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L'Ange de Réconfort

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le Mar 5 Mai 2015 - 1:08
La jeune femme regagnait ses quartiers d'un pas calme, aussi calme qu'elle-même ne l'était pas. A vrai dire, elle ne savait ce qui la retenait encore d'accélérer ; dans son esprit, un seul but se tenait devant elle, et se rapprochait à chacun de ses pas. Entrer dans sa chambre. Ouvrir la porte, entrer, puis la refermer, et puis, et puis.... Rien, elle ne voyait pas au delà. Ses poings étaient serrés, elle était heureuse que personne ne la regarde. Elle était tellement heureuse aujourd'hui, c'était étrange. Si étrange que sa joie soit la source de tellement de tristesse et de peur.

Aujourd'hui, elle avait tenu tête au Consulat. Et aujourd'hui, la Lumière avait un ennemi de plus.

Elle ne savait pas quoi penser, alors que son pas se faisait moins régulier, que le son de ses talons s'espaçait à mesure qu'elle ralentissait. Elle soupira, longuement. Un soupir haché, hideux, qu'elle ne voulait entendu par personne. Son cœur battait si fort dans sa poitrine. Elle voulait se sentir libre, libre comme une colombe, alors que ses bras quittaient leur raideur et se balançaient nonchalamment à la mesure de sa marche. Un flot de pensées terrible l'assaillait, elles la prirent à la gorge. C'est là que d'un côté, elle aurait apprécié avoir quelqu'un pour lui tenir la main. Elle ne savait quelle sensation cela pouvait bien procurer ; elle n'avait jamais pu qu'en rêver. Elle ne donnait la main à personne, voyons.

La lumière du jour était telle que d'ordinaire, alors qu'elle pénétrait dans sa chambre, dont les murs et le sol étaient du même blanc que le château entier. Elle n'était pas éloignée du reste des quartiers des autres membres de la Lumière, juste peut-être un couloir plus loin. C'était une chambre comme d'autres ; c'était uniquement maintenant, en claquant la porte derrière elle dans un geste nerveux et en avançant un peu trop rapidement pour clore les volets brutalement, qu'elle se rendait compte du peu d'objets qu'elle possédait. Il y avait une armoire, contenant ses vêtements, de plusieurs sortes bien sûr, elle n'était pas que cette femme vêtue d'un costume noir constamment. Une table au centre de la pièce, qui n'était pas vraiment bien placée il était vrai ; elle devait la mettre dans un endroit plus pratique depuis déjà des années. Quelques dossiers traînaient dessus, et les restes d'un petit déjeuner. Il y avait son bureau, avec trois livres dessus, empilés dans un coin ; elle n'y avait pas touché depuis un certain temps déjà. Pour deux d'entre eux, elle pouvait parler de leur sujet, quant au troisième, elle ne s'en souvenait pas. Là encore, il y avait des dossiers entre-ouverts, des stylos de diverses couleurs, des cartes.

Son lit trônait dans un coin de la pièce, simple, aux draps clairs, il ne jurait pas vraiment avec la pièce, ce n'était qu'un lit, et un qu'elle était contente de retrouver la nuit venue.

Elle se débarrassa de sa veste, la jeta dessus et retira ensuite ses chaussures. Un crochet par la salle de bains attenante aurait été nécessaire pour retirer le léger maquillage qu'elle avait appliqué sur ses yeux plus tôt dans la journée, mais plutôt que de prolonger son calvaire, à peine eut-elle clôt les volets, laissant à peine quelques rais de lumière filtrer entre les interstices, elle s'assit sur une des deux chaises sises autour de la table.

Et elle contenta de respirer.

A l'écoute de chaque action de son corps ; depuis les battements frénétiques de son cœur, jusqu'aux tremblements de ses chairs. De sa respiration hachée, jusqu'à ses mains qui recherchaient désespérément une action à accomplir. Elle les gardait, posées d'un geste franc sur la table ; elle n'avait rien à cacher, indiquait ce geste. C'était ce qu'elle avait toujours appris. Et dans ces cours, dans cet enseignement des actions, du maintien, du discours et du combat, c'était la respiration et le calme qui étaient les maître mots. Et la respiration lente et assurée incitait au calme bien entendu. 'Mademoiselle, soyez calme' lui avaient toujours dit ses instructeurs, d'un ton sec. 'Mademoiselle, gardez vote calme.' ; elle n'avait jamais perdu son calme, pas depuis des années, pas même en quittant la Shin-Ra comme une impromptue. Elle l'avait certes fait sur un coup de tête, mais elle ne l'avait pas fait dans l'agitation et subitement comme une secrétaire. Dans le souvenir d'une éducation sans failles apparentes, de la danse, de l'histoire, de la littérature et de la conversation et du meurtre, elle n'avait pas eu de scrupules à quitter son emploi. Avais-ce été dans l'espoir d'une vie meilleure ? Elle avait rejoint la Lumière sans sourciller, et mis ce savoir à la disposition de ce qu'elle avait cru être le bien.

Là, elle avait été exposée d'une manière qu'elle ne pensait pas être possible. Là, elle avait été, par la force des choses, plus qu'un rouage dans la machine. La Lumière, l'avait-elle compris par la suite, n'était pas tant une machine qu'un rassemblement hétéroclite de guerriers qui recherchaient un moyen de faire gagner le bien. Par la force des choses elle les guidait encore maintenant, comme elle les avait guidés pendant ces années qui avaient mené à ceci. Au final. A la fin de la route et au devant du chemin qu'il restait à parcourir.

Dans un dernier soupir qui se brisa, elle enfouit sa tête dans ses bras, croisés sur la table. De l'air, elle avait besoin de plus d'air qu'elle ne pouvait en inspirer.

Oh nom de Dieu, qu'avait-elle bien pu faire.

Il n'y avait rien qui indiquait, dans ce qu'elle avait appris, la marche à suivre dans ce cas de figure. Il y avait quelques mois déjà qu'elle naviguait dans l'inconnu total. Alors que les larmes débordaient de ses yeux, roulaient ses ses joues comme des vagues qu'elle n'arrivait pas à endiguer, sa respiration de brisait comme sur les rochers d'une falaise abrupte. Elle voulait réfléchir, elle voulait songer. Mais elle voulait se laisser couler, elle désirait plus que tout s'abandonner au déni de tout. Que tout le monde l'entende donc. Que tout le monde la regarde ; à ce moment là, plus rien n'avait d'importance à ses yeux.

Elle pleura tout son saoul. Jusqu'à ce que malgré sa velléité de continuer, elle ne parvint plus à faire couler de larmes. Elle bougea pas immédiatement, et attendit que ses manches mouillées de larmes deviennent froides, que ses joues deviennent sèches et que sa respiration de soit quelque peu calmée. Avec un reniflement, elle se redressa, maladroitement. Elle tremblait toujours un peu.  

En se levant, elle dénoua encore un peu plus sa cravate, jusqu'à la laisser, pendante, à son cou. Cissneï se dirigea vers son bureau en se passant la main dans les cheveux, d'un geste lent et moins assuré que d'habitude. Elle n'avait pas effectué ce geste depuis un certain bout de temps ; elle se baissait légèrement pour atteindre le dernier tiroir et en tirer une boite de taille modeste. Dans son souvenir, elle était plus lourde.

Posant la boite sur le bureau, elle s'attarda sur les livres, les prenant et allant les ranger sur leur étagère, sur les côtés de son lit. Elle avait toujours apprécié cette disposition. Elle prit son temps, en attrapant tous les dossiers épars de la pièce et en les empilant sur la table. Elle les trierait probablement plus tard. Revenue au bureau maintenant dégagé, elle ouvrit la boite qui contenait son arme de service ainsi que le matériel pour la nettoyer.

Tout était immaculé, mais elle retira tout de même le nécessaire de la boite et la fit glisser sur le côté du bureau. En premier, elle vida le chargeur, le posa sur la table, puis fit de même avec chacune des autres pièces de l'arme. Elle procéda ainsi, méthodiquement. Elle n'eut aucun besoin de nettoyer quoi que ce fut, tout étant propre. Elle fit tout cela calmement, la force de l'habitude guidant chacun de ses gestes. La réflexion n'avait rien à voir avec ça.

Son esprit, lui, essayait d'aller voir ailleurs, mais il ne rencontrait que des parois de sentiments contraires à ce qu'elle voulait. Il ne faisait que frapper sens cesse contre des relents de peur et d'angoisse.

Elle inspirait et expirait le plus lentement possible. Son souffle menant une bataille incessante contre ses sanglots encore présents, mais à demi étouffés, n'attendant qu'un seul moment de faiblesse pour revenir. Déjà, des sentiments plus rationnels revenaient par bribes dans son esprit. Mais ils n'étaient qu'un écho, et elle n'en avait que faire.  

Elle inspecta les chargeurs de son arme, ils étaient tous remplis.

Elle n'avait jamais reculé avec cette arme, pas même lors de ses premiers tirs, ni lors de ses premières missions pour le compte de la Shin-Ra. C'était l'évidence même, elle n'avait pas dix ans lorsqu'elle avait commencé, et à cet âge là, elle n'avait pas réellement compris. Elle n'était pas si bête bien entendu ; elle savait alors que ces pièces de métal étaient faites pour tuer ou sérieusement blesser et incapaciter la personne à laquelle elle était opposée dans quelque situation que ce fut. Autant ce pistolet que son shuriken, brisé en trois morceaux nets dans une boite sous son bureau. Sans l'appui du Consulat, où devrait-elle le faire réparer ? Où pouvait-elle donc en acheter un autre ? L'idée de reprendre le combat lui parut quelque peu futile après des mois d'inactivité. Il était vrai qu'après ce démon à Illusiopolis, toute réalité paraissait distordue. Cela avait été un combat comme jamais elle n'en avait vus, et comme probablement elle ne reverrait pas. Tout paraissait distordu. Le temps. Les événements. Combien de temps avait passé depuis la dernière fois qu'elle s'était retrouvée dans un vaisseau Gummi en direction vers un autre monde.

Depuis la dernière fois qu'elle avait reçu des ordres. Depuis la dernière fois où elle avait su où aller. Elle n'avait jamais connu rien d'autre auparavant, et jamais n'avait-elle réfléchi à autre chose jusqu'à ce soir là, à la veille de son départ, sans se presser ni s'inquiéter.

Comment allait tourner le monde si elle n'était plus là ? Elle se le demandait en toute bonne foi. Avait-elle vraiment atteint une position de quelque importance ? Ou bien avait-elle accumulé les erreurs là où il ne le fallait pas, en croyant le tout rattrapable par quelqu'un de plus expérimenté ?

Qu'allait penser Ravness ? Qu'allait penser Naminé ? Et Sora ? Il revenait tout juste, et elle lui avait accordé sa confiance.

Mais Ravness, oh Ravness, elle lui aurait donné la Lumière sans hésiter, pensa-t-elle alors que sa respiration se brisait et qu'elle sentait son cœur retomber comme dans un puits sans fond. Que se serait-il passé si Mukuro n'était pas mort ? Si Alexander était toujours présent ? Si Maître Yen Sid n'avait pas disparu ? Une montagne de suppositions se posaient à elle, elle qui pourtant serait bien la dernière personne qui laisserait les « si » refaire un monde tout inventé dont elle ne pouvait seulement rêver.

Cissneï prit son arme à deux mains et posa les coudes sur la tables, relâchant les épaules, elle laissa son front toucher le dos de sa main, entre le pouce et l'index, alors que le canon du pistolet pointait vers le plafond, chargé.

Elle reposa l'arme sur la table, voyons, si elle aurait voulu en finir, voilà longtemps qu'elle l'aurait fait.

Elle se fichait bien de ce que l'on pourrait penser d'elle après sa mort ; elle était bien trop terre à terre pour cela. Mais d'un autre côté, elle n'avait pas envie que l'on parle d'elle avec déni, comme d'une lâche qui avait abandonné son camp au pire des moments. Elle était dans le bon camp, pensait-elle. Peut-être, se disait-elle, que la Lumière avait encore besoin d'elle. Un peu, ou peut-être plus ? Qui pouvait bien savoir ; en tous cas, elle ne le pouvait pas.

D'un geste, elle retira sa cravate, puis sa chemise, et tous ses vêtements en s'approchant de la salle de bains. L'eau brûlant de la douche la réchauffa alors qu'elle pensait toujours, adossée à la paroi froide. Elle gardait les bras croisés, ses pensées tournant dans tous les sens possibles, mais vers un but qui se dessinait petit à petit.

Elle était calme. Bien qu'en arrière pensée, elle gardait toujours la situation générale en memento. La guerre. Voilà que la Lumière avait un ennemi en plus.

Elle ne se rhabilla pas d'un complet noir comme à son habitude, mais choisi simplement un pull chaud de même couleur et un simple jean. En sortant, elle ouvrit les fenêtres et prit soin d'attacher son holster autour de ses épaules, ainsi que ses chargeurs et son arme ; avant d'enfiler une veste somme-toute banale, elle prit un petit trousseau de clefs qu'elle mit dans la poche de son pantalon.

La journée continuait, dans le château, elle croisa ainsi une patrouille et un contingent de balais qu'elle salua tous deux. Le temps était encore clair, l'après-midi commençait à peine. Une bouffée d'un air encore frais la fit quelque peu trembler en la frappant, elle et ses cheveux encore humides alors qu'elle traversait la galerie qui conduisait au hangar Gummi.

En entrant dans ledit bâtiment, qu'elle ne fut pas sa surprise en se rendant compte que ce qu'elle cherchait n'était plus là. Disparue ? Mais qui avait bien pu la prendre ? C'était vrai, elle ne s'en était pas servi depuis... Des années.

« Tic, Tac ? Où est ma moto ? »

Elle s'impatienta quelque peu, mais un écureuil vint lui répondre.

«  Votre moto ? Ah ! Mais quelle idée de la ranger ici ! C'est pas un endroit pour les motos, on l'a placée dans la remise un peu plus loin, mais vous ne vous en êtes pas servi depuis des années ! »

« Ah oui mais maintenant j'en ai besoin ! »

Elle sourit. En fait, tant qu'elle y était, elle leur demanderait de vérifier si elle marchait toujours. Elle avait à faire, c'était injuste de laisser tout le travail à ses subordonnés, tout de même. Il était temps qu'elle fasse quelque chose. 
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