Le Collectionneur de Palabres

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le Ven 25 Jan 2013 - 1:57
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Je lis sans arrêt depuis deux jours. Dans la pénombre de mes quartiers au Champ des bardes, je ne fais que ça. Je lis, je relis, je m’émerveille, je suis déçu. J’apprends à connaître les protagonistes, j’apprends à les apprécier, à les détester puis, au terme des fables, à les regretter. Je lis. À vrai dire, je n’ai jamais pris le temps, dans le passé, de lire, trop concentré par mes propres mots. Pourtant, ceux des autres sont si différents des miens, si grandioses. À chaque ligne, je suis comme un enfant abasourdi par la beauté d’un rien. À chaque fois, je suis de plus en plus submergé. Je me laisse emporter par les vagues lyriques des auteurs en refusant d’amarrer. Je suis en pleine dérive. Je suis bien.

Si je lis, pourtant, c’est plus que par simple plaisir personnel. En fait, je lis pour
elle. Pour cette elle qui m’émerveille beaucoup plus que tous ces livres qui gisent à côté de moi. Je ne pourrais dire comment j’en suis arrivé là, mais j’y suis. Je ne pourrais pas non plus dire ce qui se passe, mais il se passe quelque chose. En moi, en elle, en nous. Je suis… Je suis incapable de ne pas penser à elle. Je suis incapable de lire une simple phrase dans un bouquin sans la comparer à son existence et à ce qu’elle est. Elle est comme une curiosité que je ne parviens jamais à assouvir.

Je ne pourrais expliquer tout ce qui bouscule en moi. Des sentiments étranges, des désirs que je n’avais jamais côtoyés, des envies que je ne connaissais pas. Tout ce que je sais, c’est qu’elle m’attise, qu’elle m’attire, qu’elle me captive. Dans un conte que j’ai lu et relu, le personnage principal comparait celle qu’il aimait à la gravité. Il disait que peu importe la distance qui les séparerait, peu importe comment haut il bondirait, il finirait toujours par revenir vers elle, incité par quelque chose de plus grand que lui. C’est un peu ce qui se passe avec moi. J’ai beau tenter d’écrire ou de faire autre chose, mais je finis par me dire que je n’ai pas envie de faire autre chose. J’ai l’impression d’avoir besoin de penser à elle… C’est une curieuse émotion.

Je lis donc pour elle. Je lis parce que j’ai compris, au bout de quelques autres rencontres, qu’elle a un quelque chose de plus que j’apprécie. Elle est un peu comme l’écriture… Un quelque chose qui me plait et qui me rend heureux sans que j’en sache véritablement la raison.

Je divague. C’en est ridicule. Mes pensées se décousent au fur et à mesure que je pense. Ainsi je lis. Je lis toute sorte d’histoires, de fables et de récits parce que j’ai décidé que je devais l’inviter quelque part. Je dois, une fois pour toutes, savoir ce qui se passe et savoir pourquoi ma respiration se coupe tant quand je suis près d’elle. Pourtant, alors que je pourrais me contenter d’un café au coin d’une table ou d’un repas au clair de lune, je suis perplexe. Je crois qu’elle mérite plus que ça, plus qu’une simple banalité qu’elle finira par oublier. Au fond, est-ce que je suis sur le point de poser un geste purement égoïste? J’ai l’impression que je ne veux pas qu’elle m’oublie… Je ne comprends pas. Je ne me comprends pas.

Je lis… Je finirai par en venir à ce que je veux dire. Je lis parce que je veux trouver une idée à sa hauteur, mais je ne connais rien de ce monde, rien des aspirations des femmes, rien de ce qui les rend triste, de ce qui les enivre, de ce qui les inspire. La seule solution que j’ai trouvée est la littérature, dans laquelle on rencontre une myriade de personnages en quête d’amour, en manque de passion et en chagrin d’intérêt. Peut-être que dans l’un de ces livres se trouve la réponse à ma question?

Je continue de lire, donc, c’est tout ce que je peux faire. J’ouvre un nouveau livre, j’en lis les idées principales, je le referme. Mes yeux s’illuminent. Je laisse apparaître un large sourire sur mes lèvres. Je m’habille le plus rapidement possible, je traverse la ville à toute vitesse, je bouscule les passants, j’entre dans une boutique. Je me procure quelques vêtements, rapidement, je les revêtis. Un t-shirt blanc, une chemise à capuchon noir, un nœud papillon de la même couleur. Je suis prêt. Je crois que je le suis. Je sens que je le suis. Suis-je prêt? Je n’en sais rien, mais je fonce comme si je l’étais.

Je traverse l’autre partie de la ville et je me dirige vers les logements du Consulat avec une aisance particulière. Je connais le trajet par cœur. Je l’ai traversé et franchi tant de fois. J’ai rebroussé chemin tant de fois, aussi… Cette fois-ci, je charge. Sans reculer. Sans arrêter. En moins de deux, j’atteins ma destination. Je me tiens à quelque pas de la marquise de sa demeure. Je scrute l’un des murs, en sachant pertinemment laquelle de toutes ces fenêtres mène à sa chambre. Je me souviens l'avoir vue à une ou deux reprises me quitter, s’estomper dans l’édifice et réapparaître comme une ombre dans au travers de cette vitre. En cette fin de journée, je verrai sa silhouette apparaître une fois de plus.

C’est étrange… Ce que je ressens, dans l’immédiat, ce n’est pas de l’anxiété, ni de l’angoisse. C’est un sentiment de curiosité si fort, si intense que j’en perds tous mes moyens.

Je prends mon courage à deux mains avant d’empoigner un morceau de parchemin et une plume sur laquelle j’écris ces mots : « Tout à coup, alors que le soleil était sur le point de se coucher et que de précieuses secondes filaient entre les doigts d’un jeune émerveillé, un dragon ébène aux multiples pétales de rose fendit les cieux pour lui venir en aide. » À l’instant où je mets le point final à la phrase, les nuages se regroupent pour ne former qu’une nuée grisâtre. Au même moment, un dragon d’une grandeur incroyable déchire le ciel. Recouvert de roses aux couleurs vivifiantes qui contrastent avec la noirceur de ses écailles, il atterrit avec légèreté. Machinalement, je lui demande d’aller se placer derrière le bâtiment en attendant que je le rappelle. Il s’exécute et plane jusqu’à sa destination.

Tout en tenant toujours ma bravoure, je prends quelques pierres sur le sol et, comme dans l’un des romans, je me mets à les lancer maladroitement sur la fenêtre de la chambre de Léa. Aucune réaction. Je n’aperçois aucun mouvement, aucune lumière, aucune ombre, rien. Je tente le coup de nouveau, cette fois-ci en balançant une plus grande quantité de cailloux. Vainement. Rien ne se passe. Je sais qu’elle est là, pourtant. Je sais. Dans un ultime espoir, je m’époumone donc :


« Léa! Je suis sur le porche de ta demeure et crois-moi, je ne partirai pas avant que tu descendes. »

D’où je suis, je crois voir une silhouette apparaître dans les ténèbres de sa chambre. Viscéralement, je m’approche un peu plus alors que la fenêtre s’ouvre. Je la reconnais. Elle me reconnait. Je décoche un sourire sans le vouloir. Je deviens inconditionnellement heureux. J'ai l'impression de gambader sur place.

« Je ne sais pas si tu avais quelque chose de prévu ce soir, mais il faudra annuler. Aujourd’hui, tu viens avec moi, et ce n’est pas une proposition. »

Je me mets à rire.

« Habille-toi chaudement, Léa. Je t’attends. »
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le Ven 25 Jan 2013 - 2:56

    Il y a des jours comme ça. Des jours où l'on a envie de rien, juste de se blottir sous sa couette, et de laisser le temps s'écouler, le regarder passer en observant les ombres dévorer le plafond. Ces jours tristes où rien ne semble pouvoir chasser l'ennui, où l'on accueille la torpeur à bras ouvert pour mieux oublier que, là, dehors, la vie continue sans nous.

    Et pour Mila, ce soir-là... Ce n'était pas du tout un jour comme ceux-là.

    Elle avait envie de danser, envie de s'envoler et de sentir le vent fouetter son visage... Elle voulait courir dans la neige et vivre comme si plus rien n'avait d'importance. Mais elle ne pouvait pas, elle ne pouvait pas sortir, elle n'osait pas. Elle avait bien trop peur de croiser Genesis, alors elle restait chez elle. Elle tournait en rond, écoutant de la musique, rêvant d'un monde où son histoire serait différente. Debout sur son lit, ne portant que ses sous-vêtements et un vieux débardeur déchiré, elle dansait à en perdre le souffle, un peu pour s'amuser, beaucoup pour oublier. Et elle dansait tant, et elle rêvait tant, qu'elle n'entendit pas le bruit des pierres contre sa fenêtre. Ce n'est que lorsque Skjöld décida de lui hurler de descendre qu'elle finit par l'entendre.

    « Léa! Je suis sur le porche de ta demeure et crois-moi, je ne partirai pas avant que tu descendes. »

    Mila, en plein saut, emportée par son élan et la surprise, tourna vivement la tête vers la fenêtre et d'instinct fit un mouvement vers celle-ci... Pour finalement s'écraser lourdement au sol. Se frottant vivement la tête et se relevant à toute vitesse, elle se pencha par dessus le rebord pour apercevoir Skjöld, les joues rougies, étrangement vêtu. Il arborait un sourire rayonnant, il semblait si heureux de la voir que Mila en était presque embarrassée. Le souffle court, il lui ordonna de descendre, de le rejoindre... Pour l'emmener elle ne savait où, quelque part, loin des Genesis de ce monde.

    Il se mit à rire, et la passionnée ne pu s'empêcher de s'esclaffer à son tour. Elle quitta la fenêtre, et fonça vers son armoire. Elle ne réfléchissait pas, elle n'en avait pas envie... Ce devait être sa troisième, peut-être quatrième rencontre avec lui, elle le connaissait mal, et elle n'avait pas vraiment de sentiments pour lui autre qu'une vague amitié... Mais il avait un pouvoir unique, un quelque chose qu'il était le seul à pouvoir lui offrir... Et dont elle avait terriblement besoin.

    Quand elle était avec Skjöld, elle ne pensait pas à Genesis. Et ces moments de paix étaient si rares qu'elle ne pouvait les refuser. Le tragédien l'obsédait complètement et elle avait beau se persuader qu'il ne s'agissait que d'une passade, la douleur restait insupportable... Et quand bien même la souffrance vaut mieux que l'indifférence... La sérénité que lui apportait Skjöld était une bénédiction.

    Elle enfila une paire de collant couleur peau, une petite robe noire sans manches, toute simple avec son col claudine blanc et attrapa un collier sautoir en argent pour compléter sa tenue. Elle se jaugea devant la glace, perplexe... « Habille-toi chaudement, Léa. » avait-il dit... Mila soupira, soulevant une mèche brune de son souffle. Fouillant de nouveau dans ses tiroirs, elle s'empara d'une paire de gants blancs et d'une capeline bordée de fourrure ainsi que d'une chapka. Elle s'apprêtait à quitter la pièce mais stoppa net. « Maquillage ! » s'écria-t-elle brusquement avant de courir vers sa coiffeuse.

    Elle avait l'air d'une adolescente écervelée, mais cela n'avait aucune importance. Mila passa un trait rapide de crayon noir autour de ses yeux, attrapa ses cigarettes et un briquet avant de réaliser qu'elle avait oublié de mettre des chaussures. Elle ouvrit de nouveau ses placards, cherchant partout mais impossible de les trouver... Adossée à une des portes de l'armoire, elle réfléchissait à l'endroit où elle avait bien pu laisser ces fichues bottes ! Soudain, elle sursauta, manquant de tomber à l'intérieur du placard, avant de se pencher pour les récupérer sous le lit...

    Après une dernière inspection - satisfaisante - elle posa la main sur la poignée de la porte avant de se figer de nouveau. Et si elle croisait Genesis dans un couloir ? Si elle le croisait alors qu'il se rendait dans sa chambre, pour rejoindre Mizore...? Bien que cette hypothèse soit hautement improbable, Mila recula, la mine défaite : elle en avait la nausée... Elle se tourna vers la fenêtre, résignée à rejeter l'invitation du Balafré... Mais en le voyant, impatient et aussi enthousiaste qu'elle...

    « Oh, après tout, au diable ce Genesis ! » dit-elle pour elle-même avant de sauter par la fenêtre.

    Elle ralentit sa chute en lévitant légèrement et, toujours aussi maladroite, trébucha en aterrissant pour finir dans les bras de Skjöld.
    « Emmène-moi loin d'ici ! » dit-elle en s'esclaffant alors qu'elle s'écartait de lui, souriante.

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le Ven 25 Jan 2013 - 4:17
La dernière chose à laquelle je m’attendais, c’était de la voir plonger par la fenêtre pour me rejoindre. Et maintenant qu’elle est en chute libre, mon cœur s’arrête. Je veux faire un pas en avant pour la rattraper avant qu’elle ne s’effondre, mais mes muscles refusent d’obéir, transis par la peur. Elle est sur le point d’entrer en contact avec le sol, et je me tiens là, inapte, immobile. Sans le vouloir, je ferme les yeux. Quand je les rouvre, elle se laisse tomber dans le creux de mes bras, souriant, rigolant, soupirant avec allégresse. Je l’imite. Je me calme. Et je profite de ces quelques secondes qui me sont offertes pour la serrer un peu plus fort.

« Emmène-moi loin d'ici! »

Qu’elle me dit en s’évadant de mon emprise. Instinctivement, je veux lui répondre, mais je me contente du silence. Je veux l’impressionner, je veux créer un souvenir. Je veux que chaque seconde qu’elle passe auprès de moi soit gravée dans sa mémoire. Je veux piquer sa curiosité comme elle pique constamment la mienne. Je veux tant de choses. J’ai beaucoup trop d’attentes. Pourtant, je m’avance dans cette histoire aveuglément. Je ne sais pas ce que je fais. Je ne sais pas si ça lui plait.

Ainsi, je la prends par le bras, mais, stimulé par je-ne-sais-quoi, je laisse glisser ma paume sur son coude puis sur son poignet avant d’empoigner sa main avec tendresse. Au même moment, une ondée d’émotions me brutalise. Je frissonne et je frémis, ne comprenant pas trop ce qui se passe. J’ai l’impression que, pour la première fois, mon cœur et ma tête s’entendent parfaitement et qu’ils me disent, en chœur et à tue-tête, que le destin est beau et bon pour une fois, que le chemin est libre, que le hasard sera charitable. J’espère que je ne me trompe pas. J’espère que j’ai raison, cette fois-ci, d’espérer.

Avec toute la délicatesse du monde, je l’invite à me suivre. Ensemble, nous marchons jusqu’à l’arrière de son logement. Quand nous tournons le coin qui débouche vers la cour arrière, je ne peux m’empêcher de sourire en admirant le dragon de rose qui se tient majestueusement à quelques pas devant moi. À l’instant-même où je suis sur le point de lui ordonner de s’approcher, la chimère se retourne vers moi et, quelque part dans ce visage reptilien, je vois apparaître un rictus… Je vois, dans ses yeux, quelque chose qui reflète la confiance. Peut-être que tout me paraît soudainement plus illuminé et peut-être que je rêvasse, mais je sens que le dragon sait. Il sait qu’il est la clef de mon bonheur pour cette veillée.

Relâchant la main de Léa et agrippant mon bras sur sa hanche, je la ramène vers moi. Je ne sais pas si elle est effrayée à la vue de cette créature, mais je ne veux surtout pas la brusquer. Alors, lentement, nous nous approchons du dragon. Je suis émerveillé et je crois bien que mon émerveillement se fait ressentir dans le creux de ma voix :


« Mademoiselle, voici notre fidèle destrier pour cette rocambolesque soirée. »

Je la libère de mon emprise et je me mets à courir en direction du dragon. Comme si j’avais fait ça toute mon existence, je saute dans les airs et j’atterris directement sur le dos du reptile. Sur le coup, il ne peut s’empêcher de se tortiller un peu et, pour le réconforter, je lui tapote un peu la nuque. De là, je me sens si puissant, si fort. Je suis invincible, personne ne pourra jamais m’arrêter. Je peux atteindre les cieux, et plus loin encore! Je peux affronter l’impossible, et plus difficile encore! Je peux tout faire ou, mieux, je suis prêt à tout contrecarrer. Pour cette soirée, en tout cas, je suis invincible.

En souriant, j’ordonne au dragon de s’avancer vers Léa et d’abaisser sa tête. Alors que son museau se pose violemment sur le sol, je me relève et je descends en marchant sur sa tête. Sur la terre ferme, je reprends la main de mon invitée et je la dirige agilement jusqu'au dos de la bête. Elle s’installe derrière moi. Nous sommes donc prêts à partir. Cependant, à la seconde même où je suis sur le point d’entamer notre ascension, je sens ses doigts qui s’accrochent à ma taille. Je perds conscience, j’en suis sûr. La sensation est si incroyable, si indescriptible et si… inégalable. Un frisson me parcourt l’échine et tous les muscles du corps. Pour la énième fois, je souris encore et encore, en rajoutant :


« Prête? »

Je n’attends pas sa réponse. Le dragon se détache du sol à la verticale et commence à battre des ailes de plus en plus vite en traversant tous les jardins radieux. À vol d’oiseau, cette cité dorée est clairement fabuleuse. C’est plus beau que tout ce que j’ai osé voir au cours de mon existence. Le soleil venant de se coucher, les lanternes commencent tranquillement à consteller la ville. De là où nous nous trouvons, le Jardin Radieux est comme un ciel étoilé sur la terre ferme. J’en suis abasourdi. J’espère qu’elle l’est aussi.

Le vent me flagelle le visage de plein fouet et je commence à grelotter un peu plus à chaque seconde. Je prends donc la décision de nous diriger vers l’endroit que j’admire depuis déjà plusieurs semaines : le château de celle qu’on appelait Maléfique. Aujourd’hui désert, c’est l’endroit idéal, presque utopique, pour parler seul à seule. Elle appréciera elle aussi, j’en suis certain.

Ainsi le dragon fend l’air et nous dépose sur la plus haute tour du palais. De mon sac, je défouraille un peu de vin, des coupes et une étoffe d’une grandeur infinie. J’ordonne à ma chimère de disparaître et elle s’estompe sur-le-champ dans une explosion de pétales de rose qui viennent pleuvoir sur nous. Franchement, je ne m’attendais pas à cela, mais je fais comme si tout était prévu. Je l’invite à prendre place sur l’une des rambardes de la tour alors que je le fais aussi.


« Alors, tu es surprise? »

Je n’attends pas de réponse de sa part. À vrai dire, veux-je vraiment le savoir? Je ne sais plus. Tout ce que j’espère, c’est qu’elle soit bien dans l’immédiat et qu’elle puisse profiter de ce panorama à couper le souffle. Elle n’a pas d’autre choix que d’apprécier, après tout. Un ciel noir et totalement étoilé, une atmosphère chaleureuse dans un froid plus ou moins glacial, de la bonne compagnie et du vin… Quoi de mieux?

Cette fois-ci, plutôt que de la bombarder de questions, je décide de commencer la discussion d’une façon totalement différente. D’une voix tellement douce qu’elle me surprend moi-même, je dis :


« En général, les gens aiment regarder le ciel pendant la nuit. Ils aiment regarder les étoiles, contempler les constellations, trouver les astres les plus brillants… Mais moi, je fais partie des quelques uns qui ne regardent pas tellement les étoiles. »

Elle se demande probablement où je veux en venir. Je comprends.

« Je préfère regarder entre elles. L’infinité qui les sépare. D’où nous sommes, nous avons tendance à penser qu’elles sont proches l’une de l’autre, mais des distances incroyables les séparent, en fait, que je dis en remontant la couverture et en la faisant glisser sur les cuisses de Léa. Ce que j’aime dans ce ciel étoilé, c’est bien l’infini et toute la liberté que ça m’inspire. »

Je remonte mon capuchon, tentant de braver la température.

« Tu es un peu comme ce ciel. Tu m’inspires tant de choses. »

Je rigole nerveusement et je rajoute sans même le vouloir :

« Mais quel idiot je fais! Je ne t'ai même pas demandé si tu allais bien! ... Comment tu te portes, Léa? »
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le Ven 25 Jan 2013 - 5:30
    Volant dans le ciel, les bras autour du jeune homme, la tête lovée dans le creux de son cou, Mila se sentait comme apaisée. Elle était comme une flamme que l'on vient d'étouffer, elle était calme, et sereine. Le silence de la nuit n'était troublé que par les battements des ailes du dragon, et le ciel constellé d'étoiles était encore clair malgré les fins flocons qui pleuvaient sur eux comme autant d'étincelles illuminant la voie.

    Allant bien au-delà du Jardin Radieux, dépassant les ravins et laissant la ville derrière eux, le dragon se posa au sommet d'une tour d'un édifice qu'elle ne connaissait que de nom. Elle n'avait pas peur bien qu'elle sache que l'endroit était dangereux... Mila pouvait d'ailleurs distinguer des vouivres voler autour de tours plus éloignées, leurs silhouettes violacées se détachant dans la nuit. Le dragon disparut, ne laissant derrière lui qu'une merveilleuse pluie de pétales de roses... Elle esquissa un sourire, charmée.

    Mila se tourna vers le jeune homme et l'observa alors qu'il lui demandait si elle était surprise... Comment ne pas l'être ? Cela faisait deux semaines qu'elle ne l'avait pas vu, et leur précédente rencontre, aussi brève et chaleureuse fut-elle, ne l'avait pas marquée plus que cela... Au fond, elle n'avait pas vraiment pensé à lui. Comment le pouvait-elle, quand ses pensées étaient occupées par quelqu'un d'autre ?

    Mais en vérité, c'était une agréable surprise pour la jeune femme. Il avait créé une soirée parfaite pour elle, il l'avait écoutée, il avait voulu lui faire plaisir. Il n'avait pas cherché à la fuir malgré son départ inopiné lors de leur rencontre. Non, Skjöld était un homme attentionné et doux, il ne lui ferait jamais de mal, elle pouvait le sentir. Mais pouvait-elle en dire autant d'elle-même ?

    « En général, les gens aiment regarder le ciel pendant la nuit. Ils aiment regarder les étoiles, contempler les constellations, trouver les astres les plus brillants… Mais moi, je fais partie des quelques uns qui ne regardent pas tellement les étoiles. »

    La consule songeait que Genesis, lui, comprenait mieux la beauté du ciel et la fascination qu'elle lui inspirait. Il savait que c'est dans le cœur de ceux qui les observent et qui savent l'apprécier que réside la splendeur des étoiles... Il continuait de parler, mais elle ne l'entendait plus, elle n'écoutait plus, trop occupée par ses souvenirs. Skjöld remonta doucement la couverture sur elle, récupérant un peu son attention.

    « Tu es un peu comme ce ciel. Tu m’inspires tant de choses. » Mila sourit franchement, elle le trouvait adorable. Il était si... pur, et clair. Avec lui, jamais de doutes, jamais de peur. Il disait ce qu'il fallait au moment opportun, même s'il posait parfois un peu trop de questions... « Mais quel idiot je fais! Je ne t'ai même pas demandé si tu allais bien! ... Comment tu te portes, Léa? » demanda-t-il, corroborant ses pensées.

    « Tout est parfait, ne t'inquiète pas. » dit-elle en riant, tout en se servant un verre de vin. « Je suis contente d'être là. » ajouta-t-elle en se blottissant contre lui, les yeux clos, profitant simplement du moment. Elle laissa sa main glisser vers la sienne, comme il l'avait fait plus tôt, mêlant ses doigts aux siens.

    Elle n'avait pas envie de parler, elle était bien comme ça. L'écouter distraitement en jouant avec ses doigts, boire un peu et rire beaucoup, ou l'inverse, faire comme si le reste du monde n'existait pas. Rester là, avec lui, en toute simplicité.

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le Sam 26 Jan 2013 - 0:29
Tout est parfait, je n’ai pas à m’inquiéter. Tout est parfait… Je pourrais dire la même chose, moi aussi. Dans le moment présent, tout me semble idéal. Je me sens bien, je me sens calme, je me sens heureux. Et par-dessus tout, je me sens libre, c’est tout ce qui importe. Au fond, elle est comme une forme de liberté qui me fait sourire à travers de vieux souvenirs, des espérances et par une mélopée d’émotions. Nous sommes immobiles en haut de cette tour, mais pourtant, j’ai l’impression qu’on voyage, qu’on se gambade dans mes pensées, dans les siennes, dans nos rires, dans nos soupirs. Elle me fait comprendre une infinité de choses que je n’avais jamais comprises avant. À ses côtés, au rythme de quelques rencontres, j’ai grandi plus que pendant les dix dernières années. Je n’arrive pas à comprendre ce qui se passe et encore moins ce qui arrivera, alors je me contente de ne rien espérer et de ne rien regretter. J’ai grandi, c’est l’important.

Mais ce n’est pas parce que j’ai maturé que j’ai perdu mon insouciance… C’est étrange, je sais pertinemment que je suis naïf, mais je ne veux rien y changer. Je veux me laisser émerveiller par tout ce qui m’entoure, je veux apprécier chaque moment comme si c’était le meilleur de tous, je veux profiter de chaque seconde qui m’est offerte comme si elle présageait ma mort. Je veux garder mon âme d’enfant, mon âme innocente… Avec Léa, je peux la garder. Je peux rester tel que je suis. Je n’ai pas à parler comme de grands arrogants ou à me faire vaniteux pour l’impression, pour la captiver – je l’espère. Je n’ai qu’à jouer les cartes de l’authenticité et elle semble apprécier. J’apprécie qu’elle apprécie. Je l’apprécie, en fait.

J’apprécie un peu moins le froid qui s’acharne sur nous. En tout cas, je ne l’appréciais pas quelques secondes plus tôt. Cependant, la voilà qui est blottie contre moi, qui me réchauffe de son affection. Instinctivement, je l’emprisonne de mes bras. Et nous nous retrouvons là, au milieu de cette température glaciale, sous une étoffe de laine, avec quelques verres de vin en espérant passer de bons moments.

Je me rends alors compte que je lui fais confiance. Que je me sens bien avec elle, et que je lui fais confiance. Je pourrais tout lui dévoiler de mon existence toute sauf banale, et je suis certain qu’elle accueillerait tout les bras grand ouverts. Elle ne porterait même pas de jugements, pas de regards perplexes, pas de soupirs suspicieux. Peut-être que je me trompe, mais je pense qu’elle m’écouterait, en ce, en plus de m’entendre. Elle ferait comme je l’ai fait lors de notre première rencontre, elle ferait tout ce que les gens dans le train ne feraient jamais.

Je pourrais tout lui dire, mais je ne le ferai pas. Je ne veux pas rationaliser la magie du moment, je ne veux pas qu’elle se pose des questions. Je ne veux pas penser à l’Unique. Je veux simplement penser à elle qui est collée contre moi.


« Tu vas peut-être penser que c’est bizarre, que je dis en la resserrant un peu plus, mais j’ai longtemps hésité avec de t’inviter, ce soir. C’était plus fort que moi, mais je voulais que tout soit parfait et que tu te plaises pendant cette veillée. Si tu savais le nombre de livres que j’ai lus pour trouver l’endroit et le moment idéal pour t’inviter, tu trouverais que je suis assez désespéré. »

Je deviens soudainement presque sérieux.

« Je le suis peut-être. »

Non, je ne suis pas désespéré. Je n’ai jamais eu autant d’espoirs qu’à cet instant précis. Dans le passé, j’ai toujours espéré un avenir où j’étais libre et heureux, mais libre et heureux dans ma solitude. Je me voyais vivre de mon art, vivre de mes mots, galoper sur des champs infinis sur Destin, assister aux spectacles les plus incroyables, transmettre ma passion, devenir ménestrel peut-être, mais voilà que tout change. Tout change avec une brutalité que je trouve pourtant si tendre. Maintenant, je me vois à deux. Je suis incapable de me dissocier. Je la vois, elle, quelque part, et moi, tout près. Je prends conscience au fil du temps qu’elle pique beaucoup plus que ma curiosité…

Ainsi, je la ramène vers moi d’un geste doux et je pose ma tête sur la sienne. À travers deux bourrasques, je parviens à murmurer quelque chose de plus ou moins intéressant, mais qui vient doucement briser le silence :


« Depuis quelques temps, aussi, j’écris beaucoup. De longues fables d’amour. Tu es comme ma muse, que je commence en faisant référence au Consulat, et je ne suis qu’un héraut qui transmet ma… ta passion à travers mes palabres. »

Au même moment, une brise trop fraîche vient s’infiltrer dans la faille de notre amure de laine et je frissonne. D’un bond, je me relève, je dégaine la dernière parcelle de parchemin et j’écris la première phrase qui me vient à l’esprit : « Tout à coup, alors que le vent était trop froid, mais que l’atmosphère était si chaleureuse, un ange descendit du ciel pour accompagner leur première valse. » À chacun des mots que je parviens à noter, je vis une gamme d’émotions différentes, passant de l’allégresse au soulagement, de l’amour au désespoir. Quand j’inscris le dernier mot, une musique émerge de nulle part et, du néant, un ange ailé vêtu d’une toge blanche et d’une harpe apparaît. La chimère se met à jouer une mélodie si belle que je me sens brusquement plus en forme.

« Allez, viens danser. »

Ce n’est pas une proposition, ni même une question. En tendant la main, je réussis à accrocher la sienne. Elle se remet sur pied rapidement et je la dirige vers le centre de la tour, là où nous restons immobiles un bon moment. Je la regarde, elle me regarde. Une synergie étrange mais ô combien agréable s’établit peu à peu…

Et ainsi, je pose mes mains sur ses hanches – je n’ose pas descendre plus bas – et elle m’imite en posant les siennes sur mes épaules. Comme si nous avions pratiqué cette danse beaucoup trop de fois auparavant, nos pas se suivent, se synchronisent et s’harmonisent. Et nous dansons. Je ne sais combien de temps nous dansons, mais nous dansons. Lentement. Tendrement. Délicatement.

Et avec toute ma passion.
La Passionnée

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le Mer 30 Jan 2013 - 15:57
    « Depuis quelques temps, aussi, j’écris beaucoup. De longues fables d’amour. Tu es comme ma muse, et je ne suis qu’un héraut qui transmet ma… ta passion à travers mes palabres. »

    Un rictus amer se dessina au coin de ses lèvres. Mila était jolie... Elle n'était pas belle, elle était jolie. Ce n'était pas tant son apparence que son attitude qui la rendait irrésistible. Délurée, imprévisible, elle jouait constamment à un jeu dangereux, se donnant à corps perdu quitte à tout perdre. Elle s'était faite passion, elle s'était faite amour, elle s'était faite sensualité, pour combler le vide qui l'avait dévorée tout entière pendant si longtemps. À force d'imiter, elle avait finit par devenir ce qu'elle jouait. Comme une actrice qui se confond avec son rôle, elle s'était perdue dans le jeu et en avait fait son mode de vie. Mila était le genre de femme qui rendent fous ceux qui ont le malheur de la croiser.

    Et ce pauvre enfant, Skjöld, encore si pur, s'était laissé prendre dans ses filets. Proie facile et trop fragile, il n'avait rien d'un défi. Il l'appelait sa muse... Et dans sa bouche, elle trouvait ça dégradant. Il était écrivain, c'était un artiste... Mais il n'était pas un véritable héraut ! Il n'était pas fils de Muse, il ne connaissait pas les tourments que pouvaient causer son art à celui qui l'embrassait pleinement. Du moins, le supposait-elle... Car après tout, tout ce qu'il faisait était trop parfait, presque parodique. Il était tellement attendrissant, romantique sans aucun doute... Mais tellement prévisible. Ce n'était pas surprenant, en fin de compte. Il le lui avait avoué lui-même, il s'était inspiré de la littérature pour lui offrir cette soirée. Skjöld lui tendait la main, il l'invitait dans un roman à l'eau de rose, charmant... Mais cela sonnait faux, comme étudié.

    Et dans ses grands yeux innocents, il y avait tant de candeur, de sincérité... Elle voulait prendre sa main et être heureuse dans son univers encore trop pur pour être touché par le tumulte de la vie et sa triste réalité. À ses côtés, elle retrouvait un peu de son âme d'enfant, tout devenait simple et évident. Facile. Il lui tendait juste la main, et pourtant cela avait des airs de choix. Mila avait le sentiment qu'il lui demandait « Veux-tu être heureuse ? Veux-tu te libérer de tes chaînes ? Alors, choisis moi. » Elle s'imaginait tant de choses qu'elle ne voyait pas qu'il ne lui demandait rien.

    Mais cela lui faisait peur, car comment l'amour pouvait-il avoir ce goût de sécurité et de simplicité quand, aux yeux de la consule, l'amour n'était que passion brûlante et dévorante ? Elle se souvenait avoir souhaité la douce monotonie d'un amour sans violence, mais elle avait fait le deuil d'un tel amour, se sachant trop espiègle et avide pour s'en contenter...

    La passionnée se répétait, se persuadait que son cœur était fermé à tout sentiment, trop occupé à se consumer des flammes d'une passion sans objet. Elle refusait d'admettre qu'elle pouvait être l'esclave de quelque chose qu'elle ne pouvait pas contrôler. Et pourtant... Sans qu'elle puisse l'accepter, elle était soumise aux mécaniques de son cœur... Comme toutes ses victimes. De Skjöld qui n'était qu'un enfant dans un corps d'homme, qui lui offrait les moyens d'être heureuse au prix de l'essence de ce qu'elle était ; ou de Genesis, tyran sous son masque d'apparences, qui la faisait se sentir plus vivante que jamais au prix de sa liberté, la condamnant à une souffrance bien trop douce pour la renier... Si Mila avait pu accepter la situation, elle n'aurait sans doute pas su lequel de ces maux était le pire.

    Se donnant l'illusion d'être encore maître de ses désirs et de son cœur, elle attira Skjöld vers elle pour l'embrasser. Mila plaça la main du Balafré contre son cœur alors que, les yeux clos, priant pour rester libre, elle invoquait Valefore... Fendant le ciel dans une éclaircie soudaine, emplissant son cœur d'une chaleur familière, l'oiseau fondit sur eux pour se poser tout en douceur sur le sommet de la tour, renversant de son souffle les victuailles alors que s'envolait la couverture que Skjöld avait consciencieusement posé sur les genoux de la jeune femme.

    Mue par ses instincts, Mila lâcha le jeune homme pour enlacer l'encolure de la chimère, se réconfortant dans al douceur de ses longues plumes blanches. Sans plus attendre, elle grimpa sur son dos et, toisant Skjöld d'un air énigmatique, lui fit signe d'en faire autant.

    « Tu vois ces créatures là-bas ? Elles nous observent. » dit-elle en joignant le geste à la parole, montrant les vouivres d'un signe. « Elles se rassemblent... C'est dans leur nature de blesser, à tout moment elles peuvent fondre sur nous. » Elle lui sourit gentiment, l'air un peu coupable. « C'était parfait... Mais bien calme. » D'un mouvement leste du bras, elle renouvela son invitation. « Un homme se doit de protéger celle qui fait battre son cœur... » murmura-t-elle avec un clin d'œil, provoquant le garçon dans l'espoir de trouver chez lui une once de folie et de témérité qui la convaincrait de ne plus lâcher sa main.

    « Donne-moi une raison de t'aimer... » songeait-elle en l'observant avec anxiété.

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Le Collectionneur de Palabres

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le Jeu 31 Jan 2013 - 23:57
D’un coup, je perds tous mes repères, toute ma sécurité. Je ne suis qu’un homme : je ne suis pas un guerrier, ni un combattant, ni l’un de ces grands chevaliers. Je ne suis rien, rien qui pourrait nous sauver de cette situation. Ils sont là, à quelques mètres de nous. Ils sont là, ils nous regardent. Ils sont là, ils n’attendent que le bon moment pour bondir sur nous et pour détruire tout ce que j’ai essayé de bâtir. Je ne suis pas un guerrier, loin de là. Je suis même effrayé par toutes les tournures que pourrait prendre toute cette histoire.

Transis, je grimpe sur la chimère en espérant qu’elle parvienne à nous sortir de ce pétrin sans que j’aie à compromettre ma vie ou, pire, celle de Léa. Je ne suis pas du tout à l’aise, mais dès que j’enfourche le dragon, je me sens un peu plus en sécurité, protégé par la bête, par ses ailes, par sa bestialité, par… Non. J’essaie de me convaincre. J’ai peur, je ne peux le nier.


« Je… je te défendrai. Ne t’inquiète pas. »

Ne t’inquiète pas, Léa… Fais comme moi, reste calme.



Sans m’avertir, elle prend les commandes et ordonne au dragon de planer jusqu’aux vautours. Frigorifié par les bourrasques violentes, je remonte mon capuchon et je resserre les boutons de ma chemise. Je ne suis pas prêt, mais elle semble totalement en confiance. Elle charge dans le vide comme si elle savait ce qui lui attendait. J’essaie de rester le plus quiet possible, mais je me sens… humilié. Je ne pourrai pas la protéger. Je ne pourrai pas la défendre de ces viles créatures. Je ne pourrai rien faire. Elle aura honte de ce que je suis et j’aurai honte de ce que je n’ai pas pu faire…

Mais je n’ai pas envie de capituler, d’abandonner avant d’avoir tenté quelque chose! Je n’ai pas envie qu’elle me considère comme un lâche si, en plus, je ne suis pas aussi puissant que tous ces guerriers qui défendent leurs contrées un peu partout. Je dois au moins lui prouver que, à défaut d’être apte, je suis vaillant. Que je peux compromettre ma sécurité pour promettre la sienne. Que je peux être grand dans ce combat. Que je peux au moins me donner corps et âmes pour m’assurer qu’elle reste intacte.

Je reviens à la réalité alors que la chimère s’approche de plus en plus des créatures. Quand nous sommes à une distance raisonnable, nous commençons à faire du sur-place. Avec si peu de dextérité, je réussis à m’accroupir sur le dos du dragon et j’assène un coup violent de chaîne au vautour le plus près. Il est déstabilisé, mais sans plus. Il est même un peu plus furieux, un peu plus agressif. Deux de ses semblables et lui me bondissent dessus, faisant comme si Léa n’existait pas. Je sens leurs serres déchirer mes vêtements, se planter dans ma peau, cribler ma chair. J’ai mal, mais je ne le montre pas, je ne gémis même pas. Je me contente de riposter en faisant virevolter mes chaînes pour les éloigner un peu.

Les vautours se lancent des regards presque complices entre eux et décident cette fois-ci de charger sur Léa. Je sens mon cœur se débattre, trop vite, trop fort, avant d’arrêter temporairement. Dans un élan de peur, je m’écrie :


« Ne la touchez pas! »

Je sais qu’ils ne comprennent pas, je sais qu’ils n’écoutent pas, mais pourtant, je les vois changer de direction et foncer vers moi de nouveau. Avant même qu’ils ne parviennent à m’atteindre, je vois la queue de la chimère asséner un coup brutal au trio de vautours, qui sont déconcertés automatiquement. L’un d’entre eux termine sa chute contre un mur de briques du château, disparaissant dans un nuage de fumée noire et opaque. Satisfait, je me retourne pour constater qu’ils sont toujours très loin, mais qu’ils s’approchent dangereusement.

Je ne sais pas trop ce qui se passe à cet instant-là, mais, alors qu’ils se trouvent à une distance acceptable, je décide de sauter sur l’un d’eux. Littéralement. Au moment où mes pieds se détachent du dragon, je regrette déjà mon geste. Je regrette…

Contre toute attente, j’atterris sur un vautour et, presque habilement, je le flagelle de tous les côtés. Fort heureusement, il ne résiste pas bien longtemps et rend l’âme. Cependant, comme feu son camarade, lui aussi décide de s’estomper dans une nuée ténébreuse. Sans support, je tombe donc en chute libre. Bizarrement, je n’ai pas peur, je n’ai plus peur. Je sais que Léa arrivera, je sais que son dragon et elle seront là pour amortir ma chute. C’est ce qui arrive. Comme dans les odyssées les plus épiques que j’ai lues, je suis arrêté et sauvé par la chimère qui, dans sa colère, pique du nez vers le dernier vautour.

Nos ennemis disparus, nous volons un moment avant d’atterrir au pied du château. Secoué et encore sous le choc des événements, je descends rapidement et je m’effondre. Mon cœur bat si fort que je ne m’entends plus respirer. Je parviens néanmoins à articuler :


« Partons d’ici, c’est trop dangereux… »

Je suis un peu déçu… L’ambiance et l’atmosphère que j’ai peiné à installer se sont estompées rapidement. Maintenant, j’ai l’impression d’un malaise, j’ai l’impression que ce n’est plus comme avant. Tout devient… trop normal. J’espère silencieusement qu’elle ne remarque pas ce changement et je me relève donc, l’invitant à me rejoindre et claudiquant légèrement pendant que je reprends mon souffle.

Pendant que nous nous dirigeons vers la ville, je baisse la tête pour lui dire.


« Je suis désolé... Je ne pensais pas que nous serions attaqués. »

Je m’arrête un moment.

« Il doit bien y avoir un café encore ouvert à cette heure, tu cr—Oh. Sauf si tu préfères retourner chez toi… Je comprendrais. »



« Je suis désolé », que je murmure dans le vent.
La Passionnée

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le Ven 1 Fév 2013 - 18:02
    Elle l'observait, patiente, combattre les sans-cœurs sans faire quoique ce soit pour lui venir en aide. S'il avait été en réel danger, sans doute aurait-elle réagit... Mais elle le testait, elle ne comptait pas lui mâcher le travail... Elle ne pu néanmoins retenir une exclamation d'effroi en le voyant chuter dans le vide et, Valefore sentant son émoi, agit d'instinct pour rattraper le jeune garçon... Il était un peu essoufflé, effrayé, mais Mila se lovait contre son torse, s'entourant de ses bras, présence rassurante et chaleureuse, maigre récompense pour le spectacle aérien qu'il lui avait offert.

    Il avait l'air triste, et la consule avait un peu envie de le consoler... De lui dire qu'il s'était bien débattu, qu'elle était satisfaite de sa soirée... « Je suis désolé. » répétait-il, penaud, alors qu'ils survolaient les faubourgs de la ville. Arrivés aux portes de l'enceinte, Mila sauta au sol et, une fois Skjöld à ses côtés, flatta une dernière fois l'encolure de Valefore avant de le congédier.

    « Cesse donc de te poser tant de questions, le Balafré... » Elle s'approcha de lui et glissa ses mains sur les épaules du jeune homme. « Je ne serais pas là si je ne le voulais pas. » murmura-t-elle en l'embrassant dans le cou. Elle le sentait frémir et, d'un mouvement de son nez, il releva le visage de la consule pour l'embrasser. Mila songeait alors qu'il y avait quelque chose de changé dans ses baisers. Comme une fougue encore timide qui ne demandait qu'à s'étendre... Les mains de Skjöld se pressaient sur ses bras, dans son dos, encore prudents, mais déjà fébriles et passionnés.

    Skjöld était simple... Le genre d'homme qui ne fait pas d'histoires. Le genre d'homme un peu ennuyeux, sans doutes... Elle avait envie de se laisser convaincre, de succomber lentement mais sûrement au charme inhabituel du Balafré... Mais elle craignait que cela ne soit pas suffisant.

    « Je suis un peu fatiguée... Toutes ces émotions... Je vais rentrer. » dit-elle, lui offrant un doux mensonge plutôt que la triste vérité : elle voulait simplement être seule. « Mais j'espère te revoir bientôt... » murmura-t-elle avant de lui faire un petit signe enjoué et de s'enfoncer dans les rues du Jardin Radieux sans même attendre sa réponse.

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