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Jeu 22 Déc 2011 - 13:01
Présentation de « La Princesse de Carthage »

.

    Identité

      N o m : Ravaillac.
      P r é n o m : Élise.
      S u r n o m : La Dame de Fer.
      Â g e : 20 et des poussières.
      C a m p : Consulat.
      M o n d e d' O r i g i n e : Port Royal.
      R a c e : Votre Texte

    Descriptions
    E s q u i s s e :

    Il était ce soir là des couleurs sur Paris. Un défilé de rouge dans la vie nocture de la ville des Lumières, inédit, jamais vu, exceptionnel. Le soleil couchant explosait en mille éclats orangés dans un reflet nuageux teinté de rose. On s'extasia, on se disait qu'en cette saison, c'était bien rare, et qu'on en manquait toujours un peu.

    Seule une personne ne souriait pas. Une femme, jeune, dont le visage semblait gelé dans une position de profond mépris et de dégoût non dissimulé pour le bonheur des autres.

    Elle était belle, pourtant; beaucoup de dames auraient voulu avoir ne serait-ce qu'une fraction de ce qu'elle possédait. Fine, les traits doux et les formes affriolantes, on se retournait souvent pour la regarder passer, malgré l'air sérieux et déterminé qu'elle affichait continuellement pour se prémunir du regard des autres. Son teint pâle se mariait gracieusement avec les vêtements noirs et dentelés qu'elle portait, plutôt léger pour l'époque, et volontairement provoquants pour le commun des mortels. Certaines passantes, outrées qu'on puisse arborer se vêtir à ce point légèrement, poussaient de petits cris d'étonnement et d'horreur, en s'exclamant que d'une catin comme ça, on n'en voulait pas.

    Peu imortait à l'intéressée, qui, d'un pas raide et régulier, s'extirpa de la foule qu'elle méprisait pour s'échapper des lieux par les petites rues, qu'elle jugeait plus tranquilles et agréables à traverser. Une fois arrivée à l'abri des yeux d'autrui, elle se permit de secouer la tête, geste qui fit nager ses cheveux noirs coupés plutôt court dans le vide qui l'entourait. Ici au moins, on ne viendrait pas la déranger. Elle avait à faire, de toute façon.

    Un homme passa. Elle l'attendait. Aussitôt qu'elle l'eut vu, elle lui fit un clin d'oeil, et il s'approcha d'elle. Elle l'avait rencontré hier sur le parvis de Notre-Dame. Elle l'avait vu de loin, excentrique qu'il était; de toute façon, elle en savait déjà plus sur lui que lui sur elle.

    Ils prirent une des rues adjacentes et disparurent totalement de la frivole agitation qui secouait la cité de parts en parts. Il posa son regard sur elle et eut un immense sourire inérieur. Il buvait du regard sa peau de lait et dévorait sans retenue ses lèvres d'un rouge puissant.

    C'était une femme moyenne, qui ne dépassait jamais grand monde, mais que personne ne considérait comme étant petite; étant une grande amatrice de talons, les mauvaises langues la dirent complexée.

    Il épiait cet ange terrible, reniait la vertu, et s'imaginait déjà fuyant avec elle, voguer jusqu'aux confins du monde en sa luxurieuse compagnie. Il savait bien que plusieurs déjà avaient rêvé de ses rares sourires, de l'aura puissantequi se dégageait d'elle, de l'indépendance qui rayonnait de ce petit bout de femme aux mains fragiles.

    « - Arrêtez de me regarder de la sorte. »

    « - Et ne le niez pas! Je vous ai vu. »

    Il s'arrêta de marcher quelques instants, puis reprit la route. Comment avait-elle pu s'en rendre compte alors qu'elle n'avait pas détourné les yeux une seule seconde? Elle n'avait pas un troisième oeil tout de même! Et puis, elle avait été si sèche... Il connaissait sa voix, grave et impétueuse, mais tout de même! Il ne la savait pas capable de la prouesse de clouer le bec à un homme. Lui qui se pensait fort, il n'aurait jamais cru se taire devant les paroles d'une femme!

    Il est vrai qu'elle choisissait ses mots avec un soin particulier, autant pour mieux impressionner son auditoire que pour éviter d'employer un vocabulaire trop argotique. Ayant un passé plutôt tumultueux, elle connut les rues et les affres du langage populaire, qu'elle appréciait mais reniait, principalement par besoin de le faire. Elle aimait profondément cette langue imagée au large spectre et à l'expression véritable, mais elle savait que personne ne la considérerait si elle s'adonnait au loisir de l'employer. D'où ses efforts à paraître la plus bourgeoise possible quand il s'agit de prendre la parole.

    Elle avait changé d'allure, cette fois. Il commençait à faire nuit, et elle ne voulait pas faire un bruit. Elle fit signe à son compagnon de se taire et, dès lors, ne n'émit plus aucun son. Elle portait ce jour-là des petites ballerines de danseuse, extrêmement silencieuses, et elle n'eut par conséquent aucun mal à se monter discrète. L'autre, en revanche, malgré toute la volonté du monde, se déplaçait avec l'habileté d'un éléphant des Indes, si bien que le moindre de ses pas claquait violemment sur les pavés à en réveiller les pestiférés.

    La damoiselle s'arrêta devant une curieuse bâtisse, une sorte d'hôtel particulier. L'autre fit de même et elle ouvrit la porte. L'entrée donnait sur une cour intérieur de taille moyenne, bien qu'on ne puisse pas réellement apprécier les distances la nuit tombée. Ils entrèrent ensuite dans le bâtiment droit devant eux et s'installèrent dans le salon qui apparut devant leurs yeux.

    On fit servir un thé par la gouvernante et on discuta de tout et de rien. La demoiselle savait bien ce que son invité attendait d'elle, mais plutôt rêver que de lui offrir.

    Il commença à tousser. On présuma qu'il eut pris froid pendant la promenade nocturne; il fallait mieux se couvrir! De toute façon, ça n'était pas bien grave.

    Après moult discussions et une toux de plus en plus puissante, on commença à s'inquiéter. On lui fit apporter des onguents que l'on présumait capables de calmer un peu la maladie avant la venue d'un guérisseur ou d'un médecin. Alors, l'hôte emmena son visiteur dans une chambre d'ami du troisième étage et le fit coucher sur un lit. Il fallait qu'il se repose, disait-elle! Comme si il avait le choix.

    Une fois qu'il eut détourné le regard, elle sortit de son porte-jarretelle gauche un poignard dissimulé, et elle l'égorgea.

    Elle avait tout prévu; il avait menacé, puis torturé et tué une des filles de la ville et la justice n'avait rien fait. C'était à elle de l'éliminer. Le plus discrètement possible...


    P o r t r a i t :
      Question vis-à-vis du caractère :
      Revêche, bipolaire, dangereuse.


    Et elle égrène, solitaire, les vestiges du passé. Sans faire montre d'une quelconque nostalgie, elle sème jusqu'à n'en plus pouvoir.

    La Dame de Fer, droite dans ses bottes, vous épie de son troisième oeil, sait où vous allez et ce que vous faites. Elle est l'oeil de Moscou qui vous suit partout. Pour peu qu'elle vous lâche un jour, vous la regretteriez presque, tant elle est insistante: on s'en croirait presque protégé. Cela dit, il n'en est rien: elle n'est qu'une observatrice. Que son pion soit mangé elle s'en monque bel et bien, tant que sur son piédestal elle puisse siéger!

    Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils m'approuvent. Tibère lui même ne devait guère s'en douter, mais pourtant, il a donné naissance à l'idéologie d'une grande dame: celle qui préfère agir à plaire. Qui ne la suivrait pas, de toute manière? Il serait bien impudent de nier sa parole comme celle d'un chef d'état: elle en a la carrure, sinon la puissance.

    Où qu'elle passe, les tristes sires trépassent, terrassés par sa manoeuvre. La flatterie et le mauvais conseil ne l'atteignent que peu: elle n'attend rien de la parole d'autrui, si ce n'est un incessant bavassement de bécasse. Elle préfère le génie à l'exceptionnel; il a toujours quelque chose qui n'appartient qu'à lui, le pouvoir d'absoudre l'ignorance par la magie de la connaissance. Aussi, elle ne s'entourera que de sages modérés, et évitera avec soin celui qui la vante sans cesse.

    Attention cependant à ne pas franchir la trop fine barrière qui sépare la sévérité de la cruauté; et c'est une chose qui lui arrive malheureusement à intervalles réduits. On pourrait la croire douée d'empathie, mais il n'en est rien: gauche dans les sentiments, elle est incapable de comprendre ce qui ne s'explique pas. Sa qualité d'ancienne femme de mauvaise vie l'empêche de comprendre pourquoi le peuple se plaint alors qu'il mange à sa faim, elle y est viscéralement opposée. N'allez pourtant pas croire qu'elle est intolérante: elle est trop endurcie. Tenez vous à l'écart de son opposition et il ne vous arrivera rien. Si c'est le contraire que vous choisissez, n'ayez peur de rien; pas même de l'impensable.

    À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire: n'oubliez pas l'adage. Bien que méfiante, il lui arrive parfois de se jeter dans la bataille, la colère fichée dans son corps; devant elle on se gausse d'un tel comportement, sans savoir que le danger vient de l'homme, et pas de ses méandres. C'est alors que la mort ne fait plus peur; le malheur change de camp. Mais dans les ruelles de Paris, personne ne vous entendra crier...

    Fervente, elle n'hésite pas à se salir les mains pour l'idéal qu'elle défend, le faisant même chaque jour. Le concept même de sous-fifre la révulse; elle lui préfère le respect. Se jugeant désormais digne d'une figure, elle exige de son entourage une observation cérémonieuse de sa personne: il faut apprendre d'elle.

    Ambitieuse elle est, sans scupules elle sera; paradoxalement, elle reste digne de confiance. On peut se reposer sur l'Ambassadrice pour peu qu'on ait acquis sa confiance, ce qui reste une épreuve relevant de l'exploit; qu'importe, le calice n'en sera que plus plein! Méfiance, cependant, devant trop d'attentions. Il se pourrait que l'on prépare votre chute, à son insu, probablement. Qui sait ce qui peut bien tourner autour d'une demoiselle de cette envergure.

    Il fut un temps où l'on s'extasiait de la naissance du Dauphin, des sorties de la Reine, et des caprices du Roi; selon elle, c'est un temps révolu qu'il faut voir mourir sur les pavés. Madame réprouve l'élévation des Consuls au niveau des monarques les plus absolus, elle qui préfère un sage apprentissage des méthodes des artistes.

    Pour autant, la flemme qu'elle possédait ne s'est jamais éteinte: elle s'est muée en lame, invisible aux yeux des hommes et aux sourires des dames.

    Se vantant parfois de mieux connaître le monde que son créateur lui même, cette petite once de vanité et de fierté qui l'anime malgré tout lui porte bien des torts: et c'est elle qu'on traite d'intolérante! Quelle gangrène!

    Ne tentez jamais de lui faire lâchez l'affaire, vous risqueriez juste d'y perdre des os! On aura rarement femme plus rigide qu'elle. Tristesse! Si elle faisait montre de plus d'ouverture d'esprit, elle aurait tout pour elle.

    Quoiqu'en disent les badauds, elle ne favorise personne: pour peu qu'on la respecte, elle restera juste. Au demeurant, elle n'a encore jamais abusé de son pouvoir de cette façon là. Dans d'autres, peut être, mais c'est bien entendu une autre question.

    Elle a la haine ancrée au fond des viscères. Et comme elle s'enflamme vite, il lui arrive parfois de commettre l'irréparable; à condition que l'objet de son courroux transgresse les règles qu'elle a fixées; dans ce cas, il n'en réchappera pas. Si intransigeante qu'on la dit Incorruptible, elle a plus d'affinités avec l'échafaud qu'avec le pardon.

    Bien qu'elle ait les deux pieds solidement ancrés à la terre qui l'a vue naître, il lui arrive parfois de se laisser aller à la rêverie, comme elle le faisait autrefois, en guise de vestige de son passé, qu'elle ne regrette cependant nullement. Ces ruines qu'elle porte en elle en font une femme d'expérience, mais qui sait aussi marcher à l'affectif pour se guider et suivre son chemin. Néanmoins, n'appréciant guère d'être dans une situation où elle pourrait être sensible à l'amour ou à la pitié, elle fait ce qu'elle peut pour s'éloigner du sentimental. Elle se permettra de regarder la fantaisie en face quand elle aura accompli ce qu'elle se doit de réussir. Pas avant.

    L'art fut pendant longtemps sa seule raison de vivre; les contemplations qui lui prennent parfois sont les seuls écarts qu'elle tolère. La grâce de la danseuse, la plume de l'écrivain, l'esprit du philosophe, sont des friandises pour elle; la Dame se permet de choisir ce qu'elle juge bon, considérant son talent comme seul juge: n'allons pas médire sur son compte, mais il n'est pas impossible qu'elle se surestime.

    Cependant, et qui l'eut cru, à sa naissance, on la dota d'humour. Pour autant, elle reste plus corrosive qu'autre chose, et il n'est pas rare qu'elle se serve de ce petit don à des fins malintentionnées. La moquerie, par exemple.

    En réalité, c'est là que réside sa véritable faille. L'art et l'amusement peuvent parfois faire chuter son masque et la faire redevenir volage, frivole, mais terriblement efficace. Plus encore que quand elle se cache. Elle fait plus étalage de sa personne qu'à l'accoutumée, nous dirons. Dès lors qu'elle se pense Reine, elle devient invivable, insupportable, irresponsable; ses caprices font donc leur grand retour.

    Dissimulant cette réalité, elle travaille d'autant plus à se montrer sévère jusqu'à la cruauté, et pousse la nature à l'extrême. C'est un travail qui se révèle laborieux pour elle; une merveille en constante construction dont le chantier ne finira jamais. Et, plus encore que l'amour de soi, c'est sa haine d'elle même qui la fait avancer. Elle réprouve ses propres erreurs et tend à se battre avec acharnement contre ses propres pensées, quitte à rouvrir la fêlure avec plus de force encore.

    Et quand tout éclate, des cendres renaît Élise. Les ruelles étroitent voient revenir la grande Princesse de Carthage faisant payer le tribut d'une vie de parasite. Que celui qui va de femme en femme sache qu'il sera tôt ou tard passé entre ses griffes. Bien qu'on en sache peu, on retient son audace qui fume jusqu'aux cieux. Gare cependant à ne pas brûler ses ailes.

    Demoiselle de l'ombre, elle a l'expérience du mal et la façade du bien. Le contrôle change de camp et le rapport s'inverse. La Monarque s'en moque; elle se gausse de vos rêves. Les illusions que vous vous faites à son propos ne la dérangent guère; au contraire, elle en profite.

    Amatrice de luxe et d'importance, l'illustre Cléopâtre en devient avide de sang. Sournoisement, elle se terre dans les bras des naïfs et attend sagement son heure, prête à frapper un grand coup. L'éclat qu'elle souhaite se donner de cette façon est dans son esprit sans égal, de part sa symbolique. Elle ne réussit pas, mais elle gagne. Tout dans l'intérêt.

    C'est pourquoi Élise et Elissa sont si différentes. Les deux faces d'une même pièce qui, quand on la jette en l'air, se bat avec elle même pour choisir la face qu'elle montrera. Cet incessant combat intérieur finit toujours par la victoire de l'une, qui, fatiguée de cette joute, s'endormira... Laissant la place à l'autre! Dans ce jeu de dupes, on ne sait jamais sur qui on tombe; et on préfère rester dans l'ignorance.

    Le passé a érigé Elissa sur un piédestal. Aussi, elle ne perd plus que très rarement le contrôle face à sa rivale. Son for intérieur se tait et le silence se fait. Alors, elle est tranquille, et peut se laisser aller aux ambitions évoquées plus haut.

    Elle répugnera à user des méthodes de celle qu'elle déteste tellement. On peut, sans le savoir, l'insulter: mais pour se sentir forte, elle ne dira rien de plus qui pourrait envenimer la situation. C'est contraire à ses principes, mais elle se protège de cette façon.

    Notez également qu'elle n'est pas de ceux qui renient les gens du peuples. Elle est parfois sidérée par le comportement des parvenus qui méprisent ce qu'ils furent; la Dame aurait même tendance à se montrer plus intransigeante avec le bourgeois que le pauvre homme. Elle sait qu'il a plus de mal à être ce qu'il est. D'expérience, évidemment.

    Martiale, elle modère sa cour comme on élève les chiens: à la dure. Que celui qui pense se jouer d'une idiote retourne chez lui; aucun consul n'aura raison d'elle. Jamais. Pour ne plus jamais être l'immense idiote qu'elle a été.

    Ce passé qu'elle répudie, elle n'arrive pas à l'éliminer. Parce qu'au fond d'elle, elle le chérit comme un trésor. Pas parce qu'elle l'a aimé, non! Simplement, elle ne peut s'empêcher de penser que sans lui, elle serait peut être devenue grasse, imbécile, ou pire, un parasite vivant au crochet des gens qu'elle aime. Plutôt mourir que de se voir en telle disgrâce! Elle se tuerait de ses mains plutôt que de se laisser aller à de telles choses!

    Tout au contraire de la Princesse de Carthage.

    Elle aime aussi faire les choses elle même, certes; la différence apparaît quand il s'agit de l'emploi d'autrui, qu'elle ne se gêne pas à soumettre sans vergogne à son joug tyrannique. Plus cruelle que l'Impératrice de Chine, plus impétueuse que la grande Catherine, elle est capable du pire... mais pas pour le meilleur. Vous n'êtes pas face à une femme de charité, sachez le.

    La danse est folle, folle, folle; tourne, tourne, tourne la Demoiselle. Elle change de visage, et sourit. Cependant, gare aux sautes d'humeurs. Il se pourrait que vous n'appréciez guère qu'elle s'embrase.

    Triste n'est-ce pas? Je vous comprends. Ayez tout de même confiance. Elissa finit toujours par se relever, plus belle et forte qu'elle ne le fut jamais. Pour autant, elle est indissociable d'Élise; plus la lumière brille et plus l'ombre s'étend. Inexorablement, elle creuse sa propre tombe, cause sa propre perte, tout en sauvant ce qu'il reste de sa personne.

    Finalement, n'est-ce pas la pire des obsessions, puisqu'elle n'a pas de sens? Le serpent se mord la queue; mais la queue étouffe le serpent. L'une entraînera l'autre dans sa chute, et le monde perdra les deux.

    Bien qu'il m'en coûte de le dire, c'est bien la vérité; le jeu est si cruel parfois.



    Les Questions
    Q u e s t i o n s :

      1) Votre personnage est-il capable d’aimer, d’avoir une relation ?

      Certainement!

      2) Si l’esprit de votre personnage s’incarnait en un animal mythologique ou chimérique ou réel (nuances acceptées). Que serait-il ?

      Une louve. Mais vous le savez déjà.

      3) Qu’en est-il de la fidélité et de l’esprit de camaraderie de votre personnage ?

      Fidèle. Camaraderie on repassera...

      4) En vue de votre race, quand pouvez-vous dire que votre personnage a forgé une amitié. Citez quelques unes de vos relations amicales.

      Jeanne devrait suffire, non?

      5) Quelle est la devise de votre personnage ? S'il y en a plusieurs, donnez les toutes.

      Elle aime beaucoupe la fameuse « Qu'ils me haïssent pourvu qu'ils m'approuvent ».

      6) Vis à vis de votre façon d'écrire, quels sont vos points fort et points faibles?

      C'est pas à moi d'en juger.

      7) Pourquoi incarner ce personnage ?

      Parce que je l'aime quoi.


Dernière édition par Élise Ravaillac le Jeu 22 Déc 2011 - 18:33, édité 5 fois
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Jeu 22 Déc 2011 - 13:02
G r a d e . v i s é :
    Maréchal.

F r e s q u e :

De part le vent


Il est bien beau de se voir rire parfois. Pourtant, quand on a rien à dire, on en perd le sourire, et on préfère périr.

Les maisons mornes font de mornes enfants. Les asiles politiques font-ils des opposants, les orphelins des religieux? Il serait prétentieux de croire qu'il est possible de faire d'une petite fille une gamine comme les autres quand on se permet de lui dire qu'elle n'est plus rien. Croyiez vous accoucher d'une idiote?

De père elle n'avait pas, il avait disparu, envolé dans les limbes et les vapeurs d'alcool. Certains le disaient fou, d'autres curieusement mou, mais toujours est-il qu'on eut guère le temps de vérifier de telles suppositions, puisqu'il mourut sans grands remous aux portes de la paternité. Il laissa sa femme seule, qui, bien qu'éplorée, finit par s'en remettre et éleva sa fille avec tout ce qu'elle avait; et c'était suffisant, tant pour elle que pour l'autre.

L'autre, celle qu'on ne nommait pas de peur se tromper; ou bien parce qu'on n'en savait rien, tout simplement. On ne vit de toute manière rarement quelqu'un prendre la peine de la regarder plus qu'une autre; elle ne mourrait pas de faim, cette garce! Puisqu'on la croyait riche, on allait pas la plaindre, pensez-donc!

Personne ne sut d'ailleurs d'où sortait cet argent, bien que les soupçons se portèrent le plus souvent vers une quelconque affaire d'escroquerie et d'assassinat du défunt père de famille: une accusation ridicule plus encore qu'infondée qui, non contente de ne reposer sur aucune preuve valable, se répendait comme la peste lors des parties de jeu, propices à toutes sortes de stupidités que la jeune mère jugea bonnes à ignorer, ce qui, bien que moralement tout à fait normal, s'avéra une manoeuvre malavisée qui entraîna le duo dans les profondeurs de ce qu'on nomme misère; avec une cruauté gratuite relevant d'une certaine forme de complexe d'infériorité du dernier stade.

Jamais on n'aurait cru qu'une telle chose soit possible; mais ce qui devait arriver arriva, et on retira l'enfant du carcan maternel avec l'appui de la loi et du clergé qui, alertés par les bruits de la rue, avaient préféré arracher un bambin à sa famille plutôt que de le laisser entre les mains d'une prétendue meurtrière.

On sut immédiatement qu'il n'y avait rien de vrai; on attendait seulement de pouvoir saisir la confortable fortune qui leur appartenait, en espérant qu'un jour une âme crédule vienne dénoncer l'hypothétique crime qui avait désormais fait la célébrité des lieux. Dès qu'on arrivait ici, on nous conditionnait, on évoquait de fausses preuves. Cette affaire était devenue celle de toute une ville survolées de rapaces espérant récolter ici et là quelques miettes de cet énorme pain.

On se mit d'accord pour mettre la gamine dans un établissement excentré, un pensionnat pour jeunes filles, en lui disant qu'on viendrait la chercher le prochain samedi soir.

Elle ne s'y plut jamais.

La semaine passa comme une agonie; interminable, affreuse, si délibérément longue qu'elle paraissait porter la marque d'une sorcière. Chaque heure passait douloureusement, comme si du sablier tombaient des aiguilles à la pointe acérée. Le Monde, semblait-il, ne tournait plus rond, la Terre restait sur place, et la petite se dit que là-haut, quelque part, quelqu'un lui en voulait.

Et quand le crépuscule arriva Vendredi, elle se coucha des rêves plein la tête. Elle se leva au petit jour , tout sourire, et se prépara, se pomponna, prit une petite robe lumineuse, un collier de diamants, et des ballerines de princesse. La petite dame d'à peine cinq ans, la journée durant, attendit devant le portail de l'école, toute seule. Il faisait froid, le ciel grondait, mais elle tint jusqu'au bout, accrochée à sa bonne étoile.

Elle ne se décida à partir que le lendemain venu, sous une pluie battante qui cachait ses larmes d'enfant.

Et ça se répéta des semaines et des semaines durant. Toujours le même calvaire, toujours cette amère déception qui lui cassait le cou et lui brisait la nuque. Elle n'eut jamais rien de plus que le droit de revenir sur ses pas et de se morfondre, seule, dans la petite chambre exiguë qui lui servait de tanière.

Elle attendit tant de temps qu'elle en oublia même le visage de l'être tant aimé qu'elle voulait voir. Elle l'idéalisait, l'imaginait, le distordait, en faisait une icône tombée du ciel.

Et, un jour, las de l'ennui et du désarroi, elle quitta les lieux comme un animal sort de sa cage. Personne n'alla la rattraper, on la regardait partir en attendant qu'il lui arrive quelque chose sur le chemin, qu'elle se fasse marcher dessus. De toute façon, elle n'avait rien à faire ici. Une fois orpheline et dépouillée, elle était devenue gueuse. Il lui restait juste cette vieille chanson qu'elle entendait chantait dans un passé qui lui semblait déjà si loin.



La jeune enfant alla se réfugier en ville. Il y avait du monde, une foule immense se déplaçait en vociférant. C'était un jour d'exécution. Peu effarouchée, elle se laissa prendre au jeu, et observa la tête de la pendue du jour, méconnaissable. Elle hurla avec tout le monde pour ce jour de fête. Elle se cognait contre les gens, se retrouvait à en câliner certains avant de disparaître vers d'autre. Cette promiscuité presque malsaine ne la dérangea en rien, et elle tourna sur elle même en chantonnant un air que tout le monde connaissait, emportée par la foule. Elle la connaissait, cette tête, elle l'avait déjà vue quelque part. Une mauvaise personne, certainement. Oui, ça devait être ça.

la perdition


C'est dans les rues qu'elle vécut, des jours, des mois, des années. Sans rien à manger, elle partait à la chasse aux généreux, mendiait sur la place publique, attendait qu'on lui adresse un regard pour se mettre à pleurer. De toute façon, ça n'était pas bien difficile, puisqu'elle voulait toujours pleurer.

Pourtant, plus elle vieillissait, et moins sa fabuleuse technique lui rapportait; dormir dehors de surcroît n'était jamais sûr. Toutes les nuits, elle traînait des pieds, effrayée par la moindre ombre s'étendant sur le sol, terrifiée par le bruit des sabots claquant sur la pierre rude.

Elle n'en était même plus triste. La rue dévorait lentement sa résistance, elle en devenait affable, indifférente. Vous auriez pu l'insulter, la frapper, elle n'aurait pas réagi. Elle aurait seulement gardé la peur primale qui la liait encore au monde du vivant; l'animal même était plus humain qu'elle. Errante, elle n'était plus qu'un immense faux-semblant: même ses sentiments avaient besoin d'une récompense pour s'exprimer. Elle pouvait hurler pour une petite pièce, imiter la mort d'un clochard pour avoir de quoi manger, et vomir ses tripes en pleurant à torrents pour qu'on daigne s'en occuper. Autrefois, le soir, elle prenait sa tête entre ses mains, s'arrachait les cheveux des tempes en crachant sa douleur, et se laissait choir dans une mer de sanglots. Mais désormais, elle aurait préféré se coucher pour ne jamais se réveiller si elle n'était plus mue par l'intérêt.

On a souvent de la pitié pour un enfant. Mais quand celui-ci grandit, garde-t-on la pitié qu'on lui réservait alors. Croyez moi, le plus souvent, la réponse est non. Mozart était reconnu parce qu'il était précoce. Une fois qu'il eut vieilli, et malgré son génie, il mourut dans l'oublie. Gardez-vous bien d'avoir de la peine ou de l'admiration si c'ets un effet de mode; vous entraînez la personne dans les tréfonds. Suivez-la donc jusqu'à la fin.

L'adage fut prouvé plus que de raison par le cas d'Élise. Les yeux des gens se détournèrent bien vite de son visage de porcelaine et la poupée resta seule; désespérément. Il fallait qu'elle se torde sans cesse de plus en plus pour subvenir à ses besoins et survivre à la faim dans l'indifférence générale. On s'amusait de la voir se contorsionner quelques minutes, et puis on s'en lassait et on la laissait là, livrée à elle même, une petite pièce sous le bout du nez.

Elle se sentait comme une erreur, un automate sans raison d'être qui collectait les mots qu'il entendant pour les revendre au plus offrant. Elle savait au moins mendier dans la langue du peuple.

Et un jour arriva où tout cela ne lui suffit plus. Sans force pour voler, sans talent pour la mendicité, elle s'avachit dans la douleur, écrasée sur les pavés.

Jusqu'au jour pù elle eut une idée.

Un fin sourire se dessina alors sur ses lèvres et elle se leva de toute sa hauteur. Toute misérable qu'elle était, elle se trouva splendide. Elle prit une vulgaire boîte comme piédestal de fortune et s'installa sur la place publique. La jeunette tapa dans ses mains en rythme. Et alors, elle chanta.



« - Voyaaaaage au bout de la nuit.
Voyaaaaage au bout de la nuit.
Voyaaaaage au bout de la nuit.

Plumes sauvages.
Le mirage.
Kerozene.
Au gris gris.
Rattlesnake.
Cadillac.
Race humaine.
Espace vie.

Voyage au bout de la nuit.

We could go au bout du monde.
»

Elle contait son histoire avec des bribes, des mots qui d'une voix blessée paraissaient lointains; parfois ils n'avaient rien à voir, mais lors de ses pérégrinations, elle les avait entendus de la bouche d'originaux, de gens normaux, de bourgeois, de pauvres gens, de génies et de sots. Ouvertement perdue, elle rêvait au voyage. Le sien ne lui plaisait plus, elle en avait assez; qu'importe qu'ils ne comprennent pas, pourvu qu'ils s'arrêtent.

Ce remue-ménage de mots savants, ce babillage de termes idiots fit venir le peuple au chevet de la petite fille atteinte de la maladie qui à leurs yeux semblait être la plus contagieuse qui soit: la pauvreté. On la couvrit de pièces et de compliments, on pleura parfois, exagérément, démesurément, pour soulager sa conscience à la vue de la pré-adolescente qu'on connaissait si bien mais qu'on ne voulait voir que pour en rire; et le monde se fit plus faux encore qu'il ne l'était déjà.

se consume.

Dès lors, elle se produisit régulièrement, toujours plus originale; elle avait incorporé la danse à son numéro pour en faire un véritable spectacle ambulant. Elle se prit très vite de passion pour cet art qu'elle pensait avoir développé, s'étant enamourée de sa vie d'artiste.

Pauvre elle avait vécu, pauvre elle était restée, et ce malgré ses activités; pour autant, elle prit ce petit interlude comme une parenthèse heureuse de courte vie, et surtout bien décidée à la faire fructifier. Elle parcourut des jours durant la ville à la recherche d'un mécène qui ferait d'elle une célébrité.

Elle finit en effet par en trouver un, qui lui proposa un emploi dans une ville portuaire à quelques heures de là; elle accepta sur le champ et l'accompagna là-bas avec entrain, toute sémillante d'enthousiasme et de fierté: elle allait quitter la rue pour faire ce qu'elle aimait!

Le voyage fut long et éprouvant pour elle qui n'avait pas l'habitude de se laisser aller assise sur un siège: elle se demanda même si elle avait eu droit à un tel traitement depuis l'internat pour jeune fille où elle avait été emmenée de force, mais le souvenir lui paraissait déjà si lointain qu'elle ne se posa pas beaucoup de questions, préférant profiter de sa toute nouvelle condition de citadine; l'adolescente se croyait déjà dame!

Et, à mesure que sa cité natale disparaissait de sa vision, elle imaginait celle qu'elle allait rejoindre. Elle la voyait pavée d'or et brillante comme un diamant, un Eldorado tropical aux senteurs océanes.

Ils arrivèrent la nuit dans la chaleur de l'été.

Tout était humide, suintant, collant. C'était beau, oui; mais le climat se révéla si désagréable qu'il en gâchait le pittoresque de la pierre brûlante.

On emmena Élise dans un vieux quartier, pimpant et débordant de l'esprit nanti qu'ont les bourgeois de ce monde. On la fit entrer dans une grande demeure relativement luxueuse, on ferma la porte à double tour, ef on lui hurla qu'elle ne sortirait plus d'ici. Elle était piégée. On voulait se servir d'elle comme d'une servante, une domestique! Non, pas ça, jamais!

Elle s'écroula et se roula par terre, les yeux humides, rougis, bouffis par les larmes qui montaient. On tenta de l'attraper mais elle se débattit, cria, hurla, se brisa la voix à en réveiller les morts. Qu'on la tue plutôt que de la faire tomber dans une telle disgrâce! Soit, elle préférait la rue, au moins elle y était libre!

Mais elle ne put s'échapper.

Elle demeura en ces lieux pendant des semaines. Elle était 'nourrie' et logée, mais le travail était dur, et on lui avait interdit de pratiquer son art; il est plus facile de gouverner des ignares.

Véritable Cendrillon écrasée sous les tâches, elle passa tout son temps accrochée à une balais, sa seule chance de survie; si elle ne travaillait pas, on la battait jusqu'au sang.

Cette sensation d'être abusée lui brisa le coeur et lui arracha les veines dans un grand fracas de sang; elle s'en voulait à en mourir, et bouillonnait de rage et de fureur à l'idée d'avoir été trompée de la sorte, elle qui se croyait enfin devenue heureuse! On l'avait réduite à l'esclavage avec son propre accord, et ça, jamais elle ne l'accepta; plutôt crever que de passer sa vie nettoyer les salissures d'autrui.

On dit que, de dépit, elle s'arracha les ongles pour qu'on ne puisse se servir d'elle; des rumeurs disaient même qu'elle avait passé sa rage sur une bonne qui travaillait dans la même maison qu'elle, qu'on retrouva avec un oeil crevé et la gorge taillée.

Ce fut la première fois qu'Elissa apparut. Révoltée par l'opportunisme de la jeune fille, ce monceau de conscience se réveilla et l'empêcha de continuer à commettre l'irréparable; elle prit progressivement le pouvoir dans son corps et retint du mieux qu'elle put les poussées malsaines venues du fond d'elle même.

La splendeur de la maisonnée la dégoûtait; elle la comparait souvent souvent à la boue des porcheries. Ses maîtres, en effet, tenaient plus des porcins que de la race humaine, se livrant à une débauche luxurieuse toute la sainte journée.

Alors, un beau jour, excédée par de telles pratiques et dégoûtée par l'existence même de telles personnages, elle s'introduisit dans leur chambre en silence, armée de la seule chose qu'elle possédait encore, et, droite, elle fit cesser toutes les bavasseries et actes difficilement descriptibles qui s'y déroulaient. L'assistance stupéfaite resta abasourdie devant une telle audace et, ultime provocation, elle se mit à chanter.



« - You could have it all
You could pawn it off
You could learn to crawl
Where you used to walk
And I... I'm only burning vanities.
You could tell a tale
You could sell it off
You could find a grail
Made of cinder block
And I... I'm only burning vanities.
»

Elle jeta son balai à terre, fit brûler l'allumette qu'elle avait dérobée au matin de la chambre de monsieur, et la laissa choir sur le manche, tandis qu'elle aspergeait l'objet d'alcool. L'assemblée, terrifiée, ne disait mot, et tentait de fuir en ouvrant les fenêtres.

Peine perdue, elle avait tout prévu, tout pressenti. Elle sortit, ferma la porte à double tour avec le passe-partout que tous les domestiques possédaient, et quitta la demeure bourgeoise, contemplant son oeuvre, le bûcher expiatoire qu'elle avait elle même levé. Savonarole n'avait qu'à bien se tenir.

Mais moi j'ai le coeur


On crut à un accident. La maison était si calcinée qu'on ne retrouva les corps que dans un état absolument atroce, trop détériorés pour être identifiés. L'arme du crime, elle, avait disparu dans la nature. La bonne société fut très choquée par cet évènement, probablement déçue de l'arrêt brutal des fêtes libertines dont certains profitaient plus que régulièrement. Certains ont eu de la chance en ne venant pas ce soir là, d'autres, fermement opposés à cet état d'esprit, ont invoqué la punition divine en guise d'explication à ce qui s'était passé. Mais de tous, aucun n'évoqua la thèse de l'assassinat, au grand bonheur d'Elissa, qui s'en trouva d'autant plus protégée qu'elle avait réussi à avoir une image de domestique exemplaire au cours des quelques mois qu'elle avait passé dans le palace.

Et elle repartit dans la rue, refusant qu'on la fasse de nouveau travailler comme domestique, métier qui représentait pour elle les affres de l'asservissement et de la déchéance quelle souhaitait tant éviter; elle se voulait indépendante et, par dessus tout, digne de l'image qu'elle se faisait d'une personne respectable.

Elle reprit ses représentations ambulantes, tandis que la passion faisait revenir Élise inexorablement. Jour après jour, elle s'insinuait comme un poison dans l'esprit de celle qui était devenue une dame au yeux de tous. Le fragile édifice de sa fierté était mangé, grignoté, raclé, avec la voracité que même le pire des rapaces ne penserait qu'à renier.

Le moindre de ses pas devenait incertain, et elle allait avec prudence, de peur que la branlante pyramide ne s'écroule. Elle la préférait temple que mausolée.

Sa volonté pourtant prit de nombreux coups, et elle eut une multitude de raisons de laisser tomber le combat; on commença à nouveau à l'ignorer. Il arriva même, quelquefois, qu'elle ne puisse manger pendant quelques jours, tant le succès la fuyait, et elle se rendit à l'évidence: malgré ses contorsions, elle ne fascinait plus personne.

L'odeur de la solitude l'envahit de nouveau, et de la brume surgit celle qu'elle ne pensait pas revoir si tôt, son pire ennemi, son pire cauchemar; elle même. Héroïque, elle proclama intérieurement qu'elle ne la laisserait pas passer, que sa justice triompherait, elle qu'elle tuerait de nouveau le fond de ses entrailles si elle en avait l'occasion; peu lui importait qu'elle renaisse, elle l'aurait détruite de nouveau!

Cette pensée malheureusement ne resta qu'un doux rêve, et, quand sa détermination éclata, elle s'effaça, nouvelle victime à compter dans la longue lignée des consciences disparues. Mais elle l'avait promis, elle reviendrait, plus forte que jamais, pour reprendre son irrésistible ascencion dans la hiérarchie de sa propre personne.

Il faut pourtant admettre qu'Élise fut bien plus habile qu'Elissa dans l'art de survivre et qu'elle sut immédiatement qu'elle ne gagnerait rien à jouer au troubadour pour les beaux yeux du néant. Elle fit fi de la passion et s'aventura en terre inconnue; elle poussa les portes de la bien pensance et prit le chemin de la mauvaise vie.

Elle n'appréciait guère de devoir mettre à ce point la main dans les ordures, d'après ses propres dires, mais elle n'hésita pas: question de survie.

Aussi, quand elle poussa les portes de la maison close, elle n'eut aucun regret: elle préférait vivre comme ça que crever comme une chienne dans la rue; il faut savoir faire un choix, et celui-ci finit par lui paraître le plus normal du monde.

Elle se savait chanceuse, elle au moins ne risquait pas de mourir de faim. Et puis sa patronne était bien sympathique, ça lui changeait un peu. Qu'on la traite de traînée, elle n'en avait que faire! De toute façon, personne ne connaissait la femme derrière l'éventail.

Il lui arrivait, parfois, de chantonner encore. Dans la rue, le plus souvent, mais aussi là où elle habitait désormais, toute seule dans sa petite chambre rose et rouge ou dans les rues de la ville, pavées de bonnes intentions.



« - Si j'avais le coeur dur comme de la pierre
J'embrasserais tous les garçons de la terre.
Mais moi j'ai le coeur comme du chewing-gum
Tu me goûtes et je te colle.

Une moustache, de la classe et du panache
Une peau de vache, taillé à la hache
Un petit cul, un gros, un chevelu
Un mal rasé, un maudit, un paumé.

Irrésistiblement amoureuse c'est emmerdant.

Si j'avais le coeur dur comme de la pierre
J'embrasserais tous les garçons de la terre.
Mais moi j'ai le coeur comme du chewing-gum
Tu me goûtes et je te colle.

Un androgyne, un amant, un James Dean
Une belle bagnole, des poils sur les guiboles
Une arlésienne, des tonnes de "je t'aime"
Un beau salaud, le roi du rodéo.

Irrésistiblement amoureuse c'est emmerdant

Si j'avais le coeur dur comme de la pierre
J'embrasserais tous les garçons de la terre.
Mais moi j'ai le coeur comme du chewing-gum
Tu me goûtes et je te colle.

Rouler des pelles à tire-larigot
Mon cœur d'artichaut me laisserait sur le carreau.
Les garçons sont trop beaux,
Les garçons sont trop beaux,
Les garçons sont trop beaux,
Les garçons sont trop beaux,
Les garçons sont trop beaux,
Les garçons sont trop beaux,
Les garçons sont trop beaux!

Irrésistiblement amoureuse c'est emmerdant
Irrésistiblement emmerdeuse c'est amusant.
»

C'était sa chanson, son ode, cette chose qui était elle: il lui suffisait de chanter, et tous ses ennuis s'envolaient, ses soucis s'embrasaient, et elle dansait autour d'un magnifique feu de joie intérieur où elle brûlait allègrement hommes, femmes et enfants.

C'était son bonheur à elle, son moment de bonheur et son instant de grâce: quand Mimi était morte, tuée par un client, elle lui avait chanté ça pour qu'elle s'endorme. Et puis, elle avait continué, continué, continué, si bien que sa petite voix arriva aux oreilles du monsieur, qui à ce qu'on dit de peur mourut sans peine. Alors, en lui marchant dessus, elle avait terminé, finalisé: personne ne lui prendrait ce gentil morceau là.

vénus lumière

Des années durant, elle ne quitta pas les lieux, s'y plaisant parfois, bien que le travail qu'elle dut y mener eut le plus souvent des aspects guères ragoûtants pour ne pas en dire plus. Obsédée par l'apparence, elle avait ritualisé tous les aspects de sa vie, et faisait des rencontres un divin présent sous le regard des étoiles. Alors, éperdue, elle voulait tout savoir, s'accrochait aux gens comme une pierre à sa montagne; avec le risque de chuter au moindre mouvement de terre.

Elle se faisait des amies, oui; ou plutôt des relations utiles. Voyez vous, il est parfois plus prudent de ne pas trop mettre de liant avec des gens avec qui on travaille, on ne sait jamais ce qui pourrait arriver. Accident malencontreux? Oh, ce n'est qu'une possibilité.

Cependant, elle prenait bien soin de se mettre les plus gentilles dans la poche; elle n'arrivait pas à les détester, et son intransigeance faiblissait devant ces pauvres filles souriantes qu'elle avait fini par apprécier malgré sa légendaire intransigeance. Ensemble, elles avaient un jour protégé la maison des flammes, et, depuis, on les considérait comme les protectrices des filles de joie du port; à tort probablement dans le cas de l'héroïne du récit (quoique ce terme lui convient mal).

Sa plus grande amie, c'était Jeanne. C'était son antithèse totale: gentille, souriante, ouverte, il était impossible de leur trouver un point commun. Sauf un. L'art. Elles étaient parmi les seules à savoir lire, et, quand des hommes d'humeur généreuses en faisaient don à la communauté, elles se les partageaient pour en profiter l'une après l'autre.

En revanche, elles avaient beaucoup de difficultés à s'entendre sur leurs goûts musicaux, et par là même sur ce qui accompagne souvent la musique; les arts du spectacle. L'une préférait le cirque, l'autre le cabaret, et chacune pratiquait la discipline élue de son coeur.

Alors, elles avaient décidé de faire passer une sorte de motion auprès de la tenancière, pour avori le droit à quelques représentations quand la soirée le permettait. Et à vrai dire, elle n'était pas contre: le quotidien de ses filles serait plus acceptable, et elle même attirerait une partie de la ville chez elle. Des bénéfices pour tout le monde.

Pour être vraiment précis, les seules à être contre ne savaient même pas pourquoi, mais elles bloquaient quand même, pour avoir le plaisir que rien ne change. Et peut être, qui sait, pour rabattre le caquet d'Élise, considérée par beaucoup d'entre elles comme trop entreprenante, un léger peu violente, et dangereuse pour ce qu'elles appelaient « l'équilibre fragile de la maison installée avec tant de compromis ». Bien entendu, n'allez pas croire que c'était une excuse valable. En réalité, elles ne l'aimaient pas. C'est tout.

Et Jeanne dans tout ça? Elles n'y pensaient pas. De toute façon, personne ne savait ce qu'elles pensait vraiment, et elles se gardaient bien de révéler quoi que ce soit à ce sujet. Le non-dit froissa nombre de personnes, mais s'établit durablement dans la petite société que formait le bordel.

Le pire dans tout cela, c'est qu'elles étaient une petite minorité de quelques deux ou trois personnes. Peu, certes; mais tellement virulentes qu'on crut avoir affaire à des dizaines de harpies enragées. Leur courroux sans origine ni but se trouvait être si bruyant que, parfois, on se demandait si elles n'avaient pas le diable au corps; on n'avait tout de même pas le choix, il fallait les écouter.

Et puis, un soir, comme ça, on décida qu'elles n'avaient pas leur mot à dire, et on laissa aux deux compères le droit de se produire devant le public qu'elles voudraient. On n'allait pas s'en priver pour les beaux yeux d'un trio de pimbêches, après tout!

Alors, elles improvisèrent. Un des visiteurs présents prêta sa main et sa guitare, instrument espagnol d'après les rumeurs de la salle; Jeanne entreprit d'accrocher une corde de funambule entre les deux balcons du deuxième étage, et Élise se chauffa la voix. Une fois que tout fut en place, on commença.



« - A goddess on a mountain top
Was burning like a silver flame,
The summit of beauty and love,
And Venus was her name.

She's got it,
Yeah, baby, she's got it.
Well, I'm your Venus,
I'm your fire at your desire.

Well, I'm your Venus,
I'm your fire at your desire.
Her weapon were her crystal eyes
Making ev'ry man mad;
Black as a dark night she was,
Got what no one else had.
Wow!

She's got it,
Yeah, baby, she's got it.
Well, I'm your Venus,
I'm your fire at your desire.
Well, I'm your Venus,
I'm your fire at your desire.

She's got it,
Yeah, baby, she's got it.
Well, I'm your Venus,
I'm your fire at your desire.
Well, I'm your Venus,
I'm your fire at your desire.
»

Mélancolique autant qu'inspiré, le récital souleva la salle dans un même élan d'admiration tandis que le trio illuminait la salle de sa propre flamme; quelque chose qu'on ne voit pas, qu'on ne comprend pas, mais qu'on se risque à ressentir pour se savoir vivant, une fois encore, une fois de plus. On avait peur quand la funambule faisait mine de tomber, on écoutait la guitare avec attention, on buvait du regard le déhanchement de la danseuse, et à ses heures on souriait, le ravissement glissant au bout des lèvres.

pour un silence

Malheureusement, si c'était tous les jours comme ça, toutes les dames rêveraient de vendre le corps pour se payer à manger. Ce qui évidemment n'est absolument pas le cas, il faudrait peut-être le souligner. La vie là-bas n'était pas facile. Il arrivait souvent de tomber sur des gens violents, mauvais, cruels, voire complètement tordus, qui ne venaient que pour faire souffrir les filles et sortir sans payer. Il n'était pas si rare que cela que les prostituées de la maison soient victimes de violences graves, de meurtres, et même de vols constants.

Elle en avait vu une, Marie, sur qui le sort s'était acharné. On l'avait dépouillée, étranglée, déchirée, laissée pour morte dans sa chambre. Elle n'était plus la même, on l'avait jetée après s'être servie d'elle. Elle avait essayé de mourir d'elle même, mais tout ce qu'elle avait réussi à faire, c'est à s'enfoncer dans la douleur sans parvenir à s'achever. Alors, Elissa, réveillée par le carnage, avait violemment surgi, chassé sa rivale du contrôle, et avait achevé en douceur celle qui la suppliait de l'aider à disparaître.

On raconte parfois que la pauvre petite lui aurait murmuré à l'oreille le nom de son bourreau et que la dame l'aurait traqué à travers toute la ville. Il est vrai qu'on ne le vit plus guère qu'en morceaux dans un cercueil, mais personne ne sut vraiment avec certitude comment il était mort. Si on avait eu une preuve, oh oui, on aurait dénoncé la souillon qui se croyait artiste! Mais on se taisait. La lâcheté fait le malheur de tous, mais ce jour-là, elle ménagea le bien.

On lui prêtait le vice d'écouter toutes les conversations qu'elle pouvait ouïr de sa place, si bien qu'on finit par la soupçonner d'être une espionne au service qu'une quelconque entité étrangère qui voudrait du mal à la communauté; c'était bien entendu totalement faux.

Elle voyait la clientèle changer, le monde tourner vite, plus vite, encore plus vite. Heureusement, elles étaient deux dans le même bateau. Bien que Jeanne fut l'amie d'Élise, elle était si gentille que son coeur en fut attendri et qu'elle ne laissa pas paraître le changement de conscience; elle resterait celle qu'elle avait toujours connue, la grande gamine espiègle et effrontée qu'elle aimait tant voir sourire. Ça n'était pas elle, ça; mais elle ferait un effort, pour une fois.

Il arrivait qu'elle désespère de se faire des amis, des connaissances, un amour peut-être; qui voudrait d'elle, une catin, une minable, une désespérée? Non, on la laisserait seule avec ses regrets, abandonnée dans un coin, tout juste utilisable pour une soirée d'évasion loin de la famille. Bah! De toute manière, elle s'était elle même conditionnée à ce sujet; elle n'aurait jamais personne dans sa vie. Elle qui n'avait qu'une seule personne capable de la supporter ne pensait même pas se faire apprécier du monde extérieur. Pensez-donc, une prostituée avec une consciente plus forte que l'autre, on la prendrait pour une folle! Voilà bien quelque chose qui la blessait, de se penser monstre; elle ne se voyait sous aucun autre jour que cleui d'une chose usée dont le peuple entier abusait à ses souhaits, pour peu qu'il eut envie d'une chanson ou d'une compagne d'un soir.

Mais elle qui se pensait enfermée finit un jour par s'ouvrir sous l'impulsion de quelqu'un; un homme de lettres habitué de la maison qui avait finit par la remarquer, elle qui lisait sans cesse quand elle n'avait personne. Il était venu lui parler, comme ça, sans aucune arrière-pensée, presque innocemment: il voulait la connaître, au moins juste un peu. Ils parlèrent longuement de choses et d'autres, d'amour et de haine, de livres et de peinture, d'art et de manière. Leur imagination dans ces sujets n'avait aucune limite dans la passion les animait; alors, inévitablement, ils finirent par faire plus que s'apprécier.

Lui qui connaissait ses talents, il n'espérait qu'une chose: qu'elle en fasse montre devant lui. Elle se mit alors en quatre pour lui concoter un petit spectacle digne de ce nom, engagea les filles comme danseuses, trouva des musiciens parmi les clients, s'affaira, prépara, organisa. C'est ainsi que, le soir d'après, tout était déjà prêt.

Alors, elle chanta, de tout son coeur, de tout son âme. Elle avait chassé ses inquiétudes; il n'existait plus de dissensions entre ses deux côtés: on peut même dire qu'à cet instant ils ne vivaient plus.



« - Shhhh, Shhhh
It's, oh, so quiet
It's, oh, so still
You're all alone
And so peaceful until...

You fall in love,
Zing boom!
The sky up above,
Zing boom!
Is caving in,
Wow bam!
You've never been so nuts about a guy
You wanna laugh you wanna cry
You cross your heart and hope to die
'Til it's over and then...

Shhh, Shhh...
It's nice and quiet
Shhh, Shhh...
But soon again
Shhh, Shhh...
Starts another big riot.

You blow a fuse, zing boom!
The devil cuts loose, zing boom!
So what's the use, wow bam!
Of falling in love...

It's, oh, so quiet...
It's, oh, so still
You're all alone
And so peaceful until...

You ring the bell, bim bam!
You shout and you yell, hi ho ho!
You broke the spell!
Gee, this is swell you almost have a fit
This guy is "gorge" and I got hit
There's no mistake this is it!
'Til it's over and then...

It's nice and quiet
Shhh, Shhh...
But soon again
Shhh, Shhh...
Starts another big riot.

You blow a fuse,
Zing boom!
The devil cuts loose,
Zing boom!
What's the use,
Wow bam,
Of falling in love!

The sky caves in,
The devil cuts loose,
You blow blow blow blow blow your fuse,
When you've fallen in looooove!
Ssshhhhhh...
»

On applaudit de toutes parts. Le regard médusé des plus sceptiques finit par emporter le doute qui pouvait encore titiller les envies d'Elissa; elle seule était capable d'une telle prouesse! Et son homme amoureux ne la quittait plus des yeux, même quand elle tournait avec les danseurs et jouait la petite scène qu'elle avait composée. La musique, dans un ballet joyeux de notes, déferla sur l'assemblée, et on s'extasia devant le talent de la putain devenue artiste.

meurtrier

C'est ainsi qu'elle se l'appropria. Il était à elle désormais, à elle seule. Sans qu'il ne fut non plus sa chose, elle le considérait comme sien, et uniquement cela. Lui même n'y voyant pas d'objection, elle fit comme s'il lui était acquis. Il venait la voir le plus souvent possible, au moins une fois par jour. Paradoxalement, ils n'eurent même pas l'idée de se rapprocher plus et de laisser le bordel de côté; l'un hésitait peut-être et l'autre n'en avait strictement plus rien à faire. Alors ils vécurent comme ça, au jour le jour, sans prétention aucune.

Tout tournait rond et rien ne changeait vraiment; la tenancière toussait de plus en plus, mais on ne s'en souciait pas. Qui pouvait bien s'intéresser aux obscurs toussotements de la patronne? Il faisait froid, cet hiver; trop, même, et ça n'aidait pas vraiment pour le travail. Le client n'aime pas les femmes couvertes, alors on prend des risques; c'est malheureux, mais c'est comme ça. On survivra, de toute façon.

La vie suivit son cours, les discussions aussi; on se découvrait chaque jour une nouvelle tendance commune, un intérêt central qui coïncidait avec celui de l'autre, avec un air de destin; oui, ça devait être ça, un petit tour d'en haut.

Ce fut par ailleurs cet homme qui fit découvrir à la conscience l'histoire de Didon, que l'on nomma bien avant Elissa, la souveraine de Carthage. Elle dévora les ouvrages où elle apparaissait et décida de se nommer comme elle, Elissa, la Princesse de Carthage, celle qui ne pardonne pas. Jamais.

On apprit également l'existence mondes parallèles à celui-ci; quelque chose qu'on ne grut guère jusqu'à ce qu'on en ait une preuve formelle; cet homme lui lui même n'était pas d'ici! On pouvait voyager, voguer comme on voulait pour peu qu'argent soit roi.

Ses rapports avec Jeanne ne changèrent pas d'un pouce; elles s'appréciaient toujours autant, travaillaient ensemble, chantaient ensemble, jouaient ensemble, dansaient ensemble. Elles étaient toujours les meilleures amies du monde que personne ne pouvait séparer. Liées par cet invisible serment, elles se permettaient tout et ne se cachaient rien; peu importait les questions de respect, ni l'une ni l'autre ne semblait intéressée par une telle vertu. On les avait déjà rangées dans la case des pécheresses, alors pourquoi s'embarrasser d'un tel surplus de morale?

Aucune des deux forces intérieures n'était revenue, comme si elles ne faisaient désormais plus qu'un, que la frivole et la ministre avaient fondu. Les regrets se dissipaient doucement avec les petits bonheurs du temps, et on préférait ne plus penser à de telles choses. Que c'était mortifère, de se croire condamnée! Ne gâchons pas notre humeur pour si peu.

On se décida un jour à sortir du carcan. On organisa une petite sauterie dans un café du coin, mais le plus loin possible, histoire de s'éloigner un peu du quotidien. La jeune dame se prépara avec frénésie. Elle passa en revue toute sa garde-robe, se fit la plus belle possible, pour une chose banale qu'elle n'avait jamais faite. Elle sautillait d'impatience, le coeur battant la chamade. Bom, bom, bom la voici vivante. Bom, bom, bom et son amie rentre. Bom, bom, bom et tout s'arrête.

Jeanne l'avait vu partir de chez lui. Avec quelqu'un d'autre, avec une autre femme. Et il semblait bien trop avenant avec elle pour que ce fut une simple amie.

La fièvre retomba pour remonter brutalement, dans une explosion de fureur qui fit éclater l'unité. Ce fut la première, dernière, et unique alliance des deux parties en tant que telles. Aussitôt séparées, elles se donnèrent la main dans une même envie de vengeance, et toutes les trois partirent pour une vendetta totale et assumée.

On arriva et on les repéra aussitôt. Même pas cachés. Mais que comptaient-ils faire? Ne devions nous pas seulement être trois? Qui avait osé? Qui? QUI?

Elissa s'approcha de la catin véritable. On la regarda, on tenta de lui parler, on la supplia d'écouter, de ne pas extrapoler trop vite. Elle n'en tint pas compte. Elle ne pouvait pas, elle nous voulait pas; ça n'était pas possible, oh non, jamais! Elle prit violemment à parti la vile vipère, la jeta en avant et lui tourna autour, la poussant.



« - Toi la nymphette,
Toi la vedette,
Toi les gambettes,
A quoi tu joues avec mon mec?
Je vais te faire la peau,
Si tu traînes trop,
Autour du père,
De mes petits poulbots.

Toi la patronne,
Touche pas mon homme,
Ou j'te dégomme,
Tu vas goûter à mes torgnoles.
Je suis plus costaud,
Qu'un petit oiseau,
J'ai séché l'eau,
De mes maudits sanglots.

Prends garde à mon courroux,
Et ce n'est qu'un avant-goût,
C'est la vengeance d'une louve!
Si tu me cherches, tu me trouves.

Toi la nouvelle,
Toi la rebelle,
Toi le mystère,
Moi sa bergère, la régulière.
Croqueuse de couilles,
Ou cœur de pierre,
Va t'faire des nouilles,
Chez les célibataires.

Il est facile,
Il est fragile,
C'est une victime,
Un super mâle à trois centimes.
Mais je suis pas dupe,
Ce fils de pute,
Juste après toi,
Je m'occuperai de son cas.

Prends garde à mon courroux,
Et ce n'est qu'un avant-goût,
C'est la vengeance d'une louve!
Si tu me cherches, tu me trouves.
»

Elle la jeta par terre et la bourra de coups. Impassible, elle lui marchait dessus, la poussait à la douleur pour lui faire sentir ce qu'elle avait au fond de son coeur. On l'encouragea, on l'applaudit, et la bataille se poursuivit tandis que sa concurrente étaient de retour dans les affaires. Au final, elles finirent par s'arrêter, épuisées.

Elles se regardèrent, se toisèrent, et quelque chose se cassa dans leur animosité, comme si elles s'étaient comprises. L'autre s'était enfui. Elles discutèrent, se trouvèrent un ennemi commun en la personne de cet homme trompeur, et finirent par échanger leurs noms. Elle s'appelait Anna, et c'était sa fiancée.

à jamais.

On ne revit plus jamais tel grossier personnage dans les environs, celui-là encore moins. Le lendemain, on réunit tout le monde au bordel et on fit un petit dîner pour compenser l'évènement de la veille. La viande grillée semblait différente au palais. Mais au moins, on voyait qu'on ne l'avait pas congelée. Fraîchement découpée. Personne de toute manière ne s'attarda sur des détails quelconques tels que ceux-ci.

Et ce fut ce jour là qu'Elissa affirma sa suprématie sur Élise. Elle resta bien sûr influencée par le caractère insensé de l'adolescente, mais c'était désormais le moment d'être adulte. Elle chassa alors celle qu'elle ne supportait viscéralement plus, et qui promit d'elle aussi faire son retour, tôt ou tard, dans un grand coup d'éclat, une explosion de boum et de bang.

La santé de la tenancière s'était fortement dégradée. On présuma qu'elle avait dû avaler quelque chose de mauvais. Mais visiblement, c'était bien plus que ça. Il lui arrivait de tousser à en vomir du sang, elle ne tenait plus debout, chancelait quand elle avait encore le courage d'essayer, et se décourageait de vivre plus longtemps. De toute façon, se disait-elle, il faut bien mourir de quelque chose!

Un jour, elle fit appeler la Princesse de Carthage dans ses appartements. Elle lui chuchota, avec toute l'attention du monde, qu'elle lui réservait sa place. Elle lui dit qu'elle voyait ce qu'elle avait été, une fille indépendante, droite dans ses bottes, éprise de liberté, qui ne respectait pas les règles établies. La frivole sourit du fond de sa prison. Elle aussi, elle était comme ça. Bien plus que l'autre.

La Dame de Fer la quitta après mille attentions à son égards. Elle avait accepté, mais malgré tout, n'espérait rien de la mort d'une personne. C'était ça, elle aussi.

Aussi, quand la grande dame décéda, elle prit son rôle avec grand sérieux et appliqua son propre règlement. Il fut très apprécié par l'ensemble du personnel et on loua son talent d'administratrice dans toute la ville. Elle fut une femme juste, qui eut certainement comme seul tort de permettre quelques petites choses à Jeanne alors qu'elle n'aurait pas dû.

Cette période ne dura que très peu de temps... Avec précision, quelque chose comme un petit mois d'hiver traînant avec lui quelques instants de printemps. Elle prit en effet fin lorsqu'un visiteur fit part au gré d'une discussion de ses connaissances, dont une était l'existence d'un groupe d'artistes nommé Consulat. D'après ses dires, ce conglomérat d'originaux subventionnerait les artistes et aurait déjà plusieurs mondes sous sa coupe. Il parla ensuite des changements occasionnés par leur venue, d'un magnifique château à neuf tours, et d'une stupide taxe impopulaire qui selon lui n'avait pas lieu d'être et ternissait durablement l'image de ces gens à travers leurs possessions.

Une fois l'homme disparu, on réfléchit à ce qu'on pourrait faire. Elissa ayant une furieuse envie de partir et Jeanne étant en ce moment trop fatiguée pour un voyage vers une terre inconnue, la Princesse de Carthage décida de laisser son poste en son absence à sa meilleure amie tandis qu'elle irait à la rencontre de la ligue des arts nouveaux et anciens. Elle lui promit de leur parler des arts du cirque pour elle et partit le surlendemain, le temps de tout préparer.

Elle prit donc les transports d'une compagnie aussi désagréable que l'odeur du pétrole et du charbon qu'elle n'y sentait pourtant pas. Elle le sentait bien, on aurait dit des marins après des années de voyage, de vraies teignes complètement stupides! Quel malheur, vraiment. Ils y perdraient, un jour.

Et pendant son voyage, elle chanta. Toutes ces chansons qu'elle connaissait, qui avaient marqué sa vie, elle les fredonna sans retenue. C'était sa, l'essence de sa vie; elle n'avait tenu que pour ça. Et cette fois, elle espérait bien qu'on ne lui avait pas menti. Elle avait assez de regrets pour toute une vie.

Et puis elle arriva, dans une grande cité. On lui avait indiqué le nom avant qu'elle paye le billet... Le Jardin Radieux. Au moins, son nom témoignait d'un certain goût, quoiqu'un peu trop clinquant. Aussi, quand elle posa le pied, l'émerveillement, mêlé de nostalgie, fit renaître en elle une flamme qu'elle n'avait jamais eue que quelques années durant. Une curiosité d'enfant, jamais acceptée, toujours rejetée. Mais elle sentait le malheur à plein nez, la haine au fond des yeux. Elle resterait toujours la fille à qui on a trop fait.

Alors, elle reprit son récital, qui, dans les bruits las de la ville, résonnait tristement jusqu'à son for intérieur.



« - Shiny, shiny, shiny boots of leather.
Whiplash girlchild in the dark.
Clubs and bells, your servant, don't forsake him.
Strike, dear mistress, and cure his heart.

Downy sins of streetlight fancies.
Chase the costumes she shall wear.
Ermine furs adorn the imperious.
Severin, severin awaits you there.

I am tired, I am weary.
I could sleep for a thousand years.
A thousand dreams that would awake me.
Different colors made of tears.

Kiss the boot of shiny, shiny leather.
Shiny leather in the dark.
Tongue of thongs, the belt that does await you.
Strike, dear mistress, and cure his heart.

Severin, severin, speak so slightly.
Severin, down on your bended knee.
Taste the whip, in love not given lightly...
Taste the whip, now plead for me!

I am tired, I am weary.
I could sleep for a thousand years.
A thousand dreams that would awake me.
Different colors made of tears.

Shiny, shiny, shiny boots of leather.
Whiplash girlchild in the dark.
Severin, your servant comes in bells, please don't forsake him.
Strike, dear mistress, and cure his heart...
»


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Ven 23 Déc 2011 - 4:10
    Bonsoir bonsoir...

    Comme tu me vois, j'hésite.

    Commençons.

    D'un point de vue global, je peux déjà dire que c'est impeccable, ta syntaxe est imperturbable, ton orthographe est très bonne et ton vocabulaire est excellent... A ce niveau là, c'est juste exemplaire. Sinon... La mise en page n'est pas terrible... Je m'en fiche un peu mais la couleur gêne un peu, pas tant que je trouve ça moche (c'est le cas)... Mais surtout que ça fait un peu tache sur le fond... Sinon, un list n'aurait vraiment pas été de trop ^^. Mais les chansons de l'histoire, même si elles ne sont pas du tout de mon goût, se prêtent très bien au texte ^^.

    Tu commences très bien ta fiche, le physique est vraiment bon (comme tout le reste, bien entendu) mais ce que j'ai préféré et qui était absent dans les autres domaines, c'est évidement que ce soit en rp. C'est tout ce que j'aime, bien sûr, ça ajoute une réelle fraîcheur au texte et ça te permet de subtilement relâcher la description physique pour parler d'autres détails du rp... ce qui est pour ceux qui n'aiment pas le physique... Un plaisir à lire et à écrire, je le dis en connaissance de cause.
    Et je ne sais pas si tu as profité de la faille consciemment ou non mais je t'ai trouvé à certains moments très peu précis... Je pense sans certitude aux habits et au visage... Néanmoins, l'attitude est décrite, la démarche, les gestes... A nouveau tout ce que j'aime.
    Si l'on parle uniquement en terme de beauté (subjective beauté de mon humble point de vue) c'est le physique qui trône. J'ai préféré le physique aux autres points mais je ne le pense pas meilleur... Complet mais avec un manque de précision... maintenant, très bon : Général.

    Ton caractère...

    Au début, très honnêtement, je n'ai pas compris pourquoi tu faisais le physique en rp et le caractère en standard... D'habitude, si on fait un, on fait l'autre... Parfois même on fait les deux en un seul rp... Mais un et pas l'autre, ça je n'avais jamais vu mais bon...
    J'ai compris ^^. T'aurais essayé de faire ça en rp, ça aurait été juste n'importe quoi... Y a beaucoup trop.
    A un moment je me suis demandé si c'était pas du "En veux-tu, en voila, une sorte de besoin d'en mettre de plus en plus "comme ça, y a assez". Alors j'ai pas tellement réponse à ma question ^^ mais quoi qu'il en soit, c'est hyper complet, c'est très bien expliqué... Et ça en jette pas mal, ça vole plutôt haut... C'est même presque un reproche que je te fais là. Parce que tu as la belle capacité d'écrire avec un langage très soutenu, franchement impeccable... J'ai pas trouvé ça pédant.

    Par contre ! Ce dont je suis sûr c'est qu'un moment, je me suis un peu perdu dans un mot compliqué... Et que j'ai pas trop compliqué la suite. J'ai un peu le sentiment que c'est arrivé à la plupart des personnes l'ayant lu, ça me donne l'impression qu'on n'a pas trop le droit de rater un mot sinon... Ben... On meurt, quoi.

    Hurum... Maréchal, c'est un excellent caractère.

    Je ne vais pas trop te faire attendre pour le grade de l'histoire, ce sera Général et non Maréchal...

    C'est vraiment une excellente histoire, bien entendu, très bien construite, bien écrite, originale et sans gros défauts apparents;

    Mais réellement je m'attendais à plus de toi... Et je m'attends à plus d'un Maréchal. Réellement, j'avais dans l'idée que ce serait la meilleure partie de ta fiche, puisqu'elle serait un condensé de mauvaises émotions et de tragédies.

    C'est le cas, bien évidement, j'ai adoré ton histoire... Général, c'est pas rien, quand même...
    Mais je veux plus de profondeur, plus de sentiment, plus de tragédie ou au contraire de comédie.

    En somme, c'est la profondeur qui fait défaut. Tu vas loin mais pas encore assez.

    Si je compare avec Black Tears (difficile de te comparer à moi), même si ton style est plus accessible sur tous les niveaux... Dans l'histoire de Black Tears, même si elle était exténuante, j'ai senti un film. Ici, j'ai plus senti une possibilité, une ébauche (je ne dis pas que ton histoire est une ébauche mais je le vois comme étant à une étape... Pas encore assez haute pour qu'on puisse en faire un film). Y a moins de tripes, y a moins de moments aussi détestables que de moments juste délectables (Je... déteste ce mot. Réellement, je l’exècre.), y a moins de pucelles (oui, j'écrase).

    Enfin, je pense pouvoir dire que durant toute ta fiche, même l'histoire, il y a eu un bien meilleur rendu de l'émotion que ce à quoi tu m'as habitué... Le progrès est énorme, on peut dire que tu maîtrises l'émotion... Mais t'en es pas encore à l'étape où tu arriveras à me toucher, ce qui est quelques niveaux au-dessus, ce moment qui est... Indispensable, je pense, pour penser à atteindre le Maréchal.
    Néanmoins, je souligne encore une fois le progrès.

    Je te donne le grade de Général, Madame Thatcher ! (je tenais à faire cette vanne)

    Ah oui, au fait... Je n'ai pas vu de style de combat, je ne pense pas que ce soit normal ^^. Enfin de toutes manières, je m'occuperai probablement de ta fiche de personnage, on discutera de ça.

    Fiche validée et toutes conneries du style.



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