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 Un aveu à faire
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Sam 3 Sep 2016 - 11:38
Monsieur de Lully,
J’ai eu le plaisir de faire votre connaissance, il y a quelques temps déjà, au cours d’un bal où nous avions longuement discuté et trouvé quelques points d’intérêt commun. Malheureusement, l’issue de la soirée fut telle qu’on ne peut réellement en garder un bon souvenir. Je suis certaine que vous vous rappellerez de moi si je vous dis que ce fut lors du bal où Lady Boyle trouva la mort, vous m’aviez aidée, si vous vous souvenez bien.

Vous devez être surpris de recevoir un courrier de ma part, puisqu’en dépit de notre bonne entente, vous n’aviez plus jamais entendu parler de moi. Je cherche actuellement quelque chose de très important pour un projet d’envergure, et pour cette chose, il me faudrait un horloger. Je sais quelle place vous occupiez autrefois, et je sais que vous devez certainement en connaître étant donné la pendule splendide qui se tient au sommet de la tour de votre monde. Pensez-vous qu’il vous serait possible de m’en faire rencontrer un ? Je serais plus qu’heureuse de vous rencontrer à nouveau, là où vous le souhaiterez, en compagnie de cette personne. Je préfère, si vous le voulez bien, me taire pour le moment sur le projet que je vous ai mentionné, mais je n’aurai aucun problème à en parler plus directement si vous le souhaitez.

Informez également votre horloger qu’il sera grassement payé. L’argent n’est pas un problème.

J’attends votre réponse, et vous remercie d’avance. Bien à vous,

Mademoiselle Earl.

Mademoiselle,
Comment pourrais-je vous avoir oubliée ? Vous et votre fiancé aviez mis cette soirée sans-dessus dessous. C’était plutôt amusant, du reste, et bien que nous parlions d’une défunte, je dois bien avouer ne l’avoir jamais appréciée. Sachez néanmoins que je n’ai jamais eu aucun doute vous concernant, et l’affaire s’est vraisemblablement tassée depuis. Y a-t-il eu un coupable désigné, d’ailleurs ? Je l’ignore.

Je serais ravi de vous recevoir chez moi dans une semaine, le mardi en début d’après-midi, au château de Lonce. J’y ferai venir un horloger, un de ma connaissance, très fiable, dont vous ne serez pas déçue si vous désirez quelque chose de semblable à ce qui existe chez nous. Vous serez évidemment mon invitée et pourrez rester autant de temps qu’il vous plaira. Sans vouloir vous effrayer, je dois reconnaître que cela fait bien trop de temps que je n’ai eu d’aussi amusantes perspectives, en dépit du caractère technique de la chose. Je dois vous sembler bien désespéré, mais c’est ainsi. On ne peut pas dire que les affaires soient bonnes ces temps-ci.

Recevez mes salutations distinguées,

Monsieur de Lully.

Depuis la réception de ce dernier courrier d’invitation de la part de l’aimable Monsieur de Lully, les événements s’étaient bousculés.

Ce matin-là, je ne me réveillai pas seule. Dès le premier oeil ouvert, je fus prête à m’enfuir recouvrant mon corps comme je le pouvais d’un drap qui trainait là. Puis, je me remémorai la nuit précédente. Je me souvenais m’être endormie paisiblement et lourdement dans ses bras, oubliant momentanément toutes les angoisses, toute les désillusions dont s’était  peu à peu embarrassée mon existence. Et pendant quelques heures, plus rien d’autre n’avait existé, pas même la princesse dans sa chambre quelques étages plus haut, pas même le danger que représentaient les projets de Death, ni même les regrets, ni même les regrettés. Il avait capturé mon esprit et ses pensées le temps d’une nuit, il était parvenu à m’emmener ailleurs, dans un voyage dont je n’avais eu aucune envie de revenir.

Il se tenait là, à quelques centimètres de ma main, allongé et assoupi, aussi paisible qu’un enfant. Je ne pouvais voir son visage, mais le rythme de sa respiration, hypnotisant mes oreilles, parlait pour lui-même. J’hésitai quelques instants avant de poser une main sur son épaule pour la caresser furtivement. J’en frissonnai, ébranlée. Tout en lui touchait mon âme, émouvait ma tête refroidie. Lui, sa naïveté, sa passion, son courage. Courageux, il l’avait été cette nuit, prêt à n’importe quelle folie pour me trouver, au risque de l’inconscience. Déterminé, il l’était plus encore. Comment ne pas admirer une telle force de la nature, comment ne pas vouloir la garder pour soi ? Sa fragilité, pourtant, avait écrasé tout le reste. Il s’était imposé à moi, prenant le risque d’être rejeté, avec pour seul argument un coeur ouvert. J’étais armée pour tout encaisser, à part ça. Lors de cette nuit, les perspectives avaient changé, de nouvelles voies s’étaient ouvertes. Comment revenir à la réalité ?

Doucement, je m’écartai de lui et me tins assise sur le bord du lit, encore incapable de penser, de bouger, d’avoir une conversation sensée. Je me souvins alors du programme qui m’attendait en ce jour. Rejoindre le domaine de Monsieur de Lully me sembla soudainement être la tâche la plus ardue qu’on attendait de moi. Avec le même manque d’intérêt, je me rappelai qu’il était nécessaire que j’adapte ma tenue à celle de rigueur au Palais des Rêves. A présent debout, j’ouvris doucement la penderie, veillant à ne faire aucun bruit, pour découvrir la robe de jour que je m’étais faite livrer pour l’occasion. Je caressai son étoffe, troublée par sa douceur et me laissai porter quelques instants. Le froissement d’un édredon m’ôta de tout rêve et me rappela que je n’étais pas seule dans cette chambre. Instantanément, j’enfilai la robe de chambre qui trainait à mes pieds.

Des yeux usés par la fatigue et pourtant toujours aussi bleus me fixèrent intensément. Je sentis mes jambes se dérober sous moi mais tins bon. Je compris qu’il hésitait, apparemment autant gêné que moi par la situation. Et cependant, il finit par prendre la parole d’une voix douce et incertaine.

-Que… Que fais-tu ?
-Excuse-moi, je ne voulais pas te réveiller. Il faut que je me prépare pour la journée d’aujourd’hui.
-Quelque chose… d’important à faire ?


J’eus l’impression soudaine qu’il craignait ma réponse, comme s’il avait espéré que nous resterions là toute la journée, ou encore toute la vie. Idée qui me parut étrangement plaisante.

-Important… Je ne sais pas. Il faut que je me rende au Palais des Rêves dans la demeure d’une connaissance, un noble.


Il sembla surpris et intéressé à la fois, ce qui eut au moins pour avantage d’apaiser la gêne évidente qu’il y avait entre nous.

-Qu’est-ce qu’une jeune femme comme toi, autant liée que moi à la noblesse, irait faire chez un homme titré ?
-Maxence, tous les titrés ne sont pas des nuisibles, et lui encore moins que les autres. Mais la raison de ma visite n’a rien à voir avec moi. Il va me permettre de rencontrer un artisan qui doit faire quelque chose pour nous.
-Nous ?
-Je veux dire… pour la Coalition.
-Ah.


Nouvelle réaction troublante. Il se hissa à son tour hors du lit, affichant sa nudité aux timides premières lueurs du jour. Situation à laquelle il remédia instantanément lorsqu’il remarqua que je regardais ailleurs.

-Merci.
-Non, c’est moi… Désolé.


Il hésita quelques instants encore avant d’oser s’approcher de moi. Il posa le dos de sa main contre ma joue et caressa mon visage dans une fascinante douceur.

-C’est quelque chose que je devrais désapprouver ?
-Quoi ?


Sa tendresse avait éclipsé toute logique de ma tête, je ne compris pas de quoi il parlait.

-Cette chose que l’artisan va faire pour vous.
-Ah… Non, non… Pas du tout, pas cette fois.
-Tant mieux. Combien de temps restes-tu là bas ?


Je fus bouleversée réalisant que nous en étions au point de parler de nos horaires.

-Je passerai vraisemblablement la nuit là-bas. Il tenait à ce que nous ayons du temps pour discuter.


Cette réponse plutôt innocente dans ma tête sembla le dérouter voire le déranger. Il évita mon regard pendant un instant.

-Est-ce que…
-Quoi ?


La chose semblait insoutenable.

-Est-ce que je dois m’inquiéter ?


Irrésistible était ce regard incertain et soucieux. Je me retins de faire preuve de trop de passion mais montai sur la pointe des pieds pour embrasser sa joue.

-Non, pas du tout.


Il me retint dans ses bras lorsque j’entrepris de m’écarter.

-Reste…
-Je ne peux pas.
-Je sais que si tu le voulais vraiment, tu pourrais.
-Ce ne serait pas… sage.


Mon esprit se focalisa sur sa respiration profonde qui faisait écho à la nuit précédente. Je pus même sentir les palpitations de son coeur sous mes doigts. Il ne tenta rien de plus, se contentant de jouer avec une mèche de cheveux.

-J’ai peur.
-Pourquoi ? Tu n’as pas à avoir peur…


Et pourtant, tout en disant cela, mon être n’était que tremblement refoulé.

-J’ai l’impression que mon coeur va exploser, que je ne suis plus maître de moi-même.
-Comment pourrais-je te rassurer ?
-Je voudrais être certain… que tu ne vas pas disparaître, que j’aurai de tes nouvelles, et que nous nous reverrons bientôt.
-Je… Maxence, c’est ce que je veux.
-Je doute de pouvoir revenir ici un jour, alors…
-Cette visite ne sera pas passée inaperçue, j’en suis certaine… nous trouverons un moyen.


Il finit par me relâcher.

-Il faut vraiment que je me prépare…


Je m’apprêtai alors sous les yeux incrédules de Maxence qui ne revint jamais de la quantité de couches de vêtements qu’une femme de « qualité » pouvait porter. Lorsqu’il fut temps de refermer l’arrière de la robe et sa vingtaine de minuscules boutons nacrés, le spectateur se proposa de m’aider. Me rendant à l’évidence que je serais incapable de le faire toute seule, je le laissai s’en occuper, attendant sagement en apparence, mais frissonnant de toute part lorsque je sentais ses doigts effleurer mon échine et son regard fixer ma nuque.  Quelques minutes plus tard, j’entendis un raclement de gorge qui signala la fin de « l’épreuve ».

-C’est… très joli, une fois sur toi.


***

Nous avions quitté ensemble les lieux, heureux de ne croiser aucun regard indiscret dans les couloirs du Château. Je l’avais ensuite laissé se diriger seul vers le village tandis que je montai dans mon chasseur pour me rendre vers ma destination. Les salutations que nous nous fîmes pour nous quitter furent si sobres et confuses qu’un observateur aurait eu bien du mal à deviner ce qui s’était produit quelques heures plus tôt.

***
Je posai mon vaisseau, avec un peu plus d’adresse que la dernière fois mais toujours absorbée par les événements, sur une plaine découverte et non loin de ce que j’identifiai être l’entrée de la demeure de Monsieur de Lully. Descendue du chasseur, j’inspectai ma tenue et mon apparence dans le reflet d’un miroir de poche, dépoussiérant quelque peu ma jupe. En dépit de mon manque d’enthousiasme, il était absolument nécessaire que je me montre convaincante auprès de mon hôte. Je pris alors le chemin qui me conduisit jusqu’au portail du domaine. Je le passai sans difficulté, m’étonnant presque qu’il n’y ait aucune surveillance en cette époque plutôt sombre. A quelques centaines de mètres, se profilait un manoir d’une belle taille, apparemment soigné et bien tenu. Les étendues de gazon autour de moi étaient parfaitement maintenues à quelques centimètres de hauteur.  Je pus pendant quelques minutes admirer la coquetterie du parc, la splendeur de ses statues, leur expressivité, telles qu’au « Jardin de Boboli »

Finalement, je finis par apercevoir une silhouette au pied de la demeure, levant les bras un moment et puis venant à ma rencontre. Quand je pus distinguer ses traits, je reconnus immédiatement Monsieur de Lully, apparemment ravi de mon apparition. S’avançant avec élan vers moi, il s’inclina pour baiser ma main.

-Mademoiselle ! Je suis absolument ravi de vous voir.


Il n’était, à mes yeux, plus tout à fait le même que lors de notre première rencontre. Il me sembla moins sombre, moins nostalgique. Son expression était affable, presque gaie.

-Monsieur, je vous remercie de me recevoir chez vous avec autant d’égards.
-Mais quels égards, Mademoiselle ? Je n’ai même pas envoyé de voiture à votre rencontre !
-J’ai posé mon vaisseau à bien moins d’une lieue d’ici, j’ai à peine du marcher.
-Mais tout de même ! De plus, il me faut reconnaître que vous êtes en beauté, votre toilette est splendide !
-Merci mais… J’ignorais que vous vous intéressiez aux chiffons.
-Eh bien, il est plaisant pour un homme de voir qu’une femme s’apprête pour venir à son encontre. Et si c’est le cas, oui, je m’y intéresse.


C’était un homme d’un peu moins de quarante ans. Cet âge lui allait plutôt bien, ayant renforcé des traits vraisemblablement trop enfantins dans son jeune âge. Son habit était digne de sa condition et mis en valeur par une silhouette athlétique qu’il devait entretenir avec assiduité. En somme, c’était un homme parfait à marier. Nous nous mîmes en route vers l’entrée de sa demeure. En arrivant à la porte, je remarquai un homme stoïque, vraisemblablement le majordome. Il s’inclina devant mon passage et adressa un message à son maître.

-Monsieur Valois s’est rendu dans la Bibliothèque, Monsieur. Il vous y attend.


Monsieur de Lully se tourna vers moi avec un sourire satisfait.

-C’est l’homme que vous souhaitiez rencontrer !
-Vous êtes donc de ces hommes qui tiennent leurs promesses.
-En doutiez-vous ?
-Monsieur, on ne peut décemment se faire un avis définitif sur une personne rencontrée lors d’un bal. Les choses sont souvent différentes de telles que la nature les a faites.
-Et ce bal en particulier avait tout d’irréel… Mais dites-moi comment vous vous portez avant que nous rejoignions mon deuxième invité.


Il aurait été indécent de lui parler ouvertement de mon état émotionnel du moment et des derniers événements auxquels j’avais été mêlée, j’optai donc pour la sobriété.

-Je vais plutôt bien… Disons que les choses ne cessent de changer ces derniers temps.
-Le changement est souvent bénéfique. Il ne faut pas nous endormir dans notre existence. Et votre … fiancé ? Comment se porte-t-il ?


Je le regardai incrédule, ne comprenant pas l’allusion. Et puis, je me souvins du bal, je me souvins de celui qui m’accompagnait, de ce surnom qui ne m’avait jamais quittée jusqu’à son décès, et même encore plus récemment.

-Je pense que, déjà à l’époque, vous aviez compris que cette homme n’était pas réellement mon fiancé.
-En effet.
-Il se trouve qu’il… est décédé. Il y a déjà quelques temps. Comprenez-moi bien, nous n’étions rien l’un pour l’autre, mais la nouvelle n’en a pas été moins troublante pour autant.
-Oh… Eh bien… Je suis navré de l’entendre. De souvenir, c’était un homme plutôt agréable, intéressant… exotique ?
-Je pense qu’il avait bien des qualités.


J’essayai de me remémorer un beau visage, mais fatigué, des yeux délavés, une tenue de soirée qui n’était définitivement pas adaptée à son allure habituelle. L’image qui me revint fut celle de son corps inanimé et abimé sur un parquet mal ciré. Mon hôte me ramena à la réalité lorsqu’il s’arrêta de marcher pour m’observer avec inquiétude.

-Vous êtes sûre d’aller bien…? Nous pouvons nous asseoir si vous le souhaitez.
-Ce ne sera pas nécessaire, je me sens très bien.


Sa sollicitude et ses égards me touchèrent. Je savais que j’avais affaire à un homme bien. Nous arrivâmes ensuite dans une grande pièce carrée, dont les hauts murs étaient meublés en très grande partie de grandes bibliothèques sur lesquels reposaient de nombreux ouvrages. Il y avait même des échelles pour parvenir aux plus inaccessibles. Je remarquai immédiatement la présence d’un homme sur l’un des fauteuils entourant la table basse. Il tenait en main un verre rempli à moitié d’une eau-de-vie. Me voyant arriver, il se releva immédiatement et s’inclina. C’était un homme d’une soixantaine d’année au crâne partiellement dégarni. Son apparence était elle aussi soignée et me laissa penser qu’il ne devait pas souffrir de la faim. Il  semblait plutôt aimable et poli.

-Monsieur Valois, laissez-moi vous présenter Mademoiselle Earl, une dame qui nous vient d’un autre monde.
-Mademoiselle, je suis enchanté.
-Moi de même Monsieur, merci de vous être déplacé pour moi.
-J’ai cru comprendre que je ne serais pas déçu de ce déplacement.
-Asseyons-nous, mais d’abord, Mademoiselle, souhaitez-vous un rafraîchissement ?
-Je prendrais volontiers du thé.


Le maître des lieux tira la sonnette des domestiques. Une jeune femme apparut quelques minutes plus tard pour repartir tout aussi rapidement vers les cuisines. Nous nous assîmes ensuite, les deux hommes sur un fauteuil individuel et moi, montrant ainsi ma droiture, sur une méridienne.

-Ce monsieur est le meilleur horloger que je connaisse, peut-être le meilleur de tous les mondes avoisinants. Il a autrefois participé à l’élaboration de la grande horloge qui surplombe le château de sa Majesté.
-Ne l’écoutez pas, Mademoiselle. Je n’étais alors qu’un jeune apprenti, et j’ai à peine pu toucher cet ouvrage, mais j’ai beaucoup appris auprès de mon maître.
-Mais c’est vous  qui vous occupez de son entretien et des rénovations à faire avec une précision étonnante. Je me base toujours sur les sons de cette horloge au loin pour connaître l’heure.
-Alors vous ne devez jamais être à l’heure…
-Qu’entendez-vous par là ?
-Eh bien, à la vitesse du son et avec la distance qui nous sépare du château. Il doit y avoir un décalage d’environ 15 secondes.
-Incroyable ! Et dire que je peux entendre ça d’ici…


La bonne humeur générale m’avait permis momentanément de vivre l’instant  sans revoir le visage de Maxence dans chaque coin de pièce, derrière chaque ombre. Je me rendis compte qu’étant donné mes agissements habituels et pour qui je travaillais, j’avais beaucoup de chance de pouvoir encore me permettre de telles rencontres, de telles discussions mondaines et convenables, gagnant peut-être l’amitié d’hommes bien. Mais je n’ignorais pas qu’il faudrait tôt ou tard expliquer à quelle fin serait utilisée la commande.

-C’est justement d’un ouvrage de très grande taille dont j’ai besoin. Et je cherche quelqu’un capable de réaliser cette horloge et de me l’installer dans les meilleures conditions.
-Quel diamètre ferait le cadran ?


Quelqu’un entra avec un plateau sur lequel se tenait un service à thé. J’attendis d’être servie pour répondre.

-Environ quatre mètres…
-Effectivement, c’est un grand ouvrage. A quelle hauteur s’élèverait l’horloge ?
-Elle devra se trouver à septante mètres de haut, sachant que la tour fait un peu moins de quatre-vingt mètres.
-Forcément, cela demandera une certaine logistique pour l’installer.
-Nous sommes en mesure de vous donner tout ce dont vous aurez besoin pour la mettre en place. Que ce soit de la main d’oeuvre, des outils, une grue.


L’horloger sembla à la fois intéressé et curieux lorsque je mentionnai les possibilités qui s’offraient à lui, ce qui me mit d’autant plus mal à l’aise.

-Je serais bien curieux de connaître l’emplacement futur de cette horloge, où serait-ce ? Sur une tour si je comprends bien…
-En effet.


Je ne me sentais pas encore capable de répondre plus précisément à cette demande. Que devais-je craindre ? Un refus net et simple ? Il me fallut un moment pour réaliser que je ne souhaitais pas être désapprouvée par mon hôte, que je ne voulais pas gâcher cette amitié naissante.

-Vous devez comprendre que si j’ai cherché à passer par votre intermédiaire, c’est que je ne suis pas en mesure de faire une demande plus… officielle. De plus, ce ne sont pas nos méthodes.
-Raisons pour laquelle vous semblez si mystérieuse ! Vous allez finir par m’inquiéter, Mademoiselle.
-Il n’y a de risque pour aucun de vous deux. La chose pourrait en revanche être perçue difficilement par certains.


A la suite de cette révélation, les interrogations furent d’autant plus insistantes. Chacun voulait savoir de quoi il en retournait et qui était le mystérieux commanditaire caché derrière cette l’étrangère que j’étais. Pourtant, je n’y arrivais pas. Mon expression resta soucieuse. Monsieur de Lully, en grand homme vertueux qu’il était, vint immédiatement à mon secours en détournant la conversation.

-Nous pourrions peut-être en reparler toute à l’heure ! Mademoiselle, vous avez voyagé, ne souhaiteriez-vous pas aller vous rafraichir dans la chambre que j’ai faite préparer pour vous ? Une bonne pourrait vous aider.
-Ce sera bien volontiers, Monsieur. La bonne ne sera pas nécessaire en revanche, je n’y suis pas habituée.
-Fort bien, j’ai fait monter vos affaires par les domestiques. Vous pourrez demander au majordome de vous conduire. Il doit se trouver dans le hall. Vous n’aurez qu’à nous rejoindre pour dîner, vers… disons six heures. Monsieur Valois, que diriez-vous d’aller fumer quelques cigares en attendant.


Je me relevai et m’inclinai une dernière fois avant de prendre congé. Lorsque je parvins dans la chambre qui m’était destinée et que le majordome fut parti, je soupirai profondément. Le doute s’immisçait en moi. Devais-je donc me rappeler qui j’étais et pour qui je travaillais ? N’importe qui, et plus encore les habitants du Palais des Rêves, détestait la Coalition Noire et tout ce que cela représentait. Ici comme dans bien d’autres mondes, elle avait semé le chaos. Et même si cela pouvait sembler lointain dans le coeur de certains, pour d’autres, la douleur devait encore être vive.

Je m’assis sur le lit, observant cette ravissante et spacieuse chambre qu’on me prêtait pour la nuit.  C’était splendide et décoré avec goût, comme beaucoup de choses dans ce domaine. Je me laissai tomber en arrière et fermai les yeux quelques instants, tentant de réfléchir à ce que je pourrais dire pour rendre plus acceptable ma révélation. Une ribambelle de discours édulcorés se suivaient dans mon esprit, tous plus fades les uns que les autres. Rien ne conviendrait. Je m’en voulais, je me sentais coupable et idiote d’espérer qu’ils me pardonneraient tous deux cet affront.

Environ une heure plus tard, je descendis dans la salle à manger où les deux hommes m’attendaient. Nous prîmes ensuite un très bon repas à plusieurs couverts qui démontra avec quel talent Monsieur de Lully savait encore recevoir ses hôtes. Nous abordâmes alors des sujets plus frivoles, nous parlâmes de gens de leur société, des gens que je ne connaissais pas, de leurs moeurs. Toujours avec cette légèreté, nous finîmes par sortir de table pour rejoindre la grande terrasse que le manoir possédait où de grandes bougies avaient été allumées pour éclairer légèrement nos mines heureuses. Les hommes s’assirent sur les fauteuils en osier tandis que je décidai de rester debout, m’appuyant à moitié sur le muret.

-Votre domaine est vraiment splendide, Monsieur. De jour comme de nuit, on ne peut qu’admirer l’intérieur et les extérieurs.
-Ravi qu’il vous plaise, Mademoiselle, je vous remercie pour ce compliment.
-Pensez-vous que nous pourrions reparler de notre affaire commune ? Il se fait tard et…
-Oui, je…. Excusez-moi d’envoi tant fait traîner la chose.
-Pourriez-vous me donner des détails ?
-Ce que vous devez savoir avant tout c’est pour qui vous allez travailler…


Je m’interrompis un instant, l’expression grave. Les deux hommes me regardèrent, inquiets.

-Je travaille pour la Coalition Noire.


Monsieur Valois inspira profondément puis mis spontanément la main sur sa bouche. Monsieur de Lully, quant à lui, sembla mettre quelques instants à comprendre ce que je venais de révéler.

-Vous… la Coalition ? Je ne vous crois pas… Vous êtes si… si…
-Charmante ? Aimable ? Je ne souhaite pas nous défendre mais ne pensez que nos rangs ne sont remplis que d’être froids et inhumains… Il y en a, oui, et puis, il y a des gens…eh bien… des gens comme moi.


Je regrettai instantanément cette hypocrisie.

-N’allez pas croire que je suis irréprochable, ce n’est pas le cas. Mais voilà, c’est arrivé, sans que je l’aie réellement prévu. On m’a proposé de rejoindre la Coalition au moment où j’en avais le plus besoin…


Je me tus instantanément. J’étais en train de raconter ma vie tandis que ces deux hommes me regardaient, interloqués. Au moins, ils ne semblaient pas furieux. Monsieur de Lully reprit la parole.

-Je sais qu’il y a de la bonté en vous, Mademoiselle… Voyez-vous… je ne sais pas si vous êtes liés à ces histoires, mais la Coalition Noire est responsable de bien des choses ici…
-Oui, nous en avions parlé vous et moi lors du bal. La Princesse…
-Oui, la Princesse. Vous… Enfin vos supérieurs détiennent la Princesse. Et tout… tous nos problèmes ont réellement commencé à ce moment-là…


Je sentais toute la tension, le paradoxe qui le poussait à se sentir coupable d’accueillir chez lui une femme qu’il appréciait mais qui était lié aux malheurs de son pays.

-Si vous souhaitez que je parte dans l’instant, Monsieur de Lully, je le ferai, je ne souhaite pas vous insulter plus longtemps.


Je jetai un regard sur Monsieur Valois. Il attendait la réaction de Monsieur de Lully. C’était comme s’il lui obéissait et qu’il se rangerait à son avis, quoi qu’il arrive.

-Non, ne partez pas.  Je vous ai accueillie pour la nuit, il en restera ainsi.
-C’est… c’est tout à votre honneur.
-De plus, il faut que je reconnaisse quelque chose. Il y a bien longtemps que je n’ai pas entendu parler de la Coalition Noire. Pourtant, les choses ne s’améliorent pas. Le prince se terre, le peuple ne s’entend plus avec nous, la noblesse. La situation est électrique. Je le sais, vous savez : un jour, qui sait quand, il y aura l’étincelle qui fera tout exploser.
-J’en suis désolée.
-Raison pour laquelle je ne peux m’empêcher, Monsieur Valois, de vous recommander d’accepter leur offre. Celle-ci vous mettra vraisemblablement à l’abri du besoin pour un certain temps. Sans doute pourrez-vous négocier la protection pour vous et votre famille. De plus, il ne s’agit que d’une horloge, vous ne ferez part à aucun acte barbare, rien de monstrueux ne sera accompli grâce à votre collaboration.


Monsieur Valois hocha la tête mais resta silencieux. Sans en faire trop, je profitai de cette occasion pour le rassurer quant à la tâche qu’on lui demandait.

-En effet, vous pourrez tout faire en grosse partie ici, chez vous, et nous n’aurons besoin de vous à la Cité du Crépuscule que pour l’installation de l’horloge.


Mon attention, cependant, était restée focalisée sur Monsieur de Lully. Bien que restée cordiale, cette conversation avait éteint son expression. Je pouvais revoir la même mine triste que j’avais rencontrée lors du bal, quelques années plus tôt. J’aurais voulu…

-Monsieur de Lully, sachez qu’en raison de votre aide en plusieurs occasions, je serais en mesure d’obtenir pour vous aussi une protection de la part de la Coalition.


Il sembla hésiter quelques instants.

-Mademoiselle, ne le prenez pas mal, je vous suis reconnaissant de me faire cette proposition, mais jusqu’au bout, je souhaite rester droit. Je n’ai pas de famille, ou du moins pas réellement, je n’ai donc pas les mêmes préoccupations que Monsieur Valois. Je ne veux pas fuir, je ne veux pas qu’on m’associe à… à la Coalition Noire. Je continuerai d’être le fidèle serviteur de mon pays jusqu’à ce que celui-ci me congédie, ou…. ou Dieu sait quoi d’autre d’ailleurs.


Etais-je froissée qu’il ne souhaite pas se retrouver associé à la Coalition ? Non et le contraire m’aurait vraisemblablement déçue. Il était resté intègre, honorable en dépit de la situation. Nous restâmes silencieux quelques instants.

-Et si… et si on pouvait empêcher un massacre ?
-Ce serait… fantastique.
-Si on pouvait empêcher une sanglante révolution, que les choses se fassent mais de façon moins sanglante, ne voudriez-vous pas alors vous allier, vous et la noblesse pour que les choses se passent dans une paix relative ? Comme vous le dites, le peuple ne renoncera sans doute jamais, alors il est vraisemblable que cela se passera quoi qu’il arrive. Si c’est le cas, ne souhaitez-vous pas que cela se passe de la meilleure façon possible ?
-Si, si, bien sûr.


Si je tentais de le persuader avec une certaine vigueur, c’était parce que je n’ignorais pas certaines actions de la Coalition auprès du peuple, je savais ce qui était prévu, mais je ne pouvais directement lui en parler.

-Alors, peut-être nous reverrons-nous tôt ou tard pour en parler plus officiellement.


Je n’avais rien prévu de tout cela en arrivant ici, tout s’était fait progressivement, sans que je ne le voie arriver. Je n’avais jamais été  dans les plans de la Coalition pour le Palais des rêves, à part lors de cette soirée d’espionnage pour le compte de la princesse. Ma sympathie pour Monsieur de Lully avait motivé mon envie de faire en sorte que toute action de la Coalition ne soit pas systématiquement synonyme de terreur, et j’espérais intérieurement  y arriver.

Après cette discussion d’une inquiétante gravité, nous pûmes discuter des détails techniques avec  Monsieur Valois qui tenta d’oublier pour qui il travaillerait et qui essaya de se laisser emballer par l’ambitieux projet qui lui était donné. Quand l’homme quitta les lieux pour rentrer chez lui, il était déjà tard, j’allai donc me coucher sans échanger de nouveaux mots avec Monsieur de Lully sur notre problème. Depuis la conversation sur l’avenir de son pays, il était resté poli, mais silencieux et pensif.

Le lendemain matin, je fus aussi bien accueillie et servie que la veille, pourtant, les choses avaient changé, et nous restâmes sur des sujets sans importance qui ne risqueraient pas de nous fâcher plus. Au moment du départ, je tentai néanmoins une phrase de réconciliation.

-Monsieur de Lully… Je sais ce que vous pensez de ceux qui m’emploient, j’espère néanmoins que nous nous comprenons et que nous pourrons nous revoir sous d’heureuses hospices pour discuter d’un futur peut-être moins dramatique que celui que vous imaginez.
-Je préfère penser que c’est possible sans trop y croire… Il ne faut pas que vous fassiez une promesse que vous ne pourrez sans doute pas tenir.
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Le Boucher de Grimm
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Sam 3 Sep 2016 - 12:50
Après tout ce temps, nous allons enfin reconstruire la tour de l’horloge de la Citée du Crépuscule. L’utilité ? Eh bien, nous effaçons l’affront des songes sur notre capitale !

Je suis le seul à trouver ça cool ?

Bref, rentrons dans le vif du sujet. Vu que le rp est séparer en deux parties, je vais faire un bref commentaires sur chacune d’entres-elles.

La première partie suivant directement la trame de ta dernière mini-série, et par extension, l’histoire de Vesper en dehors de son groupe. Eh bien, j’ai apprécié. C’est bien écrit, on ressent la tension de l’épisode précédent et on en bien presque à se demander comme cela va se terminer, en particulier quand nous connaissons ce qu’il en retourne pour l’ami commun. Et un autre point où nous pouvons nous questionner, c’est le lieu ou l’action ce passe. Je m’explique, nous nous retrouvons dans le Château de la Bête, lieu de résidence du sans-coeur répondant au doux nom d’Ariez. Et durant ma lecture, je me suis posé la question de savoir si elle avait distinguée ce coeur inconnu au sein de son palais et si cela devait avoir des conséquences, même minime sur la vie de Vesper dans sa chambrette au château.

Voyez-vous ou je veux en venir. Si cela devait se reproduire, est-ce que des mesures seront prises par les autorités de la Coalition Noire vivant dans le château. Finalement, je n’ai pas de critique à faire sur cette partie. Réellement, c’est cool d’en apprendre plus sur le lieu de vie d’un personnage. Et pour Vesper, d’en apprendre plus sur la disposition de sa chambre personnelle.


Maintenant, la seconde partie. Une partie que j’ai tout autant appréciée, voir plus. Pour tout ce qui est de la partie dans le domaine ton hôte, j’ai eu l’impression de revoir un épisode de « Downtown Abbey ». Vraiment, on ressent l’atmosphère et toute l’inspiration que tu as puisée dans cette série. Et ça rend vraiment pas mal ! Ma seule crainte, est peut-être que je n’ai pas retrouvé une ambiance Palais des Rêves au terme propre. Probablement à cause des images de la série qui naviguait dans ma tête, mais après relecture, le Monsieur de Lully fait bien plus noble anglais que noble français.

Ici, je fais un aparté qui est parfaitement subjectif. Selon ce que nous voyons dans le film d’animation et dans BBS, l’architecture / les moeurs / les noms font pensez à ce que nous sommes en France. Libre d’être d’accord avec moi, ou pas, mais je pense réellement que le Palais des Rêves appartient à la France.

Et pour nourrir mon propos, Monsieur de Lully à le respect et les politesses d’un bon vieux noble d’Angleterre. Du moins, c’est l’impression que j’ai à la fin de ma lecture, même chose avec l’horloger. Après, comme dit il y a un instant, c’est purement subjectif. Et je terminerais pas te remercier des possibilités que donne le final de ton rp avec le Palais des Rêves au nom de la Coalition Noire. Ceci étant dit, et bien, je n’ai rien d’autre à ajouter pour ce rp. La conclusion et l’ambiance son juste et intéressant à lire, j’irais jusqu’à conseiller les rpistes désirant se mélanger à la noblesse de ce monde à d’abord lire ton rp.

Bref… Mission accomplie !

Normal : 22 points d'expérience + 225 munnies + 3 PS, dont deux en Dextérité (pour la conduite et la mise de la robe) et un en Psychisme (pour le fun).

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