boulot et vous êtes déjà trop en r’tard pour prendre le thé et les petits gâteau avec les courtoisies de base. »

Il s’exécuta. D’un autre côté, il pouvait difficilement contester.

« Vous vous parlez, moi je fais. Et quand je vous demande de faire un truc, vous le faites. Ca devrait pas être trop compliqué. Par contre si vous commencez à vous sentir mal, vous fichez le camp deux minutes le temps de souffler puis vous rev’nez. J’ai pas le temps de m’occuper de vous en plus et le p’tit blond a pas que ça à faire de passer derrière un prêtre dégobillant. Bon. j’ai promis à un patient que j’vous amènerai à lui quand vous débarqueriez. J’m’occuperai de la toilette, c’est un type pudique à la base, je pense qu’il ne voudrait pas que vous le fassiez. » — puis, elle baissa d’un ton le temps de quelques mots : « Je veux pas vous entendre lui dire que tout ira bien et qu’Etro viendra le remettre sur pieds, parce qu’à moins d’un miracle ça arrivera pas. Vous s’rez gentil. Prenez le seau là-bas près de la porte et ramenez-le moi. » Le prêtre la regarda sans l’interrompre, déjà occupé à laisser son regard traîner sur les blessés entre lesquels ils serpentaient. Et même si les blessures de certains étaient recouvertes, il en était que l’on pouvait apercevoir. Et vraiment. Il avait sous-estimé la différence entre les centres de soins qu’il avait connu et ceux du Domaine.

Pâle comme les linges étonnamment propres dont sa mentor d’un jour se saisissait plus loin, Agon se rapprocha de la porte donnant sur l’extérieur. Il adressa un bref regard à la médecin, en discussion manifestement sérieuse avec Ian, avant de se saisir du but de sa quête d’un instant. Un lourd seau d’une eau qui n’était pas la plus pure.


— Il tint bon lors de l’échange avec le Templier Damien, malgré la plaie aux couleurs anormales qui marquait son poitrail. La chose s’était clairement infectée, et il avait fait son possible pour rester concentré sur le regard de son interlocuteur alors que ce dernier lui confiait sa vie. Comme il voudrait que le Sanctum prenne soin de sa famille, comme il sentait que la fin approchait bien trop vite. Son envie de pouvoir voir sa fille aujourd’hui aussi, mais il ne savait pas si elle viendrait.  Agon avait tenté de le rassurer, sans être certain que ses paroles pouvaient toucher un homme qui se savait mourir sous peu, inéluctablement — « Vous savez qu’Etro veille sur les siens. Comme elle… le Sanctum tâche d’être là pour ceux qui le soutiennent, dans la foi ou par les armes. » Il n’aurait pas à s’inquiéter pour sa famille. Mais le jeune homme ne faisait qu’éviter au possible de parler de sa fille. Comment pouvait-il lui assurer qu’elle viendrait ? Assurément, il ne le pouvait pas. Agon n’avait pas cherché à approfondir son entretien avec le templier, ayant du mal à ne pas poser les yeux sur l’entaille que la médecin lavait aussi délicatement que possible.
Un spectacle à vous couper la faim pour une éternité.

Aussi stable qu’une quille qu’il était, ce n’est pourtant qu’à la seconde visite qu’Agon fut renversé.


Non vraiment, ce moignon purulent (résultat d’une amputation douteuse), il aurait pu s’en passer sans mal. Ruth lui expliquait comment les feuilles de la menthe poivrée avaient un effet anesthésiant et antiseptique lorsqu’elles étaient appliquées sur les blessures, et lui faisait démonstration, appliquant avec vigueur le remède feuillu sur une oeuvre de coutures rudimentaires.
Et il devait regarder ;
Et rassurer l’homme sur le soin qu’il recevait.
Passer le regard de l’un à l’autre avec tantôt un sourire rassurant et tantôt un regard compatissant.

Agon s’était, après quelques oeillades sur ce qu’il percevait comme un massacre médical, soudain senti bien plus léger — trop étrangement léger — et cotonneux. C’était pas bon signe. Son regard chercha une vision rassurante qui, inutile de se leurrer, ne vint pas ; gémissements agonisants, râles pleureurs, murmures résolus — le tout en garniture de linges sanglants et agrémenté d’un fumet de renfermé. Sa gorge se serra. Quelques enjambées maladroites seulement le séparaient de l’air pur ! — Un pas, deux, trois ! Le voici qui, sous le soleil de cette journée, ne s’effondrait pas alors qu’il sentait ses jambes frêles. Digne dans sa fuite, toute brève fut-elle. Une inspiration, et le prêtre se laissa choir avec une grâce pour la moins surprenante. Grâce dont il se serait félicité, s’il n’avait pas réalisé qu’il ne la devait qu’à l’accompagnement au sol bienveillant de son paysan blondin d’aspirant.

- M’sieur Agon, ça va aller ? J’vais vous chercher de l’eau. Vous pouvez rester tout seul un instant hein ?

Il ne répondit au garçon que par une une inspiration silencieuse puis une respiration lente dans un premier temps, avant de balayer un peu l’air de la main.

- Je reviens M’sieur le prêtre. Respirez.

Tsk. Il entendrait parler de sa faiblesse de cet instant encore des semaines connaissant l’air parfois effronté que pouvait avoir le garçon — bien que la décence l’amena à ne pas trop le montrer en public. Cela, et il était certain que cette femme-médecin allait lui en tailler une réputation d’homme fragile.

Enfin. Peut-être cela lui évitera-t-il d’être réaffecté à pareille mission avant un moment au moins. Bientôt armé d’un verre d’eau bienvenu, Agon se laissa marcher sur une centaine de mètres avant de s’asseoir sur un banc de pierre laissé au soleil. Ian l’avait laissé. Manifestement Bachburg ne le laissait pas chômer ; plus loin, le service du château s’affairait à accueillir les hommes du Sanctum rentrant de leur tour de garde matinal.

Il aimait bien ces petits moments de contemplation, quoiqu’il n’avait jamais la patience de les laisser durer trop longtemps (à l’exception notable de cette fissure au plafond de sa cellule qu’il observa bien une nuit). Doucement, il soupira. N’importe qui le prendrait pour une petite nature, et pourtant il en avait vu des gens blessés. Simplement, il y avait une différence substantielle entre la blessure résultant d’un coup de canif, aussi profonde soit-elle, ou des côtes brisées par une bonne batte, et des plaies ayant vieilli sur plusieurs jours avec des soins bien moins adéquats que ceux qu’il avaient connus. Leur anesthésiant c’était des feuilles de menthe ! Bonjour l’hygiène ! Il se rassurait en un sens, sur sa propre virilité, en se disant qu’il n’avait pas dormi, ou que la fatigue ne devait pas l’aider… et le voici qui repensait à la fois où l’un de ses amis s’était ouvert le bras lors d’un mauvais jeu… c’était… laid à voir, aussi.

Au loin, la petite tignasse bouclée de Ian sortait de la dépendance, cherchant du regard son acolyte. Agon lâcha un soupir, se soufflant à lui-même — « Le devoir m’appelle. » Cette Bachburg ne plaisantait donc pas lorsqu’elle disait qu’il ne prendrait que deux minutes avant de lui revenir.


Pour ce qui était de la suite des opérations, et bien qu’elle ait dit qu’elle le traiterait sans égards, il semblait pourtant évident que Madame Bachburg avait décidé d’accorder un peu de grâce à son hôte d’une journée.
Elle avait fait son possible pour éviter qu’il n’ait à trop manipuler les plus graves des plaies, semblait régulièrement prêter un peu d’attention à sa mine. De leur côté, ses patients se firent rapidement à la présence du prêtre qui, petit à petit, se fit moins guindé et malaisé. Avec certains, il se prit à partager une partie de cartes, ou écouter les histoires de jeunesse (ou pas) des plus bavards — et c’est incroyable les petites âneries que même les bons soldats du Sanctum peuvent faire quand ils pensent qu’on ne les regarde pas, l’apprenait-il — tandis que plus tard dans la journée il rassurerait les familles les plus inquiètes.

Quelques individus étaient d’ailleurs venus au chevet du templier Damien avec qui il avait échangé à son arrivée sur les lieux. Mais aucune, semblait-il, qui soit sa fille. Elle attendait dehors, lui dit-on. Certains ne supportent pas la vue de leurs proches alors qu’ils sont faibles. Agon lui-même avait déjà eu ce souci. Il pouvait la comprendre en un sens. Le templier ne semblait pas vouloir montrer sa déception, mais son sourire était moins lumineux. Lorsque ces visiteurs partirent, le prêtre se prit à détailler la jeune femme qui n’était pas entrée dans la dépendance. Fine, aux longs cheveux bruns — elle inclina la tête lorsque leurs regards se croisèrent, restant ensuite prise d’une moue honteuse sans relever les yeux.

Ce n’était pourtant pas lui qui allait juger quelqu’un là-dessus. Et bien que le templier eut l’air d’être un homme bien, il ne le connaissait pas assez pour s’agacer que sa fille ne lui accorde pas le plaisir de la voir.
C’était triste, mais c’était comme ça.

Lors des quelques courtes pauses qu’Agon et Ruth partageaient, elle avait fini par lui parler un peu de ses cinq enfants et de leurs aspirations. Ce qui la préoccupait en tant que mère. Et comme il lui confiait venir d’ailleurs — du monde dit « du Palais des Rêves » — elle lui demandait si de ce qu’il savait des transports spatiaux, ils pouvaient être dangereux. Son second fils, Sild, espérait en effet se faire embaucher par la Shinra en tant que pilote. Un choix que sa mère réprouvait cela allait sans dire. Elle les sentait pas ces types.
Au final, cette femme était une vraie pipelette quand elle s’y mettait. La chose faisait doucement sourire son interlocuteur. On ne pouvait pas le lui enlever, elle était aussi très appliquée dans son travail. La médecin connaissait chacun de ses patients, leurs peines comme leurs joies.

— « Il y a un de mes gars que je trouve bizarre par contre. Bon, vous m’direz c’que vous en pensez. Mais je sais pas… quelque chose qui va pas. J’finis par les connaître mes oisillons… celui-ci y’a un truc. Ca coince. » — « Vous savez, certains réagissent moins bien que d’autres au mal. Physique, ou intérieur. Peut-être qu’il a juste besoin de mettre une sorte de distance ? » Elle lui assurait que le souci n’était pas là, et Agon ne put que lui dire qu’il y ferait attention.
A la vérité, il pensait honnêtement que c’était une petite affabulation de la femme-médecin. Jusqu’à ce qu’il se rende compte… que pour lui aussi, ça coinçait.

L’homme, jeune mais au cheveux déjà poivré-sel, lui laissait un sentiment partagé… cette impression de « toi, j’te sens pas » bien caractéristique. Ce petit piquant dans la bouche, le fait d’avoir sur le bout de la langue ce que c’est et de ne pas pouvoir le dire. L’histoire qu’il contait n’était pas folle : il était dans les cuisines à faire un inventaire lorsque des hommes armés lui sont tombés dessus. Il n’avait pas pu voir correctement de qui il s’agissait, ou alors, cela était flou pour lui. Mais tandis qu’il se débattait — ses assaillants essayaient manifestement de le maîtriser — il tomba et le voilà qui ne pouvait plus se relever, bouger. Les hommes l’avaient laissé là, gémissant de douleur, comme il ne représentait plus ou pas une menace.

On ne pouvait pas dire que cela soit impossible. Mais il y avait un truc.

Non, vraiment.

Quelque chose de gênant, sans pour autant qu’Agon puisse vraiment savoir de quoi il s’agissait. « Ca m’emmerde cette histoire quand même. J’ai l’impression qu’i’m’dit pas tout mon bonhomme. » pestait Ruth — « Ca pourrait être le cas oui, mais je vois mal ce que ça lui apporterait dans l’absolu... » Il doutait en effet fortement que la médecin ne l'aurait pas soigné s'il avait été un homme de Swain. Est-ce que cela pouvait en être un ? Il n'avait pas la carrure d'un homme d'armes. Les deux acolytes avaient rejoint le banc sur lequel Agon s’était laissé choir plus tôt. Et quoique le Soleil commençait à disparaître derrière les tours du château, la pierre avait conservé une douce chaleur. « Il a de la famille éventuellement ? S’il agit bizarrement, ils ont peut-être une explication. » Apparemment, il n’en avait pas, ou plus. Il n’avait vu qu’un ami le surlendemain du drame mais il n’était pas revenu depuis et honnêtement, Ruth ne savait pas ce qu’ils s’étaient dit. Elle était médecin, pas garde de geôles. Agon pouvait-il lui rendre service et se renseigner auprès des serviteurs qui s’occupaient normalement aux cuisines ou à la réserve ? Elle n’en avait pas le temps et plus les jours passaient plus l’attitude de son patient lui paraissait suspecte.

Bon, ce n’est pas comme si il avait quelque chose de mieux à faire passé les prières d’usage. Il accepta.

« Allez, vous avez bien fait ce que vous aviez à faire aujourd’hui. Par contre j’espère qu’à force vous s’rez un peu moins fragile parce que ça m’serait utile que vous puissiez avoir quelques gestes de soins de base m’voyez ? » — « A… à force ?! » Ruth se tordit d’un rire gras et sonore. « Bah j’espère bien vous r’voir m’sieur l’prêtre. Et puis c’est pas un p’tit enseignement en la matière qui vous f’ra du mal. Vous pourriez aussi faire quelques petites choses autre que papoter et jouer aux cartes, ce sera productif. » — « Je connais les bases du secourisme, merci… » Il n’était juste pas vraiment un habitué des blessures graves ou de l’agonie étalée sur plusieurs jours. « Tenez, je sais faire des bandages par exemple. »

- Mais fallait me le dire, je vous aurais mis à contribution ! J’pensais que même laver un bandage vous sauriez pas le faire sans me claquer entre les mains !
- Vous ne me l’avez pas vraiment demandé non plus, répondit-il d’un ton presque insolent.
- Oh ôtez-moi ce sourire idiot de la bouche. N’oubliez pas qu’à l’une de vos premières foutues interventions j’vous ai vu ramper jusqu’à la sortie.
- Ramper, ramper… — il se laissa aller à un rire léger — vous y allez fort. Puis je suis pas vraiment une petite nature.
- J’y vais à la m’sure de ce que j’ai vu. Hop, en route vous allez me montrer ça.
- Ca quoi ?
- Comment vous faites les bandages. Allez hop debout.

Agon ne put s’empêcher de plisser un peu les yeux avant de lever les mains en l’air quelques peu défensivement. « Je me décharge de toute responsabilité si vous me mettez un amputé ou un… grand blessé à la plaie… jaune, violette ou autres couleurs exotiques. » — « Vous inquiétez pas, roh ! J’ai pas assez confiance en vous pour vous filer l’un de mes patients ! » Eh bien merci...


Brennan était l’un des acolytes travaillant auprès de Ruth. Assez jeune encore, il avait suivi cette voie par défaut. De fait, ses parents étaient dans le métier, et la société du Domaine était l’une de celles ou ne pas faire comme ses aïeux était un véritable parcours du combattant. Ce que l’on a devient rentable s’il est exploité et utilisé sur de nombreuses années, et voir un enfant — surtout lorsqu’il est unique — partir sur une autre voie, c’était perdre la continuité d’une affaire et perdre en investissement. Agon et lui en avaient parlé plus tôt, autour d’un jeu de cartes avec un serviteur blessé pendant les affrontements entre le Sanctum et les hommes de Swain, et l’apprenti avait confié qu’il se serait bien fait pâtissier s’il avait écouté ses rêves d’enfant.

Or donc lors de sa dernière expérience culinaire, Brennan avait fort mal manipulé un couteau, et s’était entaillé le dos de la main. Un mannequin s’entraînement que la médecin avait jugé parfait. Bien vite, elle les réunit sur le palier de la porte, bandage et compresses en main. Agon pouvait,  dès lors, après avoir veillé à nettoyer la plaie, s’exercer à l’art du bandage. Certes ceux-ci n’étaient pas tout à fait ce à quoi il était habitué, mais ils feraient bien l’affaire. « Vous vous y prenez pas trop mal, faites-moi penser à vous engager à l’occasion. On a toujours besoin de petites mains. » — « Mais que ne ferais-je pas pour vous rendre service, hein ? » Muni de son sourire taquin, le prêtre avait redressé la tête vers sa mentor qui leva les yeux au ciel. « Vous pourriez être mon gamin. Remettez vos yeux sur ce bandage plutôt que de me faire de la flatterie! » — bien que le ton paraisse un peu grognon, l’expression qui l’animait était sans équivoque. Finalement, elle l’aimait bien. D’une exécution étonnamment soignée, son visiteur en soutane épingla le bandage en vérifiant rapidement que celui-ci tienne bien — un rapide coup d’oeil sur les visages de Ruth et Brennan lui servit de confirmation : l’honneur était sauf.


« Rassurée sur mes capacités maintenant ? » — « Agréablement surprise plutôt. Ah, et tenez. Un petit cadeau pour vous. »
Posés sur leur nouveau banc de prédilection, Agon et Ruth échangeaient quelques mots avant que le prêtre ne retourne à ses occupations. « C’est quoi ? »

- Du poivre.
- … du poivre ?sérieusement ? Quel cadeau !
- Ne m’affichez pas ce petit sourire, ça se trouve pas si facilement ici ou pas dans ces quantités. J’ai entendu dire que les gens avec les moyens ils peuvent se permettre d’en mettre sur leur nourriture… m’enfin c’est du gâchis. C’est surtout un très bon coagulant.
- Ah ? fit-il un peu étonné.
- Appliquer le poivre sur une plaie permet de favoriser la coagulation, éviter le saignement. Je me dis que ça vous sera peut-être utile.
- Vous vous attendez à ce que j’aie à traiter quelqu’un..?
- On sait jamais ce qui peut arriver dans c’monde. Et que ce soit vous ou un autre, ça peut être utile. C’est bien ce que vous avez fait, les jeux de cartes et tout. Ils ont bien aimé je sais, c’est pas trop mon genre à moi donc c’est pas comme si je pouvais trop leur faire profiter de ces trucs. Bref. J’préférais vous faire un petit r’merciement utile.
- Non mais c’est… merci, dit-il en récupérant le flacon et avec un sourire. Il mourrait moins bête c’était sûr. C’était un plaisir en tous les cas Ruth.
- Partagé. Même si au début c’était pas ça. La ponctualité c’est la base du respect m’sieur l’prêtre. Essayez de faire ça bien merde.
- Message reçu.

Une poignée de main échangée, et il se retirait. Il pensa bien à s’arrêter sur le chemin pour interroger les gens du service à propos du patient louche qu’il avait vu plus tôt, mais il reporta au lendemain. Il avait eu une bonne journée, pourquoi ne pas s’offrir un peu de repos ? Oui, il irait le lendemain, après les prières usuelles.


S’il n’avait pas oublié cette tâche, un évènement l’empêcherait pourtant de l’accomplir — Quittant après son office sa tenue de cérémonie pour une soutane plus légère, Agon prenait le temps d’une inspiration.

Le Soleil pointait haut dans le ciel quand le grondement de la créature avait retentit, et le prêtre s’était précipité à sa fenêtre pour une vision de pur cauchemar. Obscur et puissant, le dragon s’était élevé en un battement d’ailes au-dessus de la cité : son cou s’était allongé dans une posture menaçante, cobra s’apprêtant à déverser son venin. Puis, son poitrail s’était soulevé pour la première fois. Et pour la première fois il déversa son feu dans la ville.

HRP : Ce RP se déroule la veille de Bouc Emissaire.
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Noirâtre Acceptation
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Jeu 1 Juin 2017 - 16:45
Je pense qu’on peut dire que tu es quelqu’un qui se donne les moyens de ses ambitions. Je ne vais pas mentir et dire que j’ai lu d’autres missions de toi, ce n’est pas le cas. J’ai par contre pu constater que certains de tes rps était longs — très longs même. Oui, c’est juste le truc qu’on peut voir en regardant un rp en 10 secondes, mais ça m’a quand même donné un aperçu de ton habitude de développer les choses. Bon, et puis, il y a eu « bouc émissaire » où j’ai pu vraiment te lire pour la première fois.

Et du coup, ici je me suis vraiment rendue compte d’une des grandes qualités de ton style. Tu prends vraiment bien le temps pour une mission d’aller en profondeur, tu ne bâcles clairement pas ton écrit. Ici, on a un travail qui a pris du temps à être développé, je pense. Tu aurais clairement pu faire cette mission et parler de quelques unes de tes rencontres, mettre les dialogues avec les souffrants et tout. Ici, tu as vraiment bien pris le temps de mettre en scène les relations de ton personnage avec les autres.

Je passe rapidement sur le paragraphe « orthographe » en disant que tu as fait très peu de fautes, quelques unes tout au plus et c’est toujours appréciable. Tu soignes vraiment ton style avec un français bien maîtrisé et je pense que tout le monde t’ayant lu peut le dire. Ceci dit, tu ponctues ton style de parties plus spontanées, plus subjectives au personnage qui du coup diffèrent du reste du texte. Genre les « merde ». Ce qui m’amène d’ailleurs à parler de ce style un peu particulier, que je trouve à la fois subjectif et objectif. Subjectif parce que tu parles des sentiments des personnages, je dis « des » parce que justement tu as cette tendance à ne pas parler uniquement pour ton personnage mais aussi pour les autres (d’où le subjectifs). Tu prends plusieurs points de vue.

C’est une idée je dirais, pas si courante je trouve en fait.

Si je devais parler de négatif, je dirais que j’ai eu un peu de mal à prendre au début. Au final, c’était surtout les dialogues qui me permettaient de me re-concentrer sur le rp et de structurer ma vision des choses. J’avoue être plutôt un public moyen, j’aime les choses qui me distraient et qui m’embarquent dans une histoire sans trop me perdre. Je ne le dirai jamais assez mais j’aime quand les choses vont à l’essentiel, à part quand les descriptions ou les introspections sont de mise. J’écris moi-même comme ça. Evidemment, je n’attends pas de tout le monde d’avoir le même point de vue dans la lecture et dans l’écriture. Ca ne m’empêche pas d’apprécier des classiques de la littérature ou d’apprécier un style comme le tien, que j’estime plus descriptif. Mais en étant parfaitement honnête, oui, je me suis un peu perdue au début.

« Tu » (si l’on estime que tu as vraiment commis une erreur) m’as néanmoins repris à temps dans la lecture et j’ai pu bien plus apprécié la suite et la qualité des détails de ton rp. Tu décris des situations très vraisemblables avec des adjectifs et des sentiments tout à fait adaptés aux situations que tu décris et c’est vraiment appréciable. C’est vraiment l’inverse des cas où je lis dans un rp (ou même dans un livre, ça arrive !) des situations que je trouve vraiment peu crédibles, les réactions des gens, les pensées, les dialogues. Ici, tu maitrises vraiment bien la chose, tu n’ajoutes pas des événements pour arranger ton rp.


Normal : 20 points d'expérience + 240 munnies (dont un bonus de 40) + 3 PS en dextérité
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