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La Passionnée
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Mar 15 Jan 2013 - 23:47
    Enveloppée dans une cape sombre, le visage couvert, la passionnée n'était qu'une ombre dans la Cité des Rêves. Elle marchait vite, sans un bruit, évitant les gardes et les passants. Ses crimes avaient sûrement été oubliés depuis son dernier passage à Paris, quatre ans auparavant, mais la jeune femme refusait de prendre des risques. Elle refusait d'être enfermée de nouveau. Mila préférait mourir plutôt que de demeurer dans une prison...

    « Les gitans jamais ne durent derrière les murs. » songeait-elle, repensant à cette devise qu'elle avait si souvent entendu pendant les trois années qu'elle avait passé à la Cour des Miracles. Si elle n'avait pas le teint hâlé, ni le pied aussi léger que les bohémiennes, la jeune femme avait longtemps été une bannie, une renégate. Sans foyer où retourner un jour, elle avait trouvé dans les bas-fonds de Paris une famille et était gitane de cœur. Mais elle était partie du jour au lendemain pour mener une vie normale, sa sœur sous le bras, et aujourd'hui, elle avait le sentiment de les avoir trahi. C'était donc avec appréhension qu'elle se dirigeait ce soir-là vers le repaire des gitans. Elle posa la main sur sa poitrine et effleura le repli formé par le talisman sous le tissu. Les yeux fermés, cachée dans une alcôve de l'enceinte de la ville, elle hésitait.

    En reprenant sa route, ses bottines en toile éclaboussèrent les pavés alors qu'elle marchait dans une flaque d'eau croupie. Elle esquissa un mince sourire en se dévisageant, songeant qu'elle serait méconnaissable aux yeux de ceux qui la côtoyaient aujourd'hui. Une robe noire allant jusqu'à ses chevilles, surmontée d'un jupon en voile transparent qui rappelait le rouge de ses manches légèrement enflées qui s'arrêtaient à ses coudes, un décolleté sobre. Elle secoua la tête d'un air presque amusée, ce qui fit tinter ses boucles d'oreilles et la renvoya à la réalité ; elle risquait d'être vue à traîner ainsi.

    Ayant accéléré le pas, elle atteignit rapidement le cimetière. Tétanisée, elle n'arrivait pas à passer le portail. La nuit ne rendait l'atmosphère du lieu que plus oppressante... Et si elle n'était pas reconnue ? Ou pire, si jamais les bohémiens la reconnaissaient et s'en prenaient à elle, furieux d'avoir été trahis ? Mais ce n'était pas la plus grande inquiétude de la jeune femme...

    Prenant une grande inspiration, elle pénétra dans le cimetière et, après avoir vérifié que personne ne la suivait, descendit dans les catacombes. Ses bottines étaient trempées et tachées par la boue, Mila se sentait observée dans le silence angoissant, interrompu uniquement par la chute des gouttes d'eau qui suintaient des parois. La passionnée passa la main dans son corsage pour en retirer le talisman, un pendentif en bois qui formait une carte de la ville indiquant la Cour des Miracles. Tous les bohémiens en possédaient un, et la jeune femme avait pris soin de le conserver... Un souvenir d'un autre foyer qu'elle avait perdu. Les catacombes étaient plongées dans une semi-obscurité, il y avait juste assez de lumière pour discerner des ombres furtives... Mila observa les alentours d'un air sévère, la tête haute, tenant fermement son pendentif dans sa main.

    « Je m'appelle Eléa Duval. » dit-elle doucement.

    Un léger murmure s'éleva des murs et bientôt, trois hommes vêtus d'habits bigarrés se tenaient devant elle. Le premier avait une bonne carrure, le teint hâlé, comme ses compagnons, de longs cheveux sombres noués en catogan et une boucle d'oreille en or. Il l'observait, suspicieux, de son regard gris. Âgé d'une quarantaine d'années, il avait le visage dur, marqué par une courte balafre sur l'arcade sourcilière gauche et une cicatrice sur le menton. Encadré par ses deux acolytes, les bras croisés et l'air menaçant, il était manifestement à la tête du groupe. Les deux hommes à ses côtés étaient de plus petite taille, le premier, à droite, les cheveux courts, avait un sourire édenté et un œil poché ; le second avait un regard plein de malice et ne cessait de lisser sa longue moustache noire.

    « Dorian ? » souffla-t-elle, écarquillant les yeux sous la surprise.

    Le visage de l'homme se détendit à mesure qu'il la dévisageait. « Eléa...? C'est vraiment toi ? » Il éclata d'un rire tonitruant et attrapa la jeune femme pour l'enserrer si fort de ses bras puissants qu'elle manquait d'air. « Sale gamine, où étais-tu passée tout ce temps ?! » s'exclama-t-il en la tenant devant lui, ses pieds ne touchant pas le sol tant il était grand. Il la posa enfin, et la regarda d'un air attendri avant de l'attraper de nouveau à bras le corps. De son poing, il lui frotta le crâne, riant toujours aux éclats sous les regards surpris de ses compagnons.

    « Sacrée Eléa, t'as bien grandi ! Ça te fait quel âge ? Vingt-trois ? Vingt-cinq !? »

    « Vingt-quatre. »

    « C'est la même chose ! »

    Mila osa un sourire, touchée par la chaleur de Dorian. Il était un des meneurs des bohémiens et avait été ce qui se rapprochait le plus d'une figure paternelle pour elle et sa sœur. L'émotion l'envahissait à mesure que les souvenirs inondaient son esprit... L'homme lui lança une vigoureuse tape dans le dos qui la fit trébucher, ce qui déclencha une nouvelle vague de rires chez Dorian. Reprenant son sérieux - ou plutôt sa bonhomie naturelle - il lui présenta les gitans qui l'accompagnaient, celui qui avait le teint plus clair et l'œil poché se nommait Florian, tandis que le second s'appelait Louis.

    Sur le chemin qui les conduisaient à la Cour des Miracles, le cœur de Mila se réchauffait peu à peu. La présence rassurante de Dorian à ses côtés l'apaisait malgré l'angoisse sourde qui lui étreignait la poitrine. Mais déjà, ils débouchaient sur la tanière des bohémiens, une immense salle de pierre couverte de banderoles de tissus colorés où se réfugiaient les gitans et leurs roulottes bariolées. Un feu éclatant crépitait au centre, et les bohémiens étaient réunis tout autour, chantant et dansant la vie... Jamais Mila n'avait vu pareil spectacle en dehors de ce refuge.

    Un bref silence accueillit leur arrivée, puis les festivités reprirent. Soudain, une jeune fille aux cheveux courts se jeta au cou de Dorian, affichant un immense sourire. Celui-ci l'enlaça et la fit tourner dans les airs avant de l'embrasser sur la joue. Mila, quant à elle, était bouche bée. Les yeux grands ouverts, elle fixait la jeune femme, ahurie. Celle-ci se tourna vers la passionnée, haussant le sourcil. Intriguée, elle fit le tour de la brunette de son pas léger, ses yeux émeraudes la scrutant sous toutes ses coutures. Enfin, elle s'arrêta face à elle et ouvrit la bouche avant de sauter sur place, surexcitée. Même ses petits bonds semblaient être des pas de danse tant elle était gracieuse.

    Entièrement vêtue de rouge, elle portait un bustier affublé de manches légères et très courtes, un pagne dont l'un des pans s'émancipait de sa silhouette pour caresser ses genoux dénudés, une jupe en voile transparent qui ne dépassait pas ses cuisses et un châle décoré d'étoiles d'or noué autour de la taille. Son visage, radieux, encadré par un carré auburn, était hâlé, comme tous ceux de son peuple, et était couvert de jolies taches de rousseurs qui lui donnaient un air enfantin. La jeune fille saisit les mains de Mila, trépignant tout en souriant de plus en plus.

    « Je n'en reviens pas ! Eléa, c'est toi ! Tu m'as tellement manqué ! » s'exclama-t-elle en se jetant au cou de la passionnée, manifestant autant de chaleur et d'affection que son père. Après un temps d'hésitation, Mila referma ses bras autour de la brune, affichant à son tour un sourire attendri.

    « Estrella, cela fait si longtemps. » murmura-t-elle, la voix coupée par l'émotion... Mais la jeune fille était déjà à quelques mètres, virevoltant parmi les gitans, portant la nouvelle à ceux qui connaissaient Mila... Et même à ceux qui n'avaient aucune idée de qui elle était. Les mains nouées derrière le dos, la passionnée ne pu s'empêcher de s'esclaffer devant l'attitude joviale de son ancienne amie.

    « Cette enfant me rendra fou ! » tonitrua Dorian en riant.

    Mila haussa les sourcils, amusée. Tous les gitans n'étaient pas aussi... enthousiastes qu'Estrella et son père, et si leur joie de vivre était rafraîchissante... Elle était parfois... excessive. Mais à cet instant, la jeune femme ne s'en formalisait pas, trop heureuse de ne pas être vue comme une traîtresse. Néanmoins... Il y avait quelque chose qui clochait. Mila était partagée entre l'envie de poursuivre son mauvais pressentiment... Et le désir d'oublier son quotidien et ses souffrances auprès des gitans.

    Estrella s'approcha de nouveau de la consule, discernant le doute dans ses yeux. Son visage se teinta d'une compassion de mauvaise augure et elle posa doucement sa main sur l'épaule de Mila.

    « J'aimerais mieux rattraper le temps perdu, entendre tes aventures et te conter les miennes... » Elle marqua une pause, les yeux tournés vers le sol alors qu'un masque de tristesse effaçait les dernières traces de gaieté de son visage. « Mais je dois t'annoncer de tristes nouvelles. »

    Mila écarquilla les yeux alors que ses narines frémissaient. Elle secoua vivement la tête, pressentant le pire. « Non. Plus tard. » dit-elle un peu sèchement. « Laisse-moi encore du temps, s'il te plait... » murmura-t-elle d'une voix plus douce alors que son amie lui prenait les mains d'un air inquiet. Elle hocha la tête et retrouva son sourire radieux avant d'entraîner la passionnée dans la ronde dansante autour du feu.

    Elle ne savait que trop bien qu'il n'y aurait pas de retour en arrière si elle écoutait ce qu'avait à lui dire Estrella. Pour l'instant, juste encore un moment, elle voulait conserver le peu d'espoir qui lui restait. Alors Mila dansa. Elle dansa jusqu'à en perdre le souffle, jusqu'à ce que ses pieds soient meurtris, jusqu'à ce qu'elle tombe, épuisée. Elle dansa dans l'ombre des flammes pour oublier les ténèbres et la peur, pour respirer une bouffée de joie et d'insouciance avant de faire face à la triste fatalité.

    Mila était étendue au sol de tout son long, le souffle court, les joues rougies et le cœur battant, son amie allongée à côté d'elle. Elles se regardèrent en riant avant de se redresser et de s'installer contre des coussins colorés, adossées à une roulotte. Une jeune femme d'une trentaine d'années s'approcha d'elles. Le visage de Mila s'éclaira lorsqu'elle vit cette même chevelure brune, bien plus longue et bouclée, ces yeux sombres violacés et ce grand sourire masqué par un voile bleu. Un bandeau de cuivre ceignait son front et elle portait une longue robe bleu outre-mer égayée par ses bijoux. Elle portait un voile bleu orné de motifs en forme de lunes et d'étoiles qui reposait négligemment sur ses coudes.

    « Nubé ! » s'exclama Mila en souriant, se redressant pour enlacer la jeune sœur de Dorian.

    « Je commençais à me dire que tu m'avais oubliée, Eléa ! » dit-elle d'un ton enjoué tout en agitant un index accusateur, comme pour la réprimander.

    Mila secoua la tête en souriant. « Jamais. » dit-elle en portant la main à son cœur. Nubé fit signe à une gitane qui lui apporta un plat de fruits et une outre de vin. Elle la remercia et s'installa auprès des deux amies. « Alors, Eléa... Qu'es-tu devenue ? » demanda-t-elle d'une voix posée. Embarrassée, Mila resta silencieuse un moment. De nature secrète, elle ne voulait pas en dire trop... Elles n'avaient pas besoin de savoir pourquoi elle avait quitté la Cour des Miracles. « Je suis devenue consule. Je suis ici en mission, je viens chercher des danseuses pour le Consulat. » dit-elle d'un air hésitant, craignant un peu la réaction des bohémiennes, mais les yeux d'Estrella s'illuminèrent d'admiration tandis que Nubé afficha un air satisfait, visiblement heureuse de voir que la jeune femme avait su tracer son propre chemin.

    « Pour vrai ?! Tu vis là-bas, au Jardin Miteux ?! »

    « Radieux ! »

    « C'est pareil ! »

    Elles s'esclaffèrent, et Nubé, sentant qu'elle n'obtiendrait rien de plus, raconta à son tour les évènements qui avaient rythmé la vie des bohémiens. Mila riait, enivrée par l'alcool et les flammes des festivités. La nuit avait été longue, et bientôt, les gitans quittaient la chaleur du foyer pour se retirer. Mila prit une grande inspiration et se tourna vers Estrella, le regard sombre et les dents serrées.

    « Je... Je crois que je suis prête, Estrella. » murmura-t-elle, déglutissant péniblement, les larmes aux yeux. Elle n'était pas prête, elle ne serait jamais prête. Mais elle avait besoin de l'entendre. Nubé se redressa et tendit la main à la passionnée pour l'aider à se lever à son tour. Elle pressa doucement l'épaule de la jeune femme et laissa les deux amies seules.

    Il n'y avait pas besoin de public pour ce qu'elles avaient à se dire.

    Main dans la main, escortée par Dorian à quelques pas derrière, elles remontèrent le chemin menant au cimetière. Mila regardait le sol, serrant le plus fort possible la main de son amie. L'ambiance joyeuse qui avait caractérisé cette soirée depuis son arrivée avait totalement disparu... Ne restait que la peur et l'angoisse.

    Une fois à l'extérieur, Estrella lâcha la main de la passionnée et se fraya un chemin à travers cette mer de tombes sinistres. Au fond du cimetière, il y avait un mur couvert de lierre. La jeune femme tâta la pierre avant de trouver la porte dérobée qui menait à un terrain fleuri. Chaque stèle était décorée de tissus colorés et de fleurs encore fraîches.

    « Le cimetière des gitans. » murmura Mila d'une voix blanche, le cœur étreint par la douleur.

    À quelques mètres, Estrella se tenait droite, les mains jointes, près d'une tombe un peu à l'écart sur laquelle était posée une couronne de fleurs. Elle leva les yeux vers la consule, et sur son visage on pouvait lire une immense tristesse. Dorian posa à son tour la main sur l'épaule de la brunette. Il voulait lui donner du courage, la réconforter, mais il ne trouvait pas les mots adéquats... Alors il garda le silence et s'écarta, laissant Mila faire face, seule.

    Immobile, tremblante, elle n'osait pas faire un pas de plus. Il faisait froid, si froid. La nuit était claire, silencieuse... Sordide. « Je pourrais m'enfuir. Je pourrais ne pas savoir. Faire semblant. » songeait-elle alors qu'elle faisait un pas en avant. Elle avait du mal à respirer, il y avait comme un nœud dans son estomac qui la torturait, qui lui hurlait de faire demi-tour et de ne jamais revenir. Le vent soufflait, glaçant le corps de Mila, murmurant à son oreille qu'il était encore temps de changer d'avis... Milena secoua la tête, et franchi l'espace qui la séparait de la stèle.

    Sa respiration se coupa, et elle porta sa main à sa bouche alors que des torrents de larmes se déversaient de ses yeux. Il n'y avait plus un son, il n'y avait plus de vent, il n'y avait plus rien. Il ne restait que ce monument à la gloire de son impuissance, cette stèle qui réduisait à néant tout espoir, qui lui brisait le cœur en autant de morceaux que de larmes qu'elle avait versé pour elle... Mila tomba à genoux et effleura de la main l'inscription sur la pierre. Ses mains raclaient la terre, elle avait envie d'hurler son désespoir, sa douleur, mais seuls des gémissements et des sanglots s'échappaient de ses lèvres.

    Tout était si sombre, si noir... C'était comme si un poids immense s'était abattu sur le monde, et que Mila en portait seule le fardeau. Plus rien n'avait d'importance. Le cri du train, le sang sur le parquet, le fer dans sa chair, les mains de Genesis autour de son cou... Cela n'avait aucune importance. La trahison, le manque, le doute, la colère, l'abandon, la haine, la jalousie, la solitude... Aucune importance. Même l'amour... Même l'amour ne pouvait remplir le vide qui la déchirait.

    « Si l'amour avait suffit... Tu serais encore là, avec moi... » murmura-t-elle quand ses pleurs s'apaisèrent.

    Silencieuse, sinistre, Mila s'empara de son sac. Elle le posa sur la terre, devant elle, et fouilla pendant de longues minutes à l'intérieur. Enfin, elle en sortit une vieille poupée. Elle avait de longs cheveux blonds et de grands yeux bleus et vides. Elle portait une jolie robe de princesse, avec beaucoup de rubans mal cousus et des paillettes collées maladroitement. Le tissu avait vieilli et s'effritait par endroit, mais elle était aussi bien conservée que possible. Cette poupée les avait accompagnées depuis leur premier foyer, loin là-bas, à la Cité du Couchant, depuis leur maison qui n'était plus que cendres, jusqu'à leur appartement miteux dans la capitale des Cités Dorées... Elle rappelait à Mila son enfance, elle lui rappelait que peu importait l'endroit où elle vivait, elle ne serait jamais seule.

    Cette poupée était celle d'Elinor, et dorénavant... Mila sera toujours seule.

    « Il n'y aura plus de monstres pour te tourmenter... Les chimères se sont éteintes, et tu n'as plus à avoir peur... Je ne peux pas être avec toi tous les jours, mais je ne cesserai jamais de penser à toi. Tu es toujours dans mon cœur, où que je sois. J'ai perdu ma moitié avec toi, mais tu vivras toujours un peu avec moi. Mon roi est tombé et la partie est terminée. Il n'y a plus d'espoir ici, alors tu as bien fait de partir. J'aurais seulement voulu te serrer dans mes bras une dernière fois, juste pour te rassurer et te dire encore que tout ira bien. »

    Mila déposa doucement la poupée au pied de la stèle avant de poser la main sur la pierre glacée. Elle parlait d'une voix douce pleine d'émotion, caressant machinalement les cheveux de la poupée, des sillons traçant inlassablement leur chemin sur ses joues rougies.

    « Toi tu étais la fille des rêves, moi j'étais la fille de joie. Et dans le palais des filles des rêves, on refuse toutes les filles comme moi. Les jolies choses, dans mon monde, elles n'existent pas. Quand moi j'y touche, je me brûle les doigts... Mais ne t'inquiète pas. Les monstres, tu vois, on les crève, et je mettrais de l'or dans nos yeux pour que tu n'aie plus jamais peur d'eux... Car peu importait ce qu'ils ont pu dire sur nous, peu importait les cris et les larmes... »

    Mila était effondrée, ses genoux repliés sous elle, une main appuyée contre la stèle, et le regard fixant la terre. Elle resta silencieuse un moment, secouée par les sanglots. Elle leva les yeux vers le ciel et, essuyant doucement une larme sur sa joue.

    « Parce que les jolies choses, c'était nous deux... » dit-elle dans un murmure, s'adressant une dernière fois à sa sœur.

    Mila se redressa difficilement avec l'aide de Dorian. Elle avait le regard vide et elle titubait, elle voulait juste dormir en espérant qu'elle ne se réveillerait pas.

    « Je dois partir. » murmura-t-elle d'une voix sourde. « Merci... de m'avoir prévenue. » hoqueta-t-elle.

    Estrella s'avança vers elle et posa ses deux mains sur les épaules de la passionnée pour la forcer à la regarder. « Emmène-moi avec toi. » s'écria-t-elle, le visage lui aussi ravagé par les larmes. « Eléa, vous étiez tout ce que j'avais, ne me laisse pas ici. » Dorian s'apprêtait à s'interposer, mais sa fille ne lui en laissa pas le temps. « Tu as besoin de danseuses, non ? Je peux danser, Eléa. S'il te plaît, emmène moi, je ne veux pas te perdre une seconde fois. »

    Mila baissa les yeux, le regard vide. Elle pensait à Elinor. Et à mesure que le soleil se levait sur la Cité des Rêves brisés, Mila revoyait ces matins où elle franchissait les portes du cimetière pour rejoindre les catacombes, et enfin, retrouver sa sœur et ses amis, endormis. Chaque soir, Vyce et Estrella passaient la nuit avec elle, pour chasser les cauchemars qui la hantaient sans cesse. Chaque soir, ils prenaient soin d'elle en son absence. Si Mila avait pu penser à autre chose qu'à Elinor et à la douleur qui lui brisait le corps, elle aurait sûrement regretté la façon dont elle avait parlé à Vyce lorsqu'elle l'avait rencontré dans les rues du Jardin Radieux. Elle ne voulait pas commettre la même erreur avec Estrella.

    « Je sais qui sont les responsables, Eléa. » murmura-t-elle d'une voix blanche.

    Les yeux de Mila retrouvèrent leur éclat et elle releva brusquement la tête pour planter son regard furieux dans celui de son amie. Elle n'avait pas besoin de parler, la flamme bleue qui brûlait dans ses iris exigeait des réponses. La passionnée serrait les dents, la gorge tendue, elle sentait un flot de violence la parcourir, une animosité qu'elle n'avait jamais ressenti auparavant.

    « Entendu. » répliqua froidement Mila, le regard sévère.

    « Attendez ! » s'écria Dorian de sa grosse voix, barrant le passage aux jeunes femmes qui s'en allaient déjà. Mila leva les yeux vers lui, et dans son regard on pouvait lire une menace muette. L'homme se troubla un instant mais reprit très vite contenance. Il observa sa fille qui affichait un air décidé. Ses yeux disaient : « Essaie un peu de m'arrêter. »

    Dorian soupira... Les gitans sont des hommes libres, et Estrella avait toujours rêvé de plus. Il se souvenait bien d'Elinor - de Lina - lui aussi. Des contes qu'elle inventait, et surtout, des yeux émerveillés de sa fille qui en demandait toujours plus. Il se tourna vers Mila, résigné.

    « Prends soin d'elle. » dit-il d'une voix rauque. Mila observa la tombe de sa sœur, le cœur lourd. « Prends soin d'elle, toi aussi. » murmura-t-elle d'une voix brisée. Le gitan retint difficilement un sanglot et attrapa les deux filles pour les serrer dans ses bras.

    « Vous serez toujours chez vous, ici. »
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Dim 3 Fév 2013 - 5:26

    Je crois que le seul problème dans cette mission...

    C'est que tu ramènes une seule danseuse. Tu vas me dire "Connard, c'est toi qui m'a dit que je pouvais !" et c'est vrai ^^, ça ne me dérange pas mais je me rends compte que si tout le monde fait comme ça... on arrivera à 10 danseuses au lieu de 50 =)

    Je suis vraiment content.

    Au début, et même au milieu, je me suis dit "Sérieux, ma mission est juste un prétexte pour raconter sa vie". Et c'est vrai... sauf que tu intègres parfaitement la mission à ça.

    Ouais en fait c'est intéressant. Au lieu d'intégrer ton histoire personnelle à la mission, tu as intégré la mission à l'histoire personnelle, et ça rend le tout vraiment bon.

    C'est bête, mais le simple fait qu'elle recrute quand même sa... pote. J'ai trouvé que ça faisait de cet rp un très très bon rp.

    Je dois t'avouer ma surprise. Je suis pas spécialement bon public quand je lis un rp mais là... Bon je me doutais que c'était machin qui était enterrée... Sauf que je le craignais quand même un peu, j'avais peur que ce soit elle, et finalement j'ai vraiment trouvé le tout triste et beau;

    La... prière, va-t-on dire... est aussi vraiment bien faite. C'était le moment où tu risquais de tomber dans le pathos, chose qui t'arrive régulièrement. Sauf qu'ici, Meden Agan, tout coule.

    Bizarrement, le moment que j'ai trouvé le plus faible dans ton rp, c'est celui-là.

    "Elle ne savait que trop bien qu'il n'y aurait pas de retour en arrière si elle écoutait ce qu'avait à lui dire Estrella. Pour l'instant, juste encore un moment, elle voulait conserver le peu d'espoir qui lui restait. Alors Mila dansa. Elle dansa jusqu'à en perdre le souffle, jusqu'à ce que ses pieds soient meurtris, jusqu'à ce qu'elle tombe, épuisée. Elle dansa dans l'ombre des flammes pour oublier les ténèbres et la peur, pour respirer une bouffée de joie et d'insouciance avant de faire face à la triste fatalité."

    Je l'ai trouvé... fade. Parce que ce paragraphe avait une ambition, c'était pas une simple réflexion mais vraiment une manière pour Mila d'ignorer ce dont elle se doute. Et pour moi, le rendu n'est pas à la hauteur de l'ambition.

    Voila, j'ai vraiment trouvé cet rp très très beau. J'ai été à la fois étonné et pris dans le jeu. Je suis très content.

    Mission normale.

    24 xp, 240 munnies et 3 PS en sym.
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